Construire un tunnel autoroutier est un projet de compétence provinciale. Cela soulève cependant plusieurs enjeux sur lesquels le fédéral pourrait intervenir : impact sur la voie maritime et le fond marin, protection de la faune, empiétement sur des propriétés fédérales gérées par le Port de Québec, etc.

De mauvais augure pour le troisième lien

CHRONIQUE / L’élection d’un gouvernement libéral minoritaire n’est pas une bonne nouvelle pour le projet de troisième lien.

Non seulement les libéraux ne sont-ils très chauds pour ce tunnel, mais ils devront désormais composer avec le Nouveau Parti démocratique (NPD) qui s’y oppose ou avec le Bloc québécois qui a bafouillé sur cet enjeu pendant la campagne. 

Les libéraux, qui aiment poser en champions de la lutte contre les changements climatiques, auront du mal à justifier un appui financier à un projet de plusieurs milliards de dollars qui va encourager les déplacements en voiture et accroître l’étalement urbain.

On sent d’ailleurs la réticence des deux députés libéraux de la région de Québec, Joël Lightbound et Jean-Yves Duclos, qui n’auront pas de mal à trouver des appuis dans leur nouveau caucus. 

Je pense à Steven Guilbeault, nouvelle «vedette» libérale et futur ministre de l’Environnement peut-être, qui dénonçait le projet au sein d’une coalition d’organismes «verts» à la fin de l’été 2016. 

«Investir dans des projets comme celui d’un nouveau lien entre Québec et Lévis mettrait en péril la capacité du Québec à atteindre ses cibles de réduction de GES», disait alors croire M. Guilbeault. Le message était clair. 

Cela n’empêcherait pas les libéraux de financer un tunnel Québec-Lévis, direz-vous. C’est vrai. Ce ne serait d’ailleurs pas la première contradiction du gouvernement sur un enjeu d’environnement.

Si les libéraux ont pu acheter un pipeline pour y faire circuler du pétrole «sale», on voit mal que quelques kilomètres de tunnel les rebutent s’ils en venaient à croire que le projet est nécessaire.

Mais il y a plus. On a noté les mots de Justin Trudeau lors de son passage à Québec au début octobre. «On ne peut pas prendre une position sérieuse sur un projet qui n’existe pas, même pas sur papier encore», avait-il lancé.

Je suis plutôt d’accord avec M. Trudeau sur le fond, mais le choix de mots était plutôt provocateur et n’annonçait rien de bon pour la suite du projet.

En juin dernier, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a indiqué avoir besoin du gouvernement fédéral pour réaliser le projet de troisième lien. 

Le premier ministre François Legault, qui a promis une première pelletée de terre avant la fin de son mandat, tentera j’imagine, d’obtenir rapidement une confirmation que le fédéral y participera.

Cela aurait été une formalité sous un gouvernement conservateur qui s’était explicitement engagé en campagne à «financer d’importants projets comme le troisième lien entre Québec et Lévis».

Les conservateurs ont annoncé en fin de campagne vouloir réduire le rythme des dépenses fédérales d’infrastructures, mais n’ont jamais remis en question leur appui au troisième lien. Ni au projet de tramway d’ailleurs.

La partie sera plus compliquée avec le nouveau gouvernement libéral minoritaire. Le NPD est contre et le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, aime se définir comme un «militant écologiste».

Aussi a-t-on sursauté de le voir acheter l’argumentaire de la CAQ voulant qu’un tunnel autoroutier pouvait être un projet «vert» pour peu qu’on puisse y faire rouler des autos électriques et un transport collectif.

On a y a vu une stratégie électorale. Reste à voir où logera maintenant le Bloc qui se dit «vert», mais dit vouloir porter à Ottawa les demandes de l’Assemblée nationale. 

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Construire un tunnel autoroutier est un projet de compétence provinciale. Cela soulève cependant plusieurs enjeux sur lesquels le fédéral pourrait intervenir :  impact sur la voie maritime et le fond marin, protection de la faune, empiétement sur des propriétés fédérales gérées par le Port de Québec, etc. On note ici la coïncidence voulant que cette limite de propriété en eau profonde du Port coïncide avec la trajectoire ciblée pour le tunnel.

Si le gouvernement libéral choisissait de freiner le projet de troisième lien, il trouvera facilement des prétextes. Sans parler des enjeux de coûts, d’efficacité (ou pas) d’un troisième lien à résoudre les problèmes de congestion, d’une récession qui pourrait changer la donne, etc. 

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L’administration de Valérie Plante à Montréal s’est réjouie de la réélection des libéraux qu’elle perçoit comme une bonne nouvelle pour son projet de ligne rose. 

Tout le contraire du gouvernement de la CAQ pour le troisième lien. Les astres qui étaient un temps alignés pour le projet semblent aujourd’hui partir dans une autre direction.