Des Croisades au Jihad, on a fait couler des fleuves de sang au nom de Dieu.

Si j'étais un terroriste...

« Apprenons à être des révolutionnaires obstinés et patients, jamais terroristes. » - George Sand
CHRONIQUE / Pourriez-vous deviner ce que vous avez en commun avec les services secrets, chers lecteurs? Vous prenez le temps de lire cette chronique. Sachez que vous partagez sans doute ce plaisir avec un certain nombre de spécialistes du renseignement, puisque j'y utilise le mot terroriste à onze reprises. Je suis certain de faire résonner quelques alarmes et d'attirer le regard de fonctionnaires perplexes. Ça s'appelle élargir son lectorat. Hello guys!
Si j'étais terroriste, j'investirais justement mon argent dans la sécurité et le renseignement. Les structures du complexe militaro-industriel n'ont jamais été aussi solides. La lutte au terrorisme, à l'efficacité plus que relative, se calcule déjà en milliers de milliards de dollars. Imaginez ceux qui ont eu le génie d'investir dans ce marché au début du millénaire (disons 2001, juste comme ça). Depuis, ils doivent avoir accumulé beaucoup d'intérêts et avoir peu d'intérêt à voir les efforts de guerre se réorienter vers d'autres stratégies. Avoir quelques millions de dollars en poche, je les investirais dans l'armement. Et c'est tout gagnant, chaque fois que les kamikazes sur le terrain massacrent quelques innocents, les milliards pleuvent; boom boom, bling bling!
Si j'étais terroriste, je passerais moins de temps à bricoler des bombes pour m'appliquer davantage à fignoler le message. Beaucoup d'énergie se perd à cause de l'inefficacité des messagers. Tellement de temps est consacré aux terroristes chaque jour, autant dans les médias traditionnels que sur les réseaux sociaux : pour comptabiliser les morts, faire des topos sur les carnages quotidiens au Moyen-Orient ou des bulletins spéciaux quand ça pète en occident. Je cherche à comprendre les motivations, les revendications réelles derrière ces gestes d'une cruauté sans nom. Je retombe sur les grands classiques : occupation du territoire, contrôle des ressources naturelles et la religion, évidemment. Des Croisades au Jihad, on a fait couler des fleuves de sang au nom de Dieu. Mais il doit y avoir des compléments d'information qui m'échappent. Ils devaient porter un message important, l'assassin de Berlin, et celui de Nice, et ceux de Boston et tous ceux de Paris, Bagdad, Bamako, Riad, Orlando, Kaboul, Médine, Mogadiscio, Alep, Mindanao, Aden et Bruxelles. Pour ne nommer que ceux-là. S'obstineraient-ils à bégayer l'amour de Dieu en vain? Dans tous les cas, c'est brouillon, j'engagerais une équipe de communication; moins de morts, plus de mots.
Si j'étais terroriste, je continuerais de me planquer derrière mes capsules promotionnelles sur internet. Elles sont d'une efficacité redoutable, véritable manufacture de loups solitaires. On devine ces jeunes hommes reclus, errant entre une publicité de site de rencontre et une autre d'armes à feu, à la recherche d'un peu d'action ou de sens à leur vie. Et voilà une vidéo de mecs armés jusqu'aux dents, convaincus d'agir en révolutionnaires, tuant pour la bonne cause, avec l'absolution divine à la clé. Plus besoin de se poser de question quand on peut imposer une réponse. Écrasés sous leur isolement social, leur désoeuvrement, leur perte de repères, ces jeunes hommes en détresse se laissent séduire par les hurlements de la meute. Ils deviennent ces loups solitaires, des vedettes instantanées de « Martyr Académie ». Et ces exaltés sont payants pour les chefs de guerre, ils ne coûtent rien en entraînement et génèrent autant de terreur que d'argent à réinvestir (voir premier énoncé).
Si j'étais terroriste, je saboterais toutes les initiatives destinées à développer le libre arbitre des individus, tant dans ma communauté que dans celles que j'attaque. Je bloquerais l'accès à l'éducation et aux leviers de justice sociale. Toutes mes actions viseraient le maintien des conflits et des tensions géopolitiques. Je diffuserais les menteries et les contrevérités de tous les protagonistes. Rien à faire des faits, l'histoire appartient à celui qui l'écrit. L'ignorance est un terreau fertile pour l'endoctrinement. Et la peur fleurit dans le mensonge.
Si j'étais terroriste, que la violence était mon moyen et ma finalité à la fois, je ferais tout en mon pouvoir pour accélérer et nourrir le cycle des agressions, des attentats aux ripostes militaires. Pour foutre un beau bordel en Occident et assurer le recrutement de forces vives, j'utiliserais toutes mes ressources financières, diplomatiques et informatiques afin de faire élire des dirigeants racistes, belliqueux et va-t'en guerre. Oui, si j'étais terroriste, j'aurais fait élire Donald Trump... Et je travaillerais déjà sur le cas de Marine Le Pen.