On est chanceux d'être papa, mon homme, le sais-tu?

Bonne fête mes pairs

« La croissance de l'homme ne s'effectue pas du bas vers le haut, mais de l'intérieur vers l'extérieur. » Franz Kafka
CHRONIQUE / Salut mon homme! On ne s'est jamais rencontré, mais je t'estime déjà. De la même gang, par choix ou par surprise, nous sommes pères, papas pour les intimes. Papa dévoué, papa désavoué, beau-papa, papa par alliance, papa gâteau, papa tarte sur les bords, papa transgenre, genre de papa, papa en devenir, papa à temps plein, papa partagé ou papa reconstitué, on a tellement de points en commun, on devrait bien s'entendre.
Les jeunes pères se reconnaissent entre eux, même sans leur descendance sous le bras. Que ce soient les petites taches de vomi sur l'épaule, l'oeil hagard d'épuisement ou les caisses de couches garrochées dans le coffre de la camionnette, certains signes ne mentent pas. Évitons de nous en remettre aux portraits que dressent les publicitaires, le papa contemporain n'est pas cet imbécile décérébré incapable de changer une couche sans la supervision de la mère, ni cet athlétique bellâtre épanoui gambadant sur une plage avec un enfant radieux dans les bras. Par contre, il peut être un mélange chaotique de ces deux représentations : un homme paniqué, un morveux sur les épaules, qui court sur une plage bondée d'Ogunquit en hurlant « Sors les lingettes, ça déborde! ».
Débordants de conseils, les émissions spécialisées, les revues, les belles-mères et les inconnus qui n'ont jamais eu d'enfants essaient de nous apprendre à élever les nôtres. Même nos blondes qui insistent sur l'importance de prendre notre place, mais qui nous reprennent sur tout et ne nous laisse jamais faire à notre manière, ont de précieux conseils à nous promulguer. Et ça se contredit, ça change d'avis, ça s'en remet à une nouvelle recherche puis ça revient à la première idée avant de retourner consulter internet pour avoir plus de conseils à distribuer. Moi aussi, j'ai un conseil à te donner, mon homme : fie-toi à ton instinct. Chaque enfant est unique, chaque père aussi. Et personne n'est mieux placé qu'un père pour être le père de ses enfants.
Les grands-pères peuvent être de précieux alliés, quand ils ne profitent pas de notre absence pour bourrer nos enfants de sucreries ou leur apprendre de nouvelles grimaces. Et même si l'expérience de nos prédécesseurs peut nous inspirer ou nous éviter certains pièges, on n'apprend jamais si bien que par soi-même, en affrontant tous les dangers à mains nues : du méconium à l'otite en passant par les nuits blanches et les questions existentielles; du « terrible two » au « fucking four » jusqu'à la crise d'adolescence et les premières peines d'amour. En faisant ce qu'un père fait le mieux, être présent.
Être présent. Quand on rêve de brûler tous les jouets qui traînent, de congeler la Reine des neiges, d'envoyer Dora se perdre dans la forêt amazonienne ou d'allumer un feu en cognant la tête de Caillou contre un morceau de silex. Rester calme et répéter pour la douzième fois ce qui devra l'être encore vingt-neuf fois. Être patient.
Être présent. Quand prendre une bière de trop, une maîtresse ou un aller simple pour n'importe où ailleurs nous paraît une meilleure idée que prendre nos responsabilités. Prendre une grande respiration et serrer les dents plutôt que les poings. Aller chercher de l'aide au besoin, avant d'imploser ou d'exploser. Sortir prendre l'air, puis revenir prendre son enfant dans ses bras. Je sais, ça fait beaucoup de choses à prendre. Être courageux.
Être présent. C'est tout. Même maladroitement, solide ou vulnérable, fantasque ou sérieux, crémeux ou traditionnel. Aucun modèle établi ne colle à tous les pères, mais tous les pères sont des modèles. Des modèles à suivre ou à éviter, mais des repères pour chaque enfant. Plus qu'un rôle à jouer, c'est un mode de vie, une manière d'être et une façon d'aimer, surtout. Inconditionnellement. À tout jamais.
La plus grande et la plus belle des responsabilités mérite d'être célébrée. Être parent vient avec son lot d'inquiétudes, mais c'est d'abord une occasion de donner du sens à sa vie et de transmettre ce qu'on a de meilleur en nous. S'en souvenir vaut plus cher qu'une nouvelle perceuse et nous servira davantage qu'une cravate neuve. On est chanceux d'être papa, mon homme, le sais-tu? Pouvoir élever, consoler, encadrer, encourager, accompagner et aimer un enfant demeure le privilège le plus significatif de cette existence. Je nous souhaite d'être présents encore longtemps pour chacun de nos fils et chacune de nos filles. Être. Présent. Bonne fête des Pères!