Quoi de neuf docteur?

CHRONIQUE / La célèbre question que pose Bugs Bunny à tout propos m’est venue à l’esprit lorsque j’ai lu cette semaine, dans la revue Nature, un article traitant de l’utilisation d’antibiotiques pour arroser des orangeraies en Floride. Il faut dire que plusieurs nouvelles interpellant la santé et l’environnement ont été publiées dans le dernier mois.

D’abord, on a appris que 91 % de la population humaine était exposée à la pollution de l’air dans les villes, ensuite le deuxième rapport Global Chemical Outlook qui montre que 1,6 million de morts sont attribuables chaque année à l’usage de produits chimiques. 

Finalement, on apprenait la condamnation de Monsanto en Californie pour le cancer d’un citoyen attribuable à l’utilisation de l’herbicide Round-Up. Quoi de neuf docteur ?

Le cas des antibiotiques s’inscrit dans une longue liste d’horreurs environnementales qui affectent la santé humaine. Comme je préparais mon cours sur la santé environnementale et l’écotoxicologie, c’est du matériel de première main. J’en ai donc profité pour en faire ma chronique. Comme dirait le lapin facétieux, un peu de paresse n’a jamais tué personne.

Donc, l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) a permis qu’on pulvérise 440 000 kilos d’un mélange de streptomycine et de tétracycline sur les orangers. 

Cela soulève des inquiétudes, car si l’efficacité d’un tel traitement n’a pas été démontrée, pour les producteurs, il s’agit d’une tentative désespérée qui justifie le risque. Il ne semble pas y avoir d’autre solution pour lutter contre le verdissement des agrumes, une maladie bactérienne invasive originaire d’Asie qui se répand en Floride depuis une dizaine d’années. Mais quels sont les risques associés à une telle approche ? 

La streptomycine et la tétracycline sont des antibiotiques à large spectre utilisés dans le traitement de plusieurs infections chez les humains. En les utilisant dans l’environnement, que peut-on craindre ? La réponse est simple : lorsque des bactéries sont exposées à de faibles doses d’antibiotiques, seules les souches les plus résistantes survivent et le caractère de résistance se répand en conséquence rapidement. 

Lorsque des humains sont infectés par la suite, il faut soit des doses massives, soit de nouveaux antibiotiques pour les soigner. C’est un cas classique… Quoi de neuf docteur ?

Plus largement, les articles auxquels je faisais référence plus haut nous permettent de regarder de façon critique la relation de la société industrielle avec l’environnement et la santé humaine. 

Pour satisfaire les besoins humains, on crée constamment de nouvelles substances chimiques. Avant les années 1970, si on trouvait un effet utile à une substance, elle était mise en marché sans autre forme de procès. 

C’est ainsi que des insecticides persistants comme le DDT ont été répandus partout dans l’environnement par les agriculteurs et ont contaminé l’ensemble des écosystèmes de la planète. La même chose s’est produite avec les additifs alimentaires et dans une moindre mesure avec les médicaments. 

Lorsqu’on s’est rendu compte de la dégradation environnementale des Grands Lacs nord-américains, des effets toxiques de certains additifs et colorants et des effets de médicaments comme la thalidomide, il était trop tard. 

Des mesures ont été prises graduellement par les gouvernements pour contrôler un tant soit peu les processus d’homologation avant la mise en marché de nouvelles molécules ou de nouveaux usages de molécules connues. En amont de la commercialisation des nouvelles molécules, il faut aujourd’hui montrer patte blanche. 

Malheureusement, une fois le produit homologué, c’est le marketing des entreprises qui détermine leur usage et lorsqu’ils sont répandus dans l’environnement, plus personne n’est responsable. 

Quoi de neuf docteur ?