Plutôt charismatique, personnage intéressant qui représente un Canada ouvert sur le monde, pluriel et tolérant, le chef du NPD Jagmeet Singh est littéralement hors-jeu. Le NPD n’a pas réussi à se remettre de son effondrement de 2015 et il a été littéralement doublé à gauche par le PLC.

Déclenchement des élections : trois chefs en difficulté

CHRONIQUE / En ce début de campagne électorale fédérale, les jeux sont relativement ouverts et il est bien difficile de prévoir qui sera au gouvernement après le jour du scrutin ou encore si le gouvernement du Canada aura à sa disposition un parlement majoritaire ou minoritaire.

Plus surprenant encore, les chefs des trois principaux partis politiques sont actuellement dans des situations délicates, voire difficiles. Cette particularité est sans doute l’élément marquant de ce déclenchement des élections et pourrait en grande partie marquer le premier rythme de la campagne qui s’entame. En fait, la grande question est plutôt de savoir qui, parmi les trois, pourra se ressaisir rapidement et donner à son parti le souffle dont il a besoin pour convaincre les électeurs.

Des défis importants

Justin Trudeau a connu, il faut bien l’avouer, une annus horribilis comme l’avait si joliment exprimé Élisabeth II en 1992 pour souligner les déboires de notre famille royale. Les démissions des ministres Wilson-Raybould et Philpott dans le cadre de l’affaire SNC-Lavalin ont permis de constater la faiblesse du premier ministre et le manque criant de leadership à l’intérieur de l’équipe ministérielle. Le gouvernement a paru sans gouvernail durant cette dernière année aux prises avec de profondes luttes intestines qui ne sont pas sans rappeler les vieilles rivalités observées au PLC durant les années 1980 et 1990.

Le premier ministre lui-même a semblé hésitant et sans profondeur et tout indique qu’il sera sur la défensive en ce début de campagne en plus d’avoir à défendre un bilan pour le moins inégal, autant au niveau de la politique étrangère que des affaires intérieures. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Justin Trudeau a perdu de sa superbe et qu’il devra se battre avec d’autres armes qu’en 2015, où l’effet de nouveauté avait joué en sa faveur.

Le chef conservateur, de son côté, est dans une situation légèrement plus confortable. Il n’a pas de bilan à défendre et il a profité de la dernière année pour rejoindre les libéraux dans les intentions de vote. Andrew Scheer n’a cependant pas réussi à profiter pleinement des déboires de son principal adversaire. Sans charme, sans charisme et avec des idées morales très loin des préoccupations des provinces centrales (Ontario et Québec), il devra se surpasser s’il espère former un gouvernement majoritaire au lendemain de 21 octobre. Son ouverture au Québec, même si elle semble sincère, notamment avec sa promesse d’une déclaration d’impôt unique, est loin de susciter l’enthousiasme nécessaire pour réaliser une percée. Bref, là aussi, les difficultés sont importantes et Justin Trudeau pourrait profiter des faiblesses d’un chef sans expérience et sans envergure pour relancer son gouvernement.

Quant au pauvre Jagmeet Singh, il est littéralement hors-jeu. Plutôt charismatique, personnage intéressant qui représente un Canada ouvert sur le monde, pluriel et tolérant, il arrive tout simplement au mauvais moment. Le NPD n’a pas réussi à se remettre de son effondrement de 2015 et il a été littéralement doublé à gauche par le PLC. Tout au plus, peut-il espérer sauver les meubles en évitant à son parti la lourde humiliation de ne plus être reconnu officiellement au parlement. Il faudra toutefois s’en méfier, car il n’aura rien à perdre!

BQ et PV en embuscade

Reste à voir comment les chefs des petits partis pourront tirer leur épingle du jeu. Yves-François Blanchet a réussi à redresser la barre au Bloc et pourrait créer une certaine surprise. Sans pression ni attente, il a tout à gagner lors de cette élection. Il devra cependant encore « cacher » l’indépendance et se replier sur la défense des intérêts du Québec, ce qui est susceptible de semer la division dans le camp souverainiste.

Chez les verts, Élisabeth May pourra jouir d’une large expérience en campagne électorale et d’un soutien moral de la part d’un grand nombre d’électeurs. Le vote général de contestation pourrait lui être favorable en cas d’une campagne terne. La percée à l’Ile-du-Prince-Édouard et l’engouement pour l’environnement lui donneront une tribune qu’elle n’a jamais eue. Saura-t-elle en profiter? La réponse fin octobre.

Antonin-Xavier Fournier est professeur de science politique au Cégep de Sherbrooke