Complète, Yves!

«Depuis quelques semaines, une publicité de fromage attire mon attention. On peut lire : "Je vérifie qu’ils sont d’ici." Il me semble que cette formulation a quelque chose de bizarre, mais je n’arrive pas à savoir pourquoi. Ne devrait-on pas dire : "Je m’assure qu’ils sont d’ici"? Ou encore : "Je vérifie s’ils sont d’ici."» (Guy Gagnon, Sherbrooke)

Dans vos cours de grammaire à l’école, il y a de fortes chances que, lorsque vous avez fait de l’analyse de phrases, on vous ait appris à chercher un substantif (ou si vous préférez, un nom) quand on vous demandait de trouver le complément. Exemple : dans la phrase «Luc mange une pomme», quel est le complément? Réponse : pomme.

Maintenant, lorsqu’on étudie la grammaire de façon plus avancée (remarquez, peut-être que cela s’enseigne au secondaire de nos jours, mais moi, je ne me souviens pas d’en avoir entendu parler avant l’université), on apprend qu’une phrase peut aussi avoir comme complément… une autre phrase! Et que cette phrase peut être complément d’objet direct ou complément d’objet indirect.

C’est ce qu’on appelle une subordonnée complétive et c’est le cas que vous soumettez. «Qu’ils sont d’ici» est la subordonnée complétive de «je vérifie». Il s’agit, plus précisément, d’une subordonnée complétive complément direct.

Maintenant, pour être certain que la phrase est correcte, il faut se demander si le verbe «vérifier» peut être suivi d’un complément d’objet direct. Voyons voir… Peut-on dire «je vérifie la pression des pneus» ou «les médecins ont vérifié son pouls»? Tout à fait! Des phrases comme «vérifie que tes clefs sont là» ou «elle vérifie que sa fille a écouté ses conseils» sont correctes, même si ce sont des formulations que l’on entend moins souvent. 

Voici des exemples de complétives compléments directs extraites du site internet d’Allô Prof. Ce dernier suggère d’ailleurs un autre truc pour s’assurer qu’il s’agit bien d’une complétive complément direct : la remplacer par «cela».


«J’ai su que vous ne seriez pas là [j’ai su cela].»

«Jean aimerait bien que tu lui donnes une chance [Jean aimerait bien cela].»

«Plusieurs étudiants souhaiteraient que ce conférencier revienne.»


Voici maintenant d’autres exemples extraits du même site où la complétive est complément d’objet indirect. Encore une fois, on peut vérifier la validité de cette analyse en remplaçant la complétive par «cela».


«Elle s’est souvenue de ce que son frère lui avait dit [elle s’est souvenue de cela].»

«Les ancêtres ont veillé à ce que leurs traditions soient respectées [les ancêtres ont veillé à cela].»


Maintenant, il existe une complétive particulière très répandue dans l’usage : la subordonnée complétive interrogative. Sa spécificité : la phrase qui joue le rôle de complément est une question. On appelle aussi cette forme «interrogation indirecte». C’est d’ailleurs une des deux solutions de remplacement que vous proposez : «Je vérifie s’ils sont d’ici.» Comme elle est très utilisée, l’interrogation indirecte peut laisser l’impression qu’elle est la seule correcte. Voici des exemples que donne Allô Prof.


«Je ne sais pas où il se trouve.»

«Ils se demandent pourquoi ils devraient partir.»

«On ignore si cet article risque de choquer.»


L’erreur la plus courante avec l’interrogation indirecte est de la terminer par un point d’interrogation. Or, pour recourir à cette ponctuation, il faut que ce soit le verbe principal de la phrase qui soit à la forme interrogative.


«Ces fromages sont-ils d’ici?»

«Je vérifie si ces fromages sont d’ici.»

Perles de la semaine

C’est quoi, tous ces cheveux sur le sol de la salle des professeurs?


«Il faut sortir de l’obscurcisme.»

«Avant on pensait que la Terre était ronde. Maintenant, on sait qu’elle est plate.»

«Le Japon est une péninsule ayant un accès aux eaux très rapide.»

«Les Chinois sont très intelligents pour compenser leurs petites tailles.»

«Il y a de nombreuses tensions en mer de Chine à cause des îles japonaises de Suzuki et Hiroshima.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.