Usant de diverses stratégies, de nombreux garde-fous auraient protégé le monde de ses dirigeants et autres dictateurs...

À la gloire des garde-fous

« Il ne peut pas y avoir de crise la semaine prochaine : mon agenda est plein. » - Henry Kissinger
CHRONIQUE / Dès la première année de son mandat, le nouveau président républicain des États-Unis ordonne une frappe nucléaire sur la Corée du Nord communiste, sur fond de tension militaire entre les deux pays ennemis.
Non, ne vous méprenez pas, nous sommes loin de Donald Trump en 2017, mais bien avec Richard Nixon en 1969. L'histoire se répète et l'humanité bégaye... Nous pataugeons alors en pleine guerre froide. La crise des missiles de Cuba date de quelques années seulement, l'espionnage et le contre-espionnage battent leur plein et l'Amérique n'a pas encore amorcé son rapprochement avec la Chine de Mao. On l'oublie aujourd'hui, mais des sirènes retentissaient alors souvent dans les villes et campagnes paisibles du Québec, lors d'exercices en cas d'attaque nucléaire des « Rouges ». Comble de moulée pour racistes, certains de ces « Rouges » étaient simultanément des « Jaunes ».
Le 15 avril 1969, sans crier gare, deux MIG-21 nord-coréens abattent un avion de reconnaissance américain en mer du Japon, tuant les 31 membres de l'équipage à bord. Nous ne connaîtrons sans doute jamais les raisons exactes de cette attaque-surprise, les théories balancent entre la simple erreur de manoeuvre, une commande du grand frère chinois ou un cadeau d'anniversaire pour l'omnipotent Kim II-Sung, le grand-père du dictateur actuel Kim Jong-un.
Aussitôt informé, Richard Nixon devient fou de rage et convoque une conférence téléphonique nocturne avec ses chefs d'état-major de l'armée et son conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger. Tous conviennent qu'un tel affront à l'Amérique exige une riposte sévère. Le nouveau président va toutefois plus loin que tous les autres : « Nous devons leur envoyer un foutu paquet de bombes nucléaires! Trouvez-moi les cibles et préparez les avions ». Fin de la discussion.
Comment expliquer que la Corée du Nord n'ait pas été rayée de la carte, que la troisième guerre mondiale n'ait pas commencé le lendemain? Comme trop souvent, le président Nixon était saoul lorsqu'il a ordonné ces frappes nucléaires. Connaissant son patron, Henry Kissinger a donc exigé qu'on suspende les manoeuvres jusqu'au lendemain matin, le temps de confirmer avec un Commandant en chef redevenu sobre.
Voilà qui rappelle le rôle d'un garde du corps de Boris Eltsine; en plus d'assurer sa sécurité, le colosse avait le mandat de couper l'alcool du président russe avec de l'eau, pour ajouter un peu de cohérence aux directives officielles. Usant de diverses stratégies, de nombreux garde-fous auraient ainsi protégé le monde de ses dirigeants et autres dictateurs; Camilo Cienfuegos aurait tenu ce rôle de modérateur auprès de Fidel Castro, avant qu'un avion le transportant ne disparaisse mystérieusement; certaines soifs de vengeance du roi Soleil auraient été apaisées par la piété de sa maîtresse, Madame de Maintenon; Cleitos tempérait les sautes d'humeur d'Alexandre le Grand, avant que celui-ci ne l'assassine...
Mais revenons à nos voisins. Donald Trump n'est évidemment pas Richard Nixon, malgré les similitudes troublantes qu'on peut trouver entre le Watergate et le scandale russe actuel. Sans compter la récente réponse au vieil ennemi; suite à une menace nord-coréenne contre l'île américaine de Guam, Donald Trump a improvisé un discours où on pouvait entendre ces propos dignes d'un Nixon éméché : « Ils vont rencontrer le feu et la furie comme le monde ne l'a jamais vu! »
Espérons qu'il y a un Henry Kissinger dans l'entourage de Donald Trump, un garde du corps qui verse l'eau de la sagesse dans le vin de son impulsivité. Ou tout simplement quelques courageux hauts-fonctionnaires qui continueront de diluer systématiquement ses ordres. Alors qu'il enfile sa casquette de commandant en chef pour aller en découdre en Afghanistan, dans une guerre ayant déjà coûté des dizaines de milliers de vies et plusieurs milliers de milliards de dollars, on peut craindre quelques dérapages.
Après avoir renvoyé le directeur du FBI James Comey, la ministre de la Justice Sally Yates, son conseiller spécial Steve Bannon, et son secrétaire général Reince Priebus, pour ne citer que ceux-là, l'inquiétant président se prive peut-être d'un garde-fou, un garde-fou pouvant le protéger et protéger le monde du même coup.