L’amie Chantal (avec le casque de vélo gris) et moi (avec le casque de ski noir) sommes prêtes pour le trophée Roses des Sables !

D’aventure en aventure

CHRONIQUE / Avant de partir, armée de chasse-moustiques et de sacs de chips pour tenir deux semaines, je n’avais aucune idée de la définition de l’acronyme ZEC. Maintenant, c’est clair comme de l’eau de roche de la rivière Saint-Maurice. ZEC sont les trois lettres qui veulent dire « Zone Éprouvante pour le Corps ».

J’aurais pourtant dû m’en douter.

À ce jour, plusieurs propositions de l’amie Karine m’ont sortie de ma zone de confort. Chaque fois, c’est comme le bouchon d’une bouteille de champagne qui saute, pop ! et je m’adapte, me débrouille et me surpasse. Des fois ça fait mal, mais ça vient toujours avec une grande satisfaction.

Son invitation à vivre un week-end de pêche dans la ZEC Wessonneau, loin dans le bois entre Shawinigan et La Tuque, n’allait donc pas faire exception à la règle.

Tout avait pourtant bien commencé pour notre quatuor urbain vêtu de chemises « karaté » sentant le répulsif à mouches noires. En peu de temps, on avait réussi à se concocter un pique-nique, à démarrer un côte à côte et un quatre-roues et à leur atteler chacun une chaloupe. Traînant tout notre gréement pour une journée de pêche comme on en voit sur le canal Évasion, on est parties sur la route sinueuse et cahoteuse menant à l’un des 100 lacs pêchables de la ZEC.

Au total, la place en compte 319. En veux-tu du poisson ? En v’là !

Le quatre-roues a rendu l’âme dans le dernier tournant avant d’arriver au plan d’eau. Genre à 150 pieds du lac. Un dernier soubresaut du moteur nous a permis d’approcher la remorque et son contenu jusqu’au bord du bord. À huit bras, on a réussi à mettre l’embarcation à l’eau. Plouf, merci, bonsoir !

Après quelques (longues) minutes de zigonnage-avance-recule à essayer de glisser le deuxième attelage dans l’étroit espace servant de descente à bateau — mission qui m’a été refilée sans doute pour ma façon de porter le casque de ski l’été — on a pu, enfin, s’élancer sur l’eau calme du lac Carouge.

Après cinq heures passées à taquiner la truite, on s’est alignées sur le quai avec, dans nos barques, énormément d’espoir que le quatre-roues redémarre, beaucoup de fous rires et aucun poisson.

Le VTT était capoute.

Pas grave. Des véhicules, ce n’est pas ce qui manquait au chalet.

Karine et moi on allait y ramener la première remorque et sa chaloupe avec le côte à côte affectueusement baptisé « le side », pour ensuite revenir au lac, moi au volant du side et elle à bord du pick-up. Avec le premier, on allait ramener le bateau. Avec l’autre, le quatre-roues. Amenez-en des projets !

Légèrement pressées, on a laissé tomber notre idée d’en profiter pour vider le side. Ce qui s’est avéré être la meilleure idée de la fin de semaine (vous allez voir...), car là aussi j’ai du faire une espèce de tango avance-recule d’une bonne vingtaine de minutes pour réussir à stationner la fameuse chaloupe entre un abri tempo et le début de la forêt. J’avais les trapèzes en feu, car non, je n’avais pas eu la chance de pratiquer cette manœuvre dans le stationnement d’un Walmart avant de partir.

La surprise qu’on a eue à notre retour au lac quand j’ai reculé le camion vers la remorque toujours dans l’eau (allumer le BBQ et reculer un véhicule, petit ou gros, étaient mes deux responsabilités du week-end) : la maudite boule d’attelage du camion était trop grosse pour accueillir la remorque !

Essaie avec le side : même affaire. C’est qu’il existe différents diamètres à ces accessoires qui allient force et durabilité. Tab... !

Tout avait si bien été le matin. Les choses s’imbriquant facilement les unes dans les autres. Oui on a pensé changer la boule du VTT avec celle du côte à côte. Après vérification, celle du quatre-roues était solidement fixée au véhicule. Impossible de l’enlever. C’est donc à ce moment-là qu’on a mis à exécution notre plan E. Celui de réinstaller un moteur à la chaloupe (on est faites fortes) et d’aller chercher de l’aide sur le lac auprès de voisins partis pêcher.

Avant que les filles partent, j’ai pensé glisser dans leur embarcation le bidon d’essence qui traînait toujours dans le side pas vidé.

HEUREUSEMENT !

Elles sont tombées en panne au beau milieu de leur mission ! Sans moi, elles seraient encore en train de ramer pour rejoindre la berge. Pas d’eau et sans chips. L’enfer. Ce geste ma valu le qualificatif de demi-déesse.

Bref, elles sont revenues suivies d’Alain et René. Des pros de la pêche.

En moins de temps que ça m’en prend pour clipper mon casque de ski, ils avaient installé la chaloupe sur la remorque, sorti la remorque de l’eau avec leur VTT, parti le nôtre en criant « Ciseau ! » et rangé notre moteur à essence dans la boîte du side.

Ensemble, à la queue leu leu, on est retournés au camp où on a remercié les deux hommes avec de la Coors Light.

Au souper, on a fait le bilan de notre journée de « pêche » tumultueuse et remplie de rebondissements. On n’a peut-être pas rapporté de poisson, mais on a puisé au plus profond de nous-mêmes pour garder notre calme et nous débrouiller.

On est revenues au chalet plus fortes, confiantes et fières malgré les courbatures, les ecchymoses, les morsures de moustiques et les frissons que provoquent le charcutage de vers de terre vigoureux avec nos doigts.

De toute façon, on n’était pas parties pour faire un lac-à-l’épaule, que j’ai fait remarquer aux filles en riant.

Au contraire : on s’est fait des épaules au lac à forcer comme des bœufs !

Malgré tout, c’est clair qu’on remet ça l’an prochain (Merci à Sylvain et Lucie!). Sans doute qu’on va essayer un autre lac parmi la centaine disponible, mais le Carouge restera ancré dans nos mémoires.

Le lac où on a fait preuve de courage.