On ne pourra jamais gagner une partie d'échecs en jouant avec les gris.

Adieu 2016 : Oui, mais...

« L'obligation de subir nous donne le droit de savoir. » Jean Rostand
Oui, 2016 s'avère officiellement l'année la plus chaude jamais enregistrée. Et on tient les livres à jour depuis déjà un siècle et demi. Parmi plusieurs catastrophes météorologiques, la diminution de la couverture glaciaire de l'Arctique a atteint de nouveaux records tandis qu'on enregistrait un sommet de chaleur de 54 degrés Celsius au Koweït. Derrière ces faits, il y a un peu d'El Niño et beaucoup d'El Nono. L'industrialisation galopante, propulsée par les coups de fouet de la mondialisation et l'appétit des économies émergentes, poursuit sa course. Et pas question de ralentir, le mur nous attend. C'est seulement dans les dictionnaires que l'écologie passe avant l'économie.
Mais, la vie trouvera son chemin, avec ou sans l'humain. Relativisons les élans des alarmistes qui annoncent encore la fin du monde. Hubert Reeves nous l'assure, la planète Terre tourne et tournera encore. Et même si nous sommes déjà directement responsables de l'extinction de centaines d'espèces animales et végétales, il en restera encore après la mort de la bête humaine. Il est fort à parier qu'elles ne s'en porteront que mieux, d'ailleurs.
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Oui, nos voisins ont élu Donald Trump, cette surprise au fond de la boîte du cynisme politique. Le bonhomme vient avec son lot de remises en question pour les professionnels de l'information; les sondeurs ne l'ont pas vu venir, les médias ont relayé ses mensonges et les intellectuels n'ont pas su mettre son discours populiste en perspective. Et le meilleur reste à venir, il commence à peine à prendre ses aises.
Mais, nos voisins ont-ils vraiment élu Donald ou ont-ils rejeté l'establishment? Les laissés-pour-compte du néolibéralisme, les insomniaques du rêve américain ont voté. Ils ont surtout affirmé qu'ils ne croyaient plus aux promesses rabâchées par les politiciens professionnels. Reste à voir si leur champion les décevra autant. L'humain est un animal à ressorts. Peut-être que la menace représentée par Donald et son club des furieux milliardaires mobilisera enfin les citoyens, tant aux États-Unis que dans le reste du monde.
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Oui, nous assistons à un effrayant crescendo des attaques terroristes islamistes. Quatre-vingt-dix-sept attentats majeurs répertoriés sur Wikipédia cette année. Soixante de plus que l'année dernière. Partout sur la planète, ça nous pète à la gueule et nous émiette le coeur. On aura beau gueuler qu'on refuse la peur, qu'on protège nos valeurs à tout prix, voir crever des innocents, revoir en boucle des enfants qui agonisent, ça fait son chemin dans nos crânes. Ça instille la terreur, d'où l'efficacité du terrorisme. Voilà tout ce qu'il arrive à produire, de toute façon, le terrorisme. Que ce soient des loups solitaires qui tirent dans le tas ou des milices organisées tenant des villes en otage, on en reste toujours au stade du fantasme religieux. Aucune révolution digne de ce nom, aucun progrès social ne peut en découler. Lorsqu'on a la destruction comme moyen, on ne peut prétendre à la construction comme projet.
Mais, peut-on encore jouer les vierges étonnées quand on constate, encore et encore, l'inefficacité de nos stratégies de défense? Au contraire, ces milliers de milliards de dollars (oui, des milliers de milliards de dollars), n'ont pas freiné la progression du terrorisme. Ils n'ont même pas freiné les camions de Nice et de Berlin. On pourrait peut-être envisager d'investir dans l'intégration des immigrants, l'éducation, la justice sociale ou de véritables missions humanitaires. Qui sait, avec des stratégies différentes, on obtiendrait peut-être des résultats différents?
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Oui, mais, il y aura toujours un mais, et quelqu'un pour dire oui à la bêtise, au populisme, aux forages sauvages et autres projets énergivores, à la violence instrumentalisée et au terrorisme. Le jeu des nuances a ses limites. Pour 2017, je nous souhaite une radicalisation des modérés.
Il ne faut pas tomber dans les raccourcis intellectuels ou radicaliser notre pensée, mais occuper le terrain. Les discours haineux, faux et dangereux prennent trop de place. Pour défendre les faits, la vérité, la liberté et l'avenir, on doit faire entendre la voix de la majorité, la voix des modérés. Il faut réclamer aux intellectuels dignes de ce nom de prendre position dans les médias, encourager les médias à faire plus de place aux débats de fond, à l'éducation populaire. On doit rechercher et diffuser l'information fiable sur les grandes menaces. Entre deux vidéos de décapitation, une photo de chaton et une statistique bidon, ça ne peut que nous aider.
Nous vivons une époque inquiétante, enténébrée, mais aussi une période charnière dans l'histoire de l'humanité. La mobilisation est encore possible. Face aux dogmatismes de tous genres, on doit reprendre position et oser le risque du choc des idées. On ne pourra jamais gagner une partie d'échecs en jouant avec les gris.