Ses patins ne seront jamais très loin, mais on verra plus souvent la Sherbrookoise Kim Boutin comme femme que comme athlète pour mousser sa notoriété de triple médaillée olympique.

Comment positionner la « marque Kim Boutin »

CHRONIQUE / Podiums olympiques, parmi les invités sur le plateau de Tout le monde en parle, honneurs et bains publics avec ses médailles dans son Sherbrooke natal et conférencière pour parler de motivation, la semaine prochaine à Toronto, devant le personnel d’une grande entreprise.

Kim Boutin en porte des chapeaux et patine à longueur de journée depuis qu’elle est rentrée de PyeongChang médailles au cou.

Après avoir porté le drapeau canadien à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver qui l’ont élevée au rang des grands athlètes canadiens et internationaux, la Sherbrookoise de 23 ans installe un mât pour y accrocher le sien, son drapeau, pendant que le vent de la gloire lui souffle dans le dos.

« Je vous envoie immédiatement une photo de Kim sans son casque de patineuse, car il y a bien plus qu’une athlète dans cette jeune femme énergique authentique » me propose sa nouvelle coach d’image, Marie-Anik L’Allier.

Le casque ne passera pas l’été au fond d’un casier, Mme L’Allier le gardera même dans ses mains parce qu’il a pris de la valeur en Corée du Sud.

Louis Garneau, le président et fondateur de la compagnie ayant développé une gamme de produits pour habiller et protéger les sportifs, l’a confirmé cette semaine à l’animateur Martin Pelletier de la radio du 107,7 Estrie.

« Nous n’avions pas d’entente spécifique avec elle, nous avons commandité toute l’équipe canadienne de patinage sur courte piste lors des derniers Jeux. Il est prévu que Mme Boutin vienne bientôt nous visiter et on aimerait discuter de la manière dont on pourrait travailler avec elle sans être en conflit avec ses autres commanditaires », a déclaré M. Garneau après avoir confirmé que la manne olympique de la triple médaillée avait moussé l’intérêt pour les nouveaux casques que son entreprise destine à ce marché.

« Si le Championnat du monde s’étant déroulé à Montréal quelques semaines après les Jeux avait plutôt eu lieu cinq ou six mois après le rendez-vous olympique, ça nous aurait donné du temps pour approcher des commanditaires et leur offrir cette visibilité », affirme à ce sujet Mme L’Allier.

Quelle est la valeur de Kim Boutin sur le marché des commandites sportives?

Je me suis tourné vers Ray Lalonde, un expert reconnu en la matière, pour nous éclairer.

« Je ne connais de Kim que ce j’ai vu de ses performances olympiques et entendu lors de certaines entrevues. Je ne peux donc pas porter un jugement aussi éclairé que si je l’avais côtoyée. Au premier regard, l’image qu’elle projette annonce plusieurs opportunités au cours de sa carrière sportive. Des opportunités publiques, commerciales ou mêmes professionnelles » répond M. Lalonde.

Nous revenons sur les menaces dont elle a été la cible de la part d’amateurs sud-coréens frustrés de la disqualification de l’une des leurs ainsi que sur l’image forte du lendemain, montrant les deux patineuses unies par un signe de cœur.

« Les circonstances nous l’ont fait découvrir comme une patineuse déterminée et très compétitive, chez qui il y a un esprit de compétition très sain. Ce deuxième volet aura peu d’importance aux yeux de certaines entreprises alors que d’autres en feront un facteur décisionnel. Tout dépend du positionnement, de ce qu’on veut véhiculer comme image. Sans nécessairement être un gage de succès, c’est sûrement un élément positif supplémentaire dans le porte-folio de Mme Boutin », expose celui qui, pendant dix ans, a été vice-président et responsable du marketing du Canadien de Montréal.

Après une autre saison de misère, la cote des Glorieux est en chute libre. Le retour du baseball professionnel à Montréal n’est toujours qu’un souhait. Ce vide professionnel peut-il être profitable aux athlètes amateurs?

« Les Olympiens ont-ils plus de place qu’il y a 20 ans? Oui. Est-ce que ça se traduit nécessairement par une plus grande commercialisation? Non. Une dizaine de nouvelles disciplines olympiques, sinon plus, sont apparues au cours de cette période. Il y a plus de participants dans la course au financement. Guy Lafleur, Yvan Cournoyer et Patrick Roy ont été beaucoup plus populaires que les joueurs portant actuellement l’uniforme du CH, mais ces derniers ont accès aux réseaux sociaux pour assurer leur propre mise en marché », compare M. Lalonde.

« Je suis d’accord. En même temps, les médias sociaux sont également utiles pour nous. Charles Hamelin a plus de 60 000 abonnés sur sa page Facebook. C’est le lectorat d’un hebdo. Nous allons utiliser les mêmes outils afin de promouvoir les exploits sportifs et faire ressortir ce que Kim dégage comme personne », enchaîne son agente.

C’est à titre de conseillère de Marianne St-Gelais que Mme L’Allier a eu ses premiers contacts avec sa nouvelle protégée, qui n’apparaît pas encore comme tête d’affiche sur le site de son agence.

« Notre association ne remonte qu’à quelques semaines et d’un commun accord, Kim et moi avons décidé qu’il ne servait à rien d’agir à la hâte. Kim est une femme calme et réfléchie. Elle veut que nous prenions le temps de bien faire les choses. »

L’agente des deux patineuses aurait écrit le script de la transition qu’elle n’aurait pas réussi à mieux marier les intérêts de ses clientes. Une Marianne St-Gelais amèrement déçue de ses dernières courses et qui aurait boudé les succès de sa cadette aurait sapé ses chances de trouver une place dans l’univers médiatique; une Kim Boutin arrogante et détachée de la fin de parcours de son professeur aurait vite été cataloguée comme une athlète à l’égo démesuré.

« La première a été assez mature pour accepter que c’était la fin pour elle tandis que l’autre a su attendre le temps qu’il fallait pour atteindre les sommets », se réjouit Mme L’Allier représentant aussi les intérêts de la Coaticookoise Josée Bélanger, l’une des joueuses de l’équipe canadienne ayant remporté la médaille de bronze en soccer féminin aux Jeux de Rio.

« D’autres victoires au championnat du monde, d’autres médailles et peut-être même une en or aux prochains Jeux et là, Kim Boutin serait décidément lancée. Pour elle comme pour tous les autres, le défi est de durer. Pensons aux sœurs Dufour-Lapointe, dont la présence en Corée a été plutôt effacée lorsque comparée aux émotions de Sotchi... », rappelle comme autre réalité M. Lalonde.

Comme Ricardo, Kim est aux cuisines. Elle a du temps devant elle, mais il lui faudra aussi marier les saveurs de plusieurs d’ingrédients pour commercialiser sa marque maison.