Les limites de l’analogie

CHRONIQUE / Dans un article publié le 13 mars dans Le Droit, Patrick Duquette faisait un parallèle entre la pandémie de la COVID-19 et les changements climatiques. J’ai trouvé cela très intéressant et pertinent. Toutefois, l’analogie présente des limites que j’aimerais partager avec vous.

Le parallèle réside dans la notion de menace planétaire dans laquelle l’action individuelle joue un grand rôle pour gérer le problème. M. Duquette constate que la différence dans la vitesse de réaction des gouvernements vient du fait que la COVID-19 est perçue comme une menace immédiate alors que les changements climatiques sont perçus comme une menace lointaine. C’est un très bon point. J’ai aussi bien aimé le parallèle entre les climatosceptiques et les anti-vaccins. Il y a, en effet, dans les deux cas, un refus de reconnaître l’évidence scientifique et de se conforter en citant des études bidon. Mais là s’arrête l’analogie.

La pandémie de COVID-19 provient d’une cause naturelle: la mutation d’un virus, qui lui permet dorénavant de trouver chez l’humain un hôte à infecter pour se reproduire. L’action individuelle, qui consiste à s’isoler et à prendre des mesures de précaution pour limiter la transmission de l’agent infectieux, sera, bien sûr, efficace pour limiter les mortalités et l’engorgement du système de santé. Mais elle ne détruira pas la cause du problème. Le virus est là; il fait partie de l’écosystème planétaire. Déjà, des centaines de personnes infectées ont survécu, des milliers ont des symptômes mineurs et on ne peut pas savoir combien de porteurs sont asymptomatiques et ne présenteront aucun signe de la maladie. C’est normal, nos systèmes immunitaires sont tous différents. Ils répondent à l’agresseur avec plus ou moins d’efficacité. Donc, on l’attrape, on en guérit ou en en meurt. À moins que le virus ne connaisse un taux de mutation élevé, comme c’est le cas du virus de l’influenza; si on en guérit, on est immunisé. Dans quelques mois, on aura probablement mis au point un vaccin et on pourra transmettre l’immunité à ceux qui n’ont jamais contracté le virus.

Rien à voir avec les changements climatiques. Dans ce dernier cas, ce n’est surtout pas parce qu’on s’adapte qu’on est immunisés.

Une autre différence est importante. La COVID-19 affecte les humains, et peut-être quelques espèces animales, d’où la souche mutante qui nous a été transmise. Les changements climatiques affectent déjà les humains de diverses manières, quelquefois négatives, quelquefois positives, et il en va de même pour toutes les espèces vivantes. Les effets se manifestent dans la durée, sur des décennies, voire des siècles de façon insidieuse, avec quelques épisodes spectaculaires. Pire, l’inertie du système fait que même si on prend des mesures aujourd’hui, le dérèglement du climat, la fonte des glaciers et le réchauffement, l’acidification et la montée du niveau de la mer provoqueront des perturbations durables dans les conditions qui permettent à l’humanité de prospérer et à la biodiversité de maintenir les services écosystémiques. Il n’y a pas d’immunité pour cela.

Enfin, la pandémie a une cause identifiée et une source ponctuelle. Elle va finir par se régler d’elle-même jusqu’à la prochaine mutation. Cela durera au pire quelques années. Les gestes individuels permettent d’en retarder l’échéance en évitant que le coronavirus se transmette. Les causes des changements climatiques sont multiples. Les sources de gaz à effet de serre sont associées à notre consommation, à nos villes, à l’agriculture, à l’industrie, aux transports. Les actions individuelles permettent de régler le problème à la source en évitant les émissions.

Les analogies sont un puissant outil pédagogique, mais il importe de comparer des comparables. Toutefois, un fait demeure. Il faut dans les deux cas s’en remettre à la science pour comprendre le phénomène et poser des gestes individuels appropriés pour en éviter les conséquences indésirables.