Des centaines, des milliers d'éducatrices, d'éducateurs, de parents et de citoyens politisés envahiront les rues de la métropole aujourd'hui.

Mon éducatrice fait le trottoir

« La médiocrité résulte d'un ensemble de facultés vulgaires ». - George Sand
Encore une fois! L'histoire se répète, bégaye et s'enraye. Je me suis déjà gelé les orteils et rempli les mains d'échardes l'an dernier, mais il faut recommencer cet après-midi, à 13 h, au Carré St-Louis. Pour contrer le saccage de nos services de garde éducatifs, on va marteler l'asphalte et brandir nos pancartes jusqu'au bureau du premier ministre. Même si le premier ministre s'en contrecrisse.
Vous me trouvez vulgaire? Je vous rassure, je ne sacre jamais en présence des enfants. Devant le journal ou la télévision, ça m'arrive souvent, par contre. Ce que je trouve vulgaire, moi, c'est l'acharnement du gouvernement libéral contre les centres de la petite enfance. C'est l'hypocrisie crasse avec laquelle il affirme avoir l'avenir du Québec à coeur, tout en fissurant ses fondations. C'est sa fâcheuse tendance à donner des cadeaux, des subventions et des bonus aux amis médecins, entrepreneurs et autres conglomérats tout en appauvrissant ses employés et en réduisant les services à la population.
Oh, non, c'est vrai, dans leur novlangue et leur déni systématique, il n'y a pas de perte de qualité des services ni d'austérité au Québec. Ha, ha, ah. Me faire mentir à répétition par de mauvais acteurs si peu convaincants, je trouve ça vulgaire en... saperlipopette!
Je surveille mon langage, ma fille vient de s'installer pour écouter Caillou dans la pièce adjacente à mon bureau. Elle découvrira bien assez tôt la vulgarité des manoeuvres politiques. J'essaie de l'épargner.
Des centaines, des milliers d'éducatrices, d'éducateurs, de parents et de citoyens politisés envahiront les rues de la métropole aujourd'hui. Jogging urbain? Recensement de nids de poule? Passion pour l'architecture montréalaise? Non, ils essaieront seulement de sauver l'avenir du monde. N'en déplaise aux excités du néolibéralisme et autres exaltés de la privatisation, les CPE constituent un des meilleurs outils de justice sociale que nous ayons. La qualité des services y est supérieure à tout autre milieu de garde, recherches à l'appui. Les exigences qu'on y retrouve assurent un bon départ à nos enfants, une socialisation encadrée, une éducation adaptée par des éducatrices formées et évaluées. Ce ne sont pas des gardiennes ni des animatrices, ce sont des professionnelles de l'éducation. Ça sonne comme quelque chose d'important, non?
Cette manifestation contre le saccage des services de garde éducatifs ne devrait pas avoir lieu. Au contraire, ces nombreuses personnes dévouées à qui on confie notre progéniture devraient profiter de leur fin de semaine de repos tant méritée. Mais la défense des services qu'elles offrent et de leur salaire déjà peu enviable les mobilisent. Et je sais de quoi je parle, je vis avec une éducatrice depuis sept ans déjà. Elle est davantage candidate à l'épuisement qu'à l'enrichissement, malgré la valeur de son dévouement pour les poupons.
Éducatrice en CPE s'avère être un des métiers les plus difficiles et les plus importants de notre société. Plus qu'un métier, une vocation. Vous en connaissez beaucoup des personnes prêtes à gérer dix petits morveux pleins de microbes, changer des couches débordantes en série et gérer des crises avec le sourire, à longueur de semaine? Sans compter les bricolages, berceuses, sorties éducatives et autres activités structurantes. C'est exigeant, ça demande de la générosité, de l'engagement, de la rigueur...
Dans sa stratégie de va-et-vient, le gouvernement a saupoudré trente millions de dollars la semaine dernière. En espérant nous fermer la gueule, je présume. On ne parle pas la bouche pleine. Mais ce bonbon est loin de nous empêcher de revendiquer de meilleurs services. Ce montant doit obligatoirement être dépensé en achats de matériel. Mes enfants ont déjà trop de bébelles à la maison, et en recevront encore trop à Noël. Ce dont ils ont besoin pour se développer, le soutien dont j'ai besoin comme parent, c'est davantage d'éducatrices et d'éducateurs formés, engagés et en bonne santé physique et mentale. Leurs conditions de travail nous importent plus que la nouvelle balançoire.
On a viré Pauline un peu vite, ne soyons donc pas si empressés de détruire sa plus noble réalisation. Les CPE ont déjà subi trop de coupure sous le règne libéral. L'hémorragie doit cesser, la privatisation à tout vent doit être endiguée et la revalorisation des CPE devrait être une priorité pour tous les parents et citoyens soucieux de leur avenir collectif.
Si tout se joue avant six ans, pour les politiciens, tout se joue avant quatre ans. Il faut voir plus loin que leurs manoeuvres partisanes et défendre le réseau des Centres de la petite enfance. Le titre de ma chronique est trompeur; c'est mon éducatrice qui fait le trottoir et occupe la rue aujourd'hui, mais c'est le gouvernement qui agit comme un minable proxénète.