La bonne vieille peur de la guerre atomique est de retour. En octobre, un sondage Angus Reid Forum révélait que 55 % des Canadiens ont peur d’une attaque nucléaire.

Comment survivre à la fin du monde

CHRONIQUE / La peur de la fin du monde, ça ressemble à l’éternel retour de la bossa-nova, des pantalons de velours côtelé et de l’animateur de radio André Arthur. Périodiquement, tout le monde pense que c’est terminé. Démodé. Mais le monde ne perd rien pour attendre. Ça revient toujours.

Selon la société Ipsos, 1 Canadien sur 10 croit qu’il verra la fin du monde de son vivant. Aux États-Unis, pas moins de 22 % des citoyens pensent qu’ils assisteront en direct à la disparition de la civilisation humaine. Pire, 40 % estiment qu’il est plus utile de se construire un bunker que de se bâtir un fond de retraite.

Au passage, on remarque que 7 % de nos concitoyens croient que le film La planète des singes constitue un aperçu «de ce qui pourrait se produire dans le monde au cours des prochaines années». Quoi? Sept % croient possible que les singes prennent le pouvoir?

Avouez que ça donne froid dans le dos…

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Que se passe-t-il? J’en vois qui sont devenus tout pâles? Est-ce le calcul des probabilités d’une collision entre la Terre et un météorite? Ou celles de l’éruption d’un super volcan? Il est vrai qu’en matière de scénario catastrophe, nous avons l’embarras du choix. Même la bonne vieille peur de la guerre atomique est de retour, gracieuseté de l’Américain Donald Trump et du Nord-Coréen Kim Jong-Un.

Le retour de la menace atomique? Un humoriste dit qu’on s’en ennuyait autant que d’une cargaison de cure-dents en période de famine…

Stop. Ça ne fait rien. La bonne nouvelle, c’est que l’humanité n’a jamais inventé autant de gadgets et de méthodes pour échapper au pire. Par gentillesse, je vous épargne les recettes qui permettent de survivre en ne consommant que des mixtures et des décoctions à base de pin (l’arbre). De la même manière, je laisse tomber les judicieux conseils pour cacher de l’or en prévision de l’apocalypse.

Pour l’instant, tout cela semble aussi utile qu’une trappe dans le fond d’un canot.

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Par contre, j’attire votre attention sur le SOS parachute, un parachute «urbain» qui peut être rangé sous un bureau. Idéal si le gratte-ciel où vous travaillez est attaqué par des terroristes, des émeutiers ou même des zombies. Grâce à votre SOS parachute, vous leur échapperez en sautant d’une fenêtre pour planer plus ou moins gracieusement en lieu sûr.

Le fabricant assure que l’utilisation du parachute ne nécessite aucun entraînement particulier. Il se contente de préciser que le «décollage» doit être effectué d’une hauteur supérieure à 50 mètres. De plus, si l’utilisateur pèse plus de 90 kilos, il doit s’attendre à un atterrissage un peu raide.

Quand on y pense, le client n’a pas trop le choix de faire confiance. Après l’apocalypse, le traitement des plaintes et des réclamations promet d’être difficile. Sans compter que la marge d’erreur est extrêmement réduite. Comme on dit, si tu n’as pas l’habitude de réussir les choses du premier coup, peut-être que le parachutisme n’est pas pour toi.

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Reste qu’en matière de survie, le chef-d’œuvre de notre époque est incontestablement le bunker du nouveau riche. Pas le bunker humide et mortellement ennuyeux de nos grands-pères. Non! Plutôt le bunker avec toutes les commodités modernes. Idéal pour le milliardaire inquiet…

L’an dernier, le magazine New Yorker a visité le Survival Condo Project, un complexe de 12 appartements de grands luxes aménagés dans un ancien silo nucléaire du Kansas. Conçu pour résister à une explosion atomique, l’endroit dispose de réserves de nourriture et de carburant pour tenir durant cinq ans. Grâce à l’élevage de poisson et à la culture hydroponique de légumes, les occupants pourraient même survivre indéfiniment. Du moins, en théorie. 

Le concepteur prétend avoir pensé à tout. Pour éviter la sensation d’étouffer, chaque appartement est équipé d’écrans qui tiennent le rôle de fenêtres. On y fait défiler des images pour simuler l’extérieur. Une propriétaire de New York a ainsi réclamé des images de Times Square. En plus, elle a insisté pour qu’on ajoute le murmure de la circulation. Sans les bruits de klaxons, Madame se sent trop angoissée…

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D’accord. La peur de la fin du monde n’a rien de nouveau. Le 12 janvier 1962, la couverture du magazine Life évoquait déjà la popularité des abris antinucléaires.

Mais si jamais le pire survient, l’Humanité pourra toujours s’en remettre à la compagnie Celestis, une sorte de dernier recours spatial. Pour la modique somme de 12 500 $, l’entreprise expédie déjà dans l’espace des échantillons d’ADN humain.

Qui sait? Peut-être qu’un jour, dans des millions d’années, une forme de vie intelligente les récupérera? Et peut-être qu’elle aura l’imprudence de s’en servir pour ramener l’humanité à la vie?

Mais j’y pense. Pour immortaliser la folle ambiance de notre époque, nous pourrions aussi expédier dans l’espace des échantillons de l’ADN de Donald Trump et de Kim Jong-Un. Un peu cruel, j’en conviens. Même que dans ce cas, par mesure de sécurité, il serait prudent de fournir aux extra-terrestres quelques SOS Parachutes. Juste au cas où.