Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve
En 2017-18, l’UQAC a fait la démarche de l’inventaire des émissions de GES de ses bâtiments du campus de Saguenay. Aux dires même de l’administration, on a beaucoup appris. L’opération est répétée chaque année depuis et l’Université compense annuellement ses émissions résiduelles avec une quantité équivalente de CO2 absorbée par les arbres des plantations de Carbone boréal.
En 2017-18, l’UQAC a fait la démarche de l’inventaire des émissions de GES de ses bâtiments du campus de Saguenay. Aux dires même de l’administration, on a beaucoup appris. L’opération est répétée chaque année depuis et l’Université compense annuellement ses émissions résiduelles avec une quantité équivalente de CO2 absorbée par les arbres des plantations de Carbone boréal.

Des campus carboneutres?

CHRONIQUE / Mercredi dernier, je participais à un panel sur la carboneutralité des campus dans le cadre de l’université d’automne de l’Institut EDS de l’Université Laval. Devant l’urgence climatique et l’écoanxiété qui menacent, les étudiants de tous les niveaux demandent des actions concrètes et appellent à ce que tout le monde fasse sa part pour éviter la crise. Alors, pourquoi ne pas rendre les écoles, les polyvalentes, les cégeps et les universités carboneutres ? Depuis septembre 2019 et la grande mobilisation pour le climat menée par Greta Thunberg, on m’a beaucoup interpellé sur ce sujet.

Rappelons d’abord ce qu’est la carboneutralité. Il s’agit d’une approche comptable qui comporte trois étapes. Il faut d’abord faire l’inventaire, dans un périmètre déterminé, des sources d’émissions de gaz à effet de serre (GES) et des puits de carbone, ce qui donne l’empreinte carbone nette. Par la suite, il faut appliquer des mesures pour réduire les émissions de GES et augmenter les puits de carbone. Enfin, si le bilan est toujours positif, il faut compenser, en achetant à l’extérieur du périmètre des unités de réduction certifiées équivalant au moins à l’empreinte carbone résiduelle pour arriver à un résultat net égal à zéro. On peut alors parler d’un bâtiment, d’une usine ou même d’une ville ou d’un pays carboneutre. Pour limiter l’augmentation de la température sous le seuil de deux degrés à la fin du siècle, l’ensemble des activités humaines devra être carboneutre en 2050 et carbonégatif par la suite. C’est là que la carboneutralité des campus devient une piste intéressante.

En 2017-18, l’UQAC a fait la démarche de l’inventaire des émissions de GES de ses bâtiments du campus de Saguenay. Aux dires même de l’administration, on a beaucoup appris. L’opération est répétée chaque année depuis et l’université compense annuellement ses émissions résiduelles avec une quantité équivalente de CO2 absorbée par les arbres des plantations de Carbone boréal. Le bilan de l’institution est donc de zéro émission nette pour ses bâtiments. Donc pour ce périmètre, l’UQAC peut s’affirmer carboneutre.

Mais dans une institution d’enseignement, le périmètre ne se limite pas aux factures d’énergie. Deux autres éléments sont d’importantes sources d’émissions de GES : les voyages des cadres et des professionnels, tout comme ceux des professeurs et des étudiants dans le contexte institutionnel peuvent aussi être comptabilisés. Enfin, les évènements ponctuels (réunions, congrès, colloques) peuvent constituer une portion non négligeable du bilan. D’ailleurs, des institutions comme le Cégep de Limoilou compensent systématiquement avec Carbone boréal les voyages internationaux de leur personnel. Au total, des écoles, des cégeps et des universités ont compensé plus de 1000 tonnes de CO2 pour des voyages et évènements au registre de Carbone boréal. En période de pandémie, bien sûr, ces sources d’émissions sont grandement réduites.

Quel est l’avantage pour un campus de viser la carboneutralité ? On peut en identifier plusieurs. D’abord, en faisant l’inventaire annuel des émissions, on peut détecter les pertes d’énergie ou circonscrire des problèmes à corriger dans une approche d’amélioration continue. C’est un outil de gestion. La quantification des émissions pour lutter contre les changements climatiques peut aussi faire partie du curriculum scolaire dans diverses matières comme la biologie, la chimie, la physique et même l’économie. Mais la carboneutralité est aussi un indicateur de performance et un élément de fierté pour la communauté. Cela peut aussi faire l’objet de communications à l’interne et à l’externe.

Dans les faits, il s’agit d’un projet collectif auquel chacun peut contribuer, à commencer par l’institution. Et si l’école fait sa part, pourquoi ne pas inviter les employés et les parents à faire de même ? C’est par l’émulation qu’on pourra trouver la masse critique d’individus pour infléchir la courbe. Mieux encore, s’engager résolument dans l’action est le meilleur remède contre l’écoanxiété!