Le nouveau plan d’affaires

CHRONIQUE / L’objectif de développement durable (ODD) 12 de l’agenda 2030 des Nations Unies porte sur la production et la consommation durables. Il comporte 11 cibles que les pays, villes, institutions et industries doivent viser pour un avenir viable.

Ce plan ambitieux permettrait un bouleversement de l’économie telle que nous la connaissons dans sa forme linéaire « extraction-fabrication-distribution-vente-utilisation-disposition » qu’on peut résumer sous l’expression « Achète pis jette ! ». Ce modèle linéaire, dans lequel personne n’est responsable des déchets générés, des impacts du cycle de vie des produits, de l’épuisement des ressources, de la pollution sous toutes ses formes, a fait son temps. Pourtant, quand un entrepreneur présente son plan d’affaires à ses investisseurs, ces questions sont bien peu importantes au regard du profit anticipé.

Caricaturons : si vous êtes capable de produire 28 milliards de canards de plastique par année, on ne vous financera que si vous pouvez les vendre, même si ça ne sert à rien. Il faudrait que chaque humain sur la planète utilise quatre canards par année pour que cela fonctionne. Il suffit de créer une mode et de persuader à grands coups de publicité qu’il faut une couleur différente de canard pour chaque saison. Pour le reste, quelques tables rondes à la télé, une chanteuse vedette qui se demande comment elle a pu vivre auparavant sans ses canards de saison et des photos virales de chatons avec les canards sur les réseaux sociaux feront l’affaire. Le « dragon » répondra : « J’achète ! », même si tous ces canards inutiles finiront à la poubelle.

La production mondiale des plastiques à usage unique est passée de 15 millions de tonnes dans les années 1960 à 311 millions de tonnes en 2014. C’est cent fois plus qu’il n’en faut pour produire 28 milliards de canards. Tout ce matériel se retrouve dans le flux des matières résiduelles, et huit millions de tonnes aboutissent dans les océans chaque année. La situation ne peut plus durer. Selon la Fondation Ellen MacArthur, les coûts sociaux et de compensation des gaz à effet de serre de la production de plastique à usage unique s’élèvent à 40 milliards $ par année. Cela représente plus que les profits de ce secteur de l’industrie. Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Si on applique les principes de l’économie circulaire à l’industrie du plastique, une révolution est possible. Si on combine des réglementations plus sévères, des initiatives citoyennes et des innovations technologiques, le problème pourrait trouver rapidement une solution. En octobre 2018, la Fondation Ellen MacArthur et le Programme des Nations Unies pour l’environnement ont lancé une initiative globale pour résoudre à la source le problème du plastique. L’engagement compte 290 signataires, de grands joueurs des secteurs public et privé qui s’engagent à collaborer pour « boucler la boucle » et remettre le plastique usagé dans la chaîne de production. Comment ?

L’innovation technologique est déterminante. En Inde, Banyan Nation a remporté le prix de l’économie circulaire en développant une technologie qui permet de transformer le plastique post-consommation en granules de haute qualité qui peuvent retourner dans la boucle de production. Pour sa part, PerPETual arrive à récupérer les bouteilles à usage unique pour en faire des fils qu’on peut réintégrer dans le textile ou dans la fabrication de nouvelles bouteilles. De grands joueurs, comme Évian et Adidas, ont annoncé leur intention de n’utiliser que des plastiques recyclés d’ici 2025. Mais il faut plus. La réduction à la source, la standardisation des contenants, le tri et les filières de récupération font partie de l’équation.

L’économie circulaire peut ouvrir des perspectives d’affaires intéressantes, tout en contribuant à atténuer les problèmes d’environnement. Pensez-y pour votre prochain plan d’affaires !