La diversion mise en place s'attaquera au racisme avec autant d'efficacité qu'un briquet peut le faire face à l'hiver arctique.

Le racisme profitable 

« La dictature, c'est ferme ta gueule; la démocratie, c'est cause toujours. » - Jean-Louis Barrault
CHRONIQUE / On va parler... Parler pour parler. Et parler encore, sans cesse. Les experts se gargariseront sur toutes les chaînes. Et on va parler. Des émules d'Elvis Gratton iront se ridiculiser en racontant leur voyage en Afrique ou au Moyen-Orient, là où ils ont vu des étranges avec des coutumes. Peut-être même qu'ils auront croisé une femme voilée à l'épicerie de leur village. Et on va en parler, se foutre de leur gueule, encore. Un immigré bien intégré ira tempérer le débat. Ça va faire parler, un peu. Un chien fou de La meute brisera l'omerta et partagera ses préjugés en public. Et on va en parler ad nauseam. Et ça va parler à gauche, puis parler à droite et parler à travers son chapeau de tous bords tous côtés. On va beaucoup parler pour ne rien dire.
Des séances de consultation sur la discrimination systémique et le racisme auront lieu cet automne, aux quatre coins du Québec. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (actuellement en pleine crise interne suite aux nombreuses plaintes portées contre sa présidente) devra répondre à la commande du parti au pouvoir et piloter ladite consultation. L'initiative a été annoncée dans le creux médiatique estival par Kathleen Weil, la ministre québécoise de l'Immigration (à ne pas confondre avec Simone Weil, une grande philosophe et politicienne humaniste ayant eu un impact concret dans la vie de ses concitoyens; aucune filiation entre elles). Le racisme, voilà un sujet sulfureux qui devrait occuper la rentrée parlementaire, mobiliser l'attention des journalistes. Un os à gruger. On essaie de nous faire croire que cette manoeuvre libérale n'a rien à voir avec les élections à venir. Mais non, la distillation de la peur et le maintien des polarisations sur les questions identitaires ne font nullement partie des stratégies électorales libérales. Me voilà rassuré! On va pouvoir parler. À brûle-pourpoint, à bâtons rompus, à vide, à vif, à tout vent, on va parler!
On va écouter un peu, aussi, pour faire un joli petit rapport qui va se retrouver sur une tablette, en compagnie des autres rapports des autres commissions et consultations en tous genres. Bien sûr, on va appliquer quelques mesures cosmétiques, mais la diversion mise en place s'attaquera au racisme avec autant d'efficacité qu'un briquet peut le faire face à l'hiver arctique. Ces manoeuvres s'avéreront insignifiantes, du début à la fin. Et dans leurs suites aussi. Je suis de mauvaise foi? Parlez-en à la commissaire Charbonneau! Quand on part à la chasse avec un canif, faut pas s'attendre à ramener du gros gibier.
Soyons clairs : je reconnais le problème du racisme au Québec, c'est inquiétant et on doit le combattre par tous les moyens à notre portée. Absolument. Même si nous sommes une des nations les moins racistes au monde. Mais je demeure convaincu que le but de la commission commandée par les libéraux n'est pas de lutter contre le racisme, aussi systémique soit-il. Non seulement ce n'est pas son objectif, mais elle n'en aura pas les moyens. Et chacun des nombreux millions de dollars qui y seront gaspillés sera autant d'argent qui ne servira pas à la francisation des nouveaux arrivants, aux services sociaux et de santé dont ils ont besoin, à l'intégration efficace par des programmes de formation professionnelle et de sensibilisation des employeurs. Ce vaste chantier ne mettra pas un brocoli dans l'assiette des réfugiés syriens, elle n'ajoutera pas une carte d'assurance-maladie dans le portefeuille de la mère monoparentale obligée d'élever sa famille dans la clandestinité. Pas plus qu'elle ne permettra d'aller au fond des choses et d'outiller les organismes communautaires qui luttent contre le racisme au quotidien. Pas un sou pour la prévention dans les écoles non plus, vous l'aurez deviné. Non, on va juste parler, se divertir et faire diversion. Parler pour parler, parler au lieu d'agir.
L'humain raciste est comme un bébé qui ne se reconnaît pas dans le miroir. N'ayant jamais atteint sa maturité, l'altruisme nécrosé, le raciste ne s'identifie pas à ses semblables. Pour des détails, la pigmentation de la peau ou le hasard géographique, il rejette son frère et sa soeur comme des étrangers. Et il ne se reconnaîtra pas dans cette consultation non plus. Le temps, l'énergie et l'argent qui y seront engloutis ne pourront l'éduquer ou le sensibiliser. Il ne réalisera même pas à quel point il est instrumentalisé par les libéraux au pouvoir. Ce qui ne l'empêchera pas de voter.