Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve
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Le défi de Microsoft

CHRONIQUE / La semaine dernière, le géant de l’informatique Microsoft a causé une commotion en annonçant que l’entreprise allait devenir carbonégative en 2030 et effacer toutes ses émissions de gaz à effet de serre historiques en 2050. On imagine Bill Gates disant à Jeff Besos « La mienne est plus petite que la tienne ! », parlant bien sûr de son empreinte carbone. Est-ce sérieux ?

Attention aux détails. S’il est possible de rendre carboneutre une entreprise, aussi grosse fût-elle, il faut considérer plusieurs conditions pour que cette affirmation soit crédible. La carboneutralité est une mesure volontaire, basée sur une approche comptable normalisée. Il faut donc des règles du jeu claires, un périmètre opérationnel défini, des inventaires complets et transparents, des projets de compensation de qualité et, bien sûr, une vérification diligente faite régulièrement par des gens compétents. Pour être crédible, une affirmation de carboneutralité doit se faire avec transparence. Naturellement, il y a des enjeux différents si on veut rendre carboneutre un événement, un voyage, un équipement, une ville, un pays ou une transnationale de l’envergure de Microsoft. Ici, pas question de se contenter de compenser en ligne !

Voyons ce que propose la compagnie pour soutenir son affirmation. Première bonne nouvelle, l’entreprise considère ses émissions directes et celles occasionnées par les processus en amont et en aval de ses produits, jusqu’à la vente. Il pourra donc vendre des appareils et des services carboneutres. Deuxième bonne nouvelle, on va réduire les émissions avant de les compenser. Ainsi, l’entreprise s’est dotée d’un plan qu’elle dit ambitieux pour réduire ses émissions de moitié d’ici 2030. La compagnie, à défaut d’être contrainte à payer un prix sur ses émissions dans toutes les juridictions où elle produit, s’est imposée elle-même une tarification du carbone depuis 2012. Elle compte en augmenter le prix pour déposer les sommes recueillies dans un fonds dédié. Cet argent servira à investir dans des activités permettant de retirer du CO2 de l’atmosphère, plantations d’arbres ou technologies de captage et stockage de carbone. Elle y consacrera un milliard de dollars dès l’an prochain. Pas mal. Après 2030, la compagnie poursuivra ses efforts pour effacer ses émissions historiques depuis 1975. En plus, on parle d’efforts comme des critères de faibles émissions dans les appels d’offres pour inciter les fournisseurs et les consommateurs – probablement des conseils – pour réduire leur empreinte carbone. Bref, on a les moyens et on les prend.

On pourrait même dire que cette démarche pourrait avantageusement être imitée par d’autres grandes corporations et pays. Mais où est le bogue ?

En apparence, la compagnie joue juste, mais jusqu’à quel point ouvrira-t-elle ses livres pour la reddition de comptes ? Cela reste à voir, mais n’oublions pas que la mesure est volontaire. Devant l’inaction des gouvernements, le monde corporatif peut faire une différence dans la lutte aux changements climatiques. Mais si on continue à toujours générer une plus grande quantité de produits et de services qui demandent de l’énergie, ce sont les utilisateurs qui vont solliciter toujours plus de consommation. La fourniture d’énergie primaire ne sera pas carboneutre en 2050 partout dans le monde, tant s’en faut au rythme actuel. Plus encore, si la durée de vie des appareils n’est pas maximisée pour en éviter l’obsolescence, si l’entreprise ne reprend pas ses appareils en fin de vie pour les remettre en état ou les recycler dans une économie circulaire, on reste dans le même modèle mortifère qui produit toujours plus de déchets.

L’objectif de carboneutralité est noble et nécessaire, mais il n’est pas une panacée. Il faut repenser le modèle de production et de consommation, sans quoi on ne fait que déplacer les problèmes.

Pour lire l'article en question, publié sur le blogue officiel de Microsoft, cliquez ici.