Les objectifs d’équité et de diversité du maire Steve Lussier sont atteints, mais ce n’est que dans quelques mois qu’on pourra comparer la qualité des trois nouvelles offres au concept du défunt projet Well inc.

De la concurrence entre joueurs établis

Steve Lussier a joué gros durant la dernière campagne municipale. Sans réponse à son appel d’offres pour revitaliser le secteur de la rue Wellington Sud, où la Ville a acheté des immeubles voués à la démolition, il serait dans un cul-de-sac.

Ce n’est pas le cas. Si les trois soumissions reçues passent le test de la conformité, la Ville aura trois options plutôt qu’une seule.  

Bien qu’ils seraient libres de dévoiler leurs intentions, les promoteurs ne veulent rien livrer comme information qui puisse être utile à leurs rivaux avant les analyses et les auditions devant le comité de sélection, qui se feront au cours des 12 prochaines semaines.   Ce n’est donc que dans quelques mois qu’on pourra juger s’il y a eu progrès ou recul dans la qualité du projet.

Le Groupe Custeau  doit juger l’atmosphère politique plus saine aujourd’hui qu’il y a un an, puisqu’il revient dans le décor. Membre d’un consortium à qui l’ex-maire Bernard Sévigny avait accordé l’exclusivité pour le projet initial Well inc., le développeur sherbrookois et ses partenaires d’alors, SherWeb et le Fonds immobilier de solidarité de la FTQ, avaient retiré leur offre d’investir 50 M$ après l’arrivée en poste de Steve Lussier. 

Le Groupe Custeau a cette fois comme partenaire la firme d’ingénierie EXP, qui serait disposée à déménager ses 200 employés dans l’un des deux édifices que la Ville veut voir naître sur les ancrages du futur stationnement souterrain qui desservira ce secteur. EXP exprime les mêmes besoins que SherWeb dans la précédente offre, dont les échéanciers n’avaient pu suivre le rythme de croissance du fleuron sherbrookois de l’informatique.

Une seconde proposition est portée par le président de Must Urban, Philippe Dussault, s’étant notamment allié à Daniel Quirion, un architecte ayant participé à maintes réflexions sur la relance du centre-ville. 

Coup d’éclat, M. Dussault a obtenu l’adhésion du Groupe Pomerleau comme partenaire majeur de la proposition « Projet Espace W s.e. c. ». Cette alliance dissipera tout doute quant à la capacité de ces soumissionnaires à réaliser des projets d’envergure. Pomerleau, dont le siège social est à Saint-Georges de Beauce, est un joueur majeur de l’immobilier au Québec, s’étant notamment vu confier la construction du complexe du Centre de congrès de Sherbrooke au milieu des années 80.

« Cela prouve que nous avions raison de croire que le centre-ville de Sherbrooke pouvait intéresser des entreprises nationales », se réjouit la présidente du comité de revitalisation du centre-ville, Chantal L’Espérance, en se gardant toutefois d’afficher des préférences.

Le troisième soumissionnaire est la compagnie sherbrookoise de gestion immobilière Dusco, qui œuvre dans le domaine depuis 30 ans en proposant le clé en main dans les secteurs industriel, commercial et résidentiel. Elle a été maître d’œuvre de différents projets dans l’arrondissement de Brompton, où se trouve son centre d’affaires.

Dusco a été accueillie à bras ouverts par Drummondville au cours de la dernière année pour lancer la première phase d’un complexe industriel dont la réalisation complète représentera des investissements de 10 M$.

Le Groupe Custeau a maintenant des concurrents crédibles et sérieux pour la revitalisation de la rue Wellington Sud, mais Denis Custeau et Charles Custeau ont la réputation d’être de farouches compétiteurs. La Ville ayant maintenu ses engagements financiers et ayant clarifié les règles des avantages fiscaux accordés pour 10 ans, rien ne porte à croire que l’entreprise familiale aura réduit l’offre élaborée avec l’ancienne administration municipale.

Les dirigeants du Groupe Custeau  refusent d’autre part d’en parler publiquement, mais gagne ou perd le contrat de Well Sud, ils ont d’autres ambitieux projets au centre-ville. Les ponts ne seraient pas définitivement coupés avec Sher-Web, qui pourrait envoyer de ses équipes dans les bureaux d’un complexe technologique qui intéresserait également la compagnie CGI qui, elle, se trouve à l’étroit sur la rue Abénaquis. 

Deux leaders de l’informatique sous le même toit, le long de la rivière Magog, à deux pas du futur pont signature et du quartier résidentiel figurant dans la planification « Centre-ville 20/20 », commencez-vous à voir le topo?

Si le Groupe Custeau n’est pas retenu, croyez-vous qu’il cèdera généreusement son client et partenaire EXP à la concurrence pour Well Sud? Je suis plutôt persuadé qu’il y a déjà un plan B pour l’accueillir à l’autre extrémité de la rue Wellington, que reluquent également d’autres firmes de professionnels.

Tout un remue-ménage pointe à l’horizon.

« D’autres projets sont effectivement à l’étude et même si certains d’entre eux commençaient en même temps que Well Sud, ils ne se cannibaliseraient pas. La planification municipale en fait des secteurs complémentaires », affirme la conseillère L’Espérance.

Bien que rien de cela ne soit encore acquis, les mois se succèdent mais ne se ressemblent pas pour le maire Lussier.

« Décembre a été difficile, éprouvant, mais j’ai beaucoup appris. Je me suis reposé comme jamais durant le congé des fêtes et, croyez-moi, 2019 nous apportera une succession d’annonces. »

Trois propositions d’affaires pour clôturer une semaine ayant également été ponctuée de rencontres avec le premier ministre canadien et celui du Québec : pas pire, pas pire comme début d’année, dirait l’illustre Ron Fournier.