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Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Les défis de la circularité

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CHRONIQUE / En écologie, le recyclage n’est pas un euphémisme. Depuis l’apparition de la vie, quelques météorites exceptés, ce sont les mêmes atomes qui circulent entre les différents compartiments de la planète. Les grands cycles biogéochimiques transportent le carbone, l’azote, l’oxygène, le soufre, le phosphore, l’eau et bien d’autres à travers les écosystèmes, à la faveur du flux d’énergie fournie par le rayonnement solaire. Pourquoi n’en va-t-il pas ainsi pour les éléments qui servent à la satisfaction des besoins humains ?

Pour assurer notre survie, notre santé et notre confort, il faut consommer. De l’énergie, de la nourriture, des ressources, de l’espace, des produits manufacturés, des services, de la culture... la liste est longue. L’économie mondiale est construite sur un modèle linéaire : extraction de ressources, transformation, consommation et disposition des déchets vers l’environnement tout au long de la chaîne et en fin de vie. Selon le Circularity Gap Report, l’humanité consomme 100 milliards de tonnes de ressources vierges chaque année et n’en recyclait en 2020 que 8,6 %, en baisse de 0,5 % depuis 2018. La mise en oeuvre d’une économie circulaire pourrait, selon ce rapport, réduire la pression des humains sur la planète. On y mentionne même qu’en doublant le taux de circularité d’ici 2030, on pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre pour s’aligner sur la trajectoire de l’Accord de Paris.

Selon la définition en vigueur au Québec, l’économie circulaire est « un système de production, d’échange et de consommation visant à optimiser l’utilisation des ressources à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou d’un service, dans une logique circulaire, tout en réduisant l’empreinte environnementale et en contribuant au bien-être des individus et des collectivités ». Fort bien, mais qu’est-ce que cela suppose ?

Dans un monde idéal, la circularité est d’abord locale. Par exemple, sur notre terrain, nous avons un potager, deux bacs à compost, des arbres et des poules. Les feuilles mortes servent de litière aux poules et d’agent structurant pour le compost qui sert ensuite à fertiliser le potager, nous mangeons les légumes et les oeufs, les poules mangent les restes de table. Même s’il faut quelques intrants provenant du monde extérieur, c’est un exemple de circularité.

Les choses se compliquent rapidement dans une économie mondialisée. En effet, il est rare que les déchets générés dans une étape du cycle de vie d’un produit trouvent un débouché pour être valorisés à l’endroit où on les fabrique. Il faut donc concevoir des écosystèmes industriels capables de traiter de manière circulaire les biens et services pour économiser les ressources. Mais cela exige de transporter les matériaux et les produits finis d’un pôle de transformation à un pôle de consommation, puis trier les déchets le mieux possible pour les réacheminer vers des lieux de recyclage où on doit s’assurer d’une masse critique et d’une qualité d’intrant suffisante pour fabriquer de nouveaux biens correspondant aux besoins des consommateurs. Ce n’est pas simple !

Un des moyens émergents pour favoriser l’économie circulaire est la traçabilité. La traçabilité permet de relier au producteur un bien ou une substance et d’en assurer le suivi tout au long de son cycle de vie. Idéalement, lorsqu’on connaît la composition d’un bien, il est plus facile d’en assurer le démantèlement et la réparation ou le recyclage, ce qui augmente son potentiel de circularité. On peut aussi cartographier la destination finale des biens manufacturés jusqu’en fin de vie et établir précisément leur empreinte environnementale. En l’absence de traçabilité, la tendance est d’aller vers le plus facile et de favoriser l’économie linéaire. Mais la circularité a des limites !

Comme bien des idées généreuses pour résoudre la crise écologique, l’économie circulaire se heurte à de nombreux obstacles et la circularité reste un idéal. Mais l’objectif modeste de doubler le taux de circularité dans une décennie reste modeste. Pourquoi ne pas s’y attaquer, chacun à sa mesure ?