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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Faut pas se leurrer, la structure actuelle protège davantage les promoteurs que la population. Un promoteur fait bien du chemin dans le processus administratif municipal avant qu’un projet se rende aux oreilles de la population.
Faut pas se leurrer, la structure actuelle protège davantage les promoteurs que la population. Un promoteur fait bien du chemin dans le processus administratif municipal avant qu’un projet se rende aux oreilles de la population.

Communication ping pong

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CHRONIQUE / Pendant le conseil municipal de Sherbrooke, tout le monde a voulu être en mode solution concernant le problème de communication entre les fonctionnaires et les élus et élues. Pourtant, j’ai eu l’impression qu’on passait à côté de principes fondamentaux. Ce n’est pas juste un enjeu administratif.

À quelques reprises, des membres du conseil ont dit que c’était dommage que le débat sur la difficulté d’avoir accès à des informations et des documents se soit fait publiquement, dans nos pages. En même temps, je n’ai pas l’impression qu’il y aurait eu tant d’empressement et de volonté à corriger le tir avant que ça ne soit public. Comme par hasard, l’enjeu semblait plus sérieux quelques articles plus tard.

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a rappelé qu’il souhaite augmenter l’efficacité et la rapidité des communications entre les fonctionnaires et les élus et élues. La présidente du comité exécutif, Nicole Bergeron, a aussi parlé de faire un « gain d’efficience ».

En écoutant les différentes doléances, je n’ai pas l’impression que quelqu’un au conseil est contre l’amélioration des communications. Au contraire, tout le monde veut un meilleur partage d’information. Les critiques concernent la façon proposée par la direction générale et que le maire semblait appuyer avant la publication des articles de La Tribune.

On veut bien corriger le tir des problèmes partagés ici et là, mais on n’a jamais vraiment expliqué le choix de la directive. Comme l’a mentionné le conseiller du district des Quatre-Saisons, Vincent Boutin, le « statu quo n’est pas tenable ». Le mieux est probablement de jeter la nouvelle directive et d’arriver avec une meilleure solution qui permet réellement d’améliorer l’accès à l’information, à la fois sans encombrer les fonctionnaires, mais sans empêcher les membres du conseil d’avoir accès aux informations. La directive actuelle centralise l’accès, mais n’améliore pas l’accès.

Sous le développement

Derrière les critiques des derniers jours se cache en fait un problème plus profond concernant la gestion du développement urbain et immobilier. C’est souvent pour mieux connaître les projets que les conseillers et conseillères essaient d’avoir des informations. Et ça, ce n’est pas seulement à Sherbrooke, mais dans la plupart municipalités. C’est la structure municipale québécoise qui le veut ainsi.

Il y a un manque de transparence dans les développements immobiliers. C’est concernant un projet dans son district que Marc Denault voulait des informations. De son côté, la conseillère Évelyne Beaudin, elle, essaie aussi de donner de l’information aux citoyens et citoyennes de son district sur le projet McCrea. Plusieurs contestations citoyennes surviennent parce que la population apprend tardivement les détails d’un projet.

Les villes peuvent se doter de plans d’urbanisme, délimiter son zonage, imposer quelques règles, mais le nombre de fois qu’il y a des exceptions ou des permissions pour empiéter sur une zone humide, pour dépasser le nombre d’étages, pour changer le zonage, donne une impression d’un rempart un peu mou, malléable selon les projets et les taxes foncières.

Bien sûr, il existe des mécanismes pour que la population puisse contester ou se faire entendre. Récolter assez de signatures pour avoir un référendum. Bombarder une séance du conseil municipal de questions. Manifester. Mais ce sont toujours des réactions aux projets. Ces actions demandent aussi beaucoup d’énergie et de volonté de la part des résidants et résidantes. Les victoires citoyennes sont difficiles, même si les promoteurs aiment bien faire croire le contraire. Des jugements comme celui sur le chemin Rhéaume sont plutôt minoritaires.

Faut pas se leurrer, la structure actuelle protège davantage les promoteurs que la population. Un promoteur fait bien du chemin dans le processus administratif municipal avant qu’un projet se rende aux oreilles de la population.

D’ailleurs, les mairies sont aussi prises avec ça. Quand un propriétaire laisse pourrir un bâtiment pour le raser au lieu de le rénover, par exemple. Ou lorsqu’une ancienne administration a pris une entente et que le plan met du temps à se concrétiser, même si avec les années, les besoins ou les volontés politiques ont changé et que le projet initial n’est plus le bienvenu, difficile de rompre l’entente ou de changer le projet.

Plus largement, tout ça contribue aussi à une urbanisation fragmentée et à l’embourgeoisement. C’est difficile pour les villes de faire un développement équilibré, parce que ça dépend aussi de la volonté des promoteurs. On se retrouve donc avec des quartiers débordant d'immeubles locatifs avec peu de services de proximité et de verdure, alors que d’autres quartiers aux grandes maisons planifient les parcs pour le confort des futurs propriétaires et attirent les commerces.

La situation qui préoccupe la conseillère Karine Godbout dans Ascot est un bon exemple. Sherbrooke manque de logements abordables, mais la solution est-elle d’ajouter des logements dans ce quartier qui déborde déjà de logements locatifs, alors qu’il manque de services de proximité? Peut-être, mais il semble surtout manquer ce qu’on appelle un dialogue, entre la Ville, le promoteur et la population du coin.

Malgré tout, ça ne veut pas dire que les villes ne peuvent rien faire. Elles peuvent partager les informations plus rapidement sur les développements immobiliers. Elles peuvent améliorer la participation citoyenne. Elles peuvent jouer avec leurs incitatifs pour mieux équilibrer leur développement.

J’en reviens donc au problème de communication entre les fonctionnaires et le conseil municipal de Sherbrooke. Si la directive mise en place ne permet pas de mieux informer la population, alors à quoi sert-elle? À qui sert-elle?

Si même les conseillers et les conseillères municipaux ne peuvent pas avoir l’information, comment peut-on croire que la population sera informée?

C’est bête, parce qu’une population qui a l’impression qu’on lui cache quelque chose est une population qui ne fait pas confiance. Retenir des informations donne justement cette impression. Une fois la confiance brisée, c’est difficile d’avoir une cohésion et un appui populaire, même devant de bons projets.

Ce n’est pas juste un enjeu d’efficacité administrative, c’est aussi un enjeu démocratique. Et je vois difficilement comment on peut accepter une entorse à la démocratie.