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Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Démasquer la procédure

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CHRONIQUE / Martin Parent, Québec: «Je vous remercie sincèrement pour vos recherches sur le mot "variant". Ces derniers jours, j’ai aussi discuté avec votre collègue Olivier Bossé du Soleil au sujet du "masque de procédure", très à la mode depuis mars 2020. M. Bossé m’a mis sur la piste que c’était un anglicisme à remplacer par "masque chirurgical". Si cela vous inspire une nouvelle chronique...»

Oh là là! C’est un anglicisme colossal que vous me rapportez là, et qui m’a totalement échappé depuis le début de la pandémie. Au moment même où je lis votre message, Radio-Canada publie sur son fil Facebook une nouvelle nous apprenant que «le masque de procédure [est] au cœur de la rentrée dans les écoles secondaires du Québec» (le titre a été corrigé par la suite). Et dans les différentes éditions de la Coop, nous avons publié un article rappelant, sur le même sujet, que «les élèves et le personnel devront porter le masque de procédure en tout temps […]». Mieux vaut donc en parler tout de suite pour cesser la propagation du virus!

Il apparaît que, en anglais, le mot «procedure» soit devenu un synonyme d’opération ou d’intervention chirurgicale, sans qu’il soit nécessaire de préciser le contexte. Remarquez, la même chose s’est produite en français avec le mot «opération». Si je vous raconte que mon voisin doit subit une opération, je n’en ai pas besoin d’en dire plus: vous saurez très bien que je vous parle d’une opération chirurgicale, et non d’une opération militaire, policière ou mathématique. 

Le mot «procédure» n’a pas encore suivi ce chemin en français. Du moins, pas dans le grand public. Voyez-vous, je me suis amusé à taper «salle de procédure» (au lieu de «salle d’opération») dans Google. Le moteur de recherche a trouvé près de 1,2 million d’occurrences, dont plusieurs sites du gouvernement ou d’établissements hospitaliers. Alors que, dans Eurêka (site d’archives des médias), «salle de procédure» n’apparaît que quatre fois dans les médias écrits du Québec.

J’ai réessayé ensuite avec «procédure à cœur ouvert»: environ 6000 résultats avec Google, un seul dans Eurêka.

En somme, les journalistes doivent assurément rectifier le tir... mais le milieu médical a aussi son petit ménage à faire.

Le Grand Dictionnaire terminologique considère donc que «masque de procédure» n’est pas acceptable, le substantif «procédure» n’ayant pas le sens d’«opération médicale» en français. On peut parler d’un «masque chirurgical», d’un «masque antiprojections» ou d’un «masque d’hygiène».

Usito ajoute qu’il est correct de recourir à «procédure chirurgicale» si l’on souhaite mettre l’accent sur la «démarche précise qu’il faut suivre strictement pour mener une opération complexe». Autrement dit, la procédure chirurgicale, c’est l’ensemble des étapes d’une opération.

        ***

René Pepin, Sherbrooke: «Pourquoi parle-t-on d’un "biais de confirmation"? Il me semble que c’est la traduction mot à mot de "confirmation bias". Pourquoi ne pas dire "un préjugé"? Et les cours en présentiel? Pourquoi ne peut-on plus être simplement en présence du professeur?»

Restons dans le vocabulaire des phénomènes découlant de la pandémie, soit les théories du complot et le télétravail.

Il est vrai qu’en français, «bias» est parfois erronément traduit par «biais» alors qu’il faudrait plutôt parler de préjugé, de parti pris, d’a priori. Mais comme la locution «biais cognitif» est admise par le GDT dans le vocabulaire de la psychologie, j’imagine que «biais de confirmation» est acceptable, même s’il ne figure pas encore dans le GDT.

Il est vrai que les concepts de préjugé et de biais de confirmation semblent très proches, mais il y a quand même une subtile différence. On pourrait dire que le premier est un acquis et le second, une action.

Le préjugé est effectivement un biais cognitif. Il désigne les opinions préconçues d’un individu, souvent hostiles mais parfois aussi sympathiques, envers certains objets, certaines personnes ou certains groupes, indique le GDT. Il ne s’appuie pas sur une analyse des faits ou de l’information, mais sur des croyances non fondées, des faits isolés, déformés ou mal rapportés, etc.

Le biais de confirmation est lui aussi un biais cognitif, mais il décrit plutôt cette tendance à chercher des informations qui consolident ce que l’on pense déjà et à rejeter celles qui contredisent ces idées.

On pourrait donc dire que, si une personne a des préjugés, il y a de grands risques que son biais de confirmation la pousse à rechercher des informations qui renforceront ses préjugés et à considérer comme fausses celles qui vont à l’encontre de ces mêmes préjugés.

Mais une personne qui n’a pas de préjugés sur un sujet précis peut quand même avoir un biais de confirmation. Ainsi, une personne non homophobe partagera sur sa page Facebook des articles qui appuient l’idée que l’homosexualité n’est pas un choix.

Il arrive aussi que certains individus réussissent à contourner leur biais de confirmation. Par exemple, des personnes qui ont des préjugés sur l’obésité (les obèses manquent de volonté et s’alimentent mal) les abandonneront après avoir lu un article expliquant qu’il s’agit d’un problème médical.

Quant à la locution «en présentiel», qu’une grande partie de la population s’est empressée de détester, elle n’est pas fautive. Mais il est vrai que les médias se sont rués dessus, disons par effet de nouveauté, quand le télétravail est soudainement devenu une réalité presque généralisée. Comment alors varier son vocabulaire?

On peut adopter une locution propre au domaine dont il est question. En éducation, on pourra tout simplement dire «en classe»; en culture, «en salle» fera très bien l’affaire.

Dans des situations où le lieu n’est pas défini (quand on parle des employés de bureau par exemple), le GDT nous dit qu’on peut simplement dire «en présence» ou «en personne». Pas besoin de réinventer la roue.

«Les cégépiens auront droit à seulement deux jours de cours en classe par semaine.»

«Les artistes ont très hâte de reprendre les spectacles en salle.»

«Exceptionnellement, les entrevues d’embauche se dérouleront en personne.»

Perles de la semaine

Quelques perles de traductions, dont certaines rapportées par «Protégez-vous». 

«Due to the ongoing health emergency, deliveries may take longer than expected.»

En raison de l’urgence sanitaire en cours, les accouchements peuvent prendre plus de temps que prévu (livraisons).

«2007 Canada Day 25 ¢ Coin Gift Set Royal Canadian Mint.»

Ensemble-cadeau de la pièce de 25 ¢ de la fête du Canada 2007, par la Menthe royale canadienne (Monnaie).

«Note : to avoid electric shock…»

Attention : pour éviter un chou électrique (choc)…

«Dog and cat shampoo Flea be gone» (Shampoing pour chats et chiens Fini les puces).

Shampoing de chat et chien Le pouce disparaît.

«Suit bag» (housse pour complet-veston)

Sac de merde (le traducteur semble avoir pris le u pour un h…)

Questions ou commentaires?
Steve.bergeron@latribune.qc.ca