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Chroniques

Pour une conservation adaptative

CHRONIQUE / Historiquement, la création des parcs nationaux de conservation a été motivée par la volonté de préserver des paysages exceptionnels ou des espèces rares qui occupaient un territoire donné. Le modèle classique de prise de décision relevait d’études scientifiques qui motivaient la valeur exceptionnelle du lieu à conserver. Ensuite, les gouvernements identifient des projets d’aires protégées, lesquels doivent passer à travers un mécanisme complexe, qui dure souvent des décennies, pour les soustraire par la loi à tout autre usage que la conservation, la recherche et l’éducation. Bref, établir une aire de conservation demande beaucoup d’efforts et fige la destinée d’un territoire et de ses ressources pour longtemps. Mais quelle est l’efficacité de figer dans l’espace une aire de conservation dans un contexte de changements climatiques ?

Les animaux et les plantes sont soumis aux conditions du climat. Ils doivent s’y adapter tout au long de leur vie et dans la mesure de leur capacité à migrer, ils ne vont pas rester dans un endroit où les conditions ne leur conviennent plus. Même si la loi définit les frontières géographiques d’une aire protégée, il est de notoriété publique que les organismes vivants ne se soumettent pas à la loi des hommes ! En plus, les législateurs n’ont jamais, jusqu’à maintenant, considéré les effets des changements climatiques dans la définition des territoires de conservation. On a créé des parcs de conservation en milieu terrestre depuis le 19e siècle et leurs limites ont rarement été changées, même si le climat local a augmenté de plus d’un degré Celsius depuis.

Environnement

Les limites de l’analogie

CHRONIQUE / Dans un article publié le 13 mars dans Le Droit, Patrick Duquette faisait un parallèle entre la pandémie de la COVID-19 et les changements climatiques. J’ai trouvé cela très intéressant et pertinent. Toutefois, l’analogie présente des limites que j’aimerais partager avec vous.

Le parallèle réside dans la notion de menace planétaire dans laquelle l’action individuelle joue un grand rôle pour gérer le problème. M. Duquette constate que la différence dans la vitesse de réaction des gouvernements vient du fait que la COVID-19 est perçue comme une menace immédiate alors que les changements climatiques sont perçus comme une menace lointaine. C’est un très bon point. J’ai aussi bien aimé le parallèle entre les climatosceptiques et les anti-vaccins. Il y a, en effet, dans les deux cas, un refus de reconnaître l’évidence scientifique et de se conforter en citant des études bidon. Mais là s’arrête l’analogie.

Environnement

Le fossé continue de s’agrandir

CHRONIQUE / En 2010, au lendemain de la conférence de Copenhague, on évaluait que l’humanité avait trente années pour mettre en oeuvre des moyens pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre de manière à stabiliser le climat planétaire à la fin du siècle sans dépasser la cible de 2 degrés Celsius. Les pays s’étaient engagés à déposer à la conférence de Cancún des plans concrets pour y arriver. Mauvaise nouvelle : les émissions ont continué d’augmenter (+14 %) et il ne reste plus aujourd’hui que 10 ans avant que la cible ne soit plus à notre portée.

La semaine dernière, la revue Nature publiait une synthèse résumant les enjeux soulevés par le rapport Emission Gap publié depuis 2010 par le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Cette publication annuelle mesure le fossé entre les engagements des États et ce qu’il faudrait faire pour atteindre cet objectif à l’aune des émissions mesurées. C’est consternant. En dix années de discussions et de promesses, nous avons gaspillé les deux tiers de la marge de manoeuvre qui nous restait. Pire encore, les engagements pris par les pays, loin de réduire les émissions à l’horizon 2030, s’ils sont réalisés – et ce n’est pas gagné –, se traduiront par une légère augmentation des émissions de GES annuelles. Bref, la gouvernance climatique au niveau politique ne semble pas donner de résultats. Le fossé entre les promesses et les résultats s’est multiplié par quatre en une décennie. Bravo ! Pour atteindre la cible de 2 °C, il faudrait que les émissions globales baissent de 3 % par an dès 2020 jusqu’en 2030 et continuent de le faire par la suite. Pour atteindre le 1,5 °C, il faudrait une baisse de 7 % par année… Ça va prendre plus qu’un coronavirus !

Environnement

Changer la perspective ?

CHRONIQUE / Lorsqu’une situation paraît sans issue, il s’agit parfois de changer de perspective pour trouver des solutions innovantes. Cela peut se faire en élargissant le champ des possibles, par exemple en adoptant une vision plus globale du problème, ou en demandant à des acteurs externes de participer à la discussion. Les anglophones disent: « Think outside the box. » Dans d’autres cas, il faut provoquer un renversement radical de perspective. Si, par exemple, on considérait le CO2, principal gaz à effet de serre affectant le climat planétaire, comme une ressource au lieu de le considérer comme un déchet ?

J’ai participé la semaine dernière à un colloque sur le thème de la valorisation du CO2. C’était fort intéressant. Si le CO2 devenait un intrant industriel plutôt qu’un polluant atmosphérique, quelqu’un paierait pour s’en approvisionner plutôt que pour s’en débarrasser. Le banquier salive ! Mais que peut-on faire avec du CO2 ?

Environnement

Faut-il boycotter les avions?

CHRONIQUE / On entend beaucoup parler de la nouvelle tendance : boycotter les vols aériens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui causent le réchauffement du climat planétaire. Au-delà du symbole, on peut se poser la question de l’efficacité d’une telle mesure. L’aviation représente actuellement 2,5 % des émissions mondiales de GES, ce qui est quand même plus de deux fois les émissions canadiennes.

Depuis les années 1970, le nombre de passagers transportés double tous les 15 ans et a atteint 4,3 milliards en 2018. Heureusement, les avions d’aujourd’hui sont pas mal moins gourmands que les vieux DC 9, mais cette tendance est effectivement très inquiétante, car la croissance de la demande ne semble pas vouloir ralentir. Alors, faut-il voyager autrement ? Quelles sont les alternatives ? L’avion est-il plus polluant que les autres moyens de transport ?

Environnement

Enfin une réforme de la GMR

CHRONIQUE / La gestion des matières résiduelles (GMR) est un sujet dont la majorité des gens préfèrent ne pas entendre parler. Dans notre société de consommation, où l’on achète toujours plus de choses produites en masse, la multiplication des déchets a peu de place dans la presse... sauf lorsqu’il y a crise.

C’est bien normal, me direz-vous ? On achète le yogourt, pas le pot ! On achète l’ivresse, pas le flacon, pour paraphraser le proverbe. Justement. S’il faut des emballages pour protéger les produits qu’on consomme, il y a quelqu’un qui doit les payer. Le producteur refile le prix de l’emballage dans la facture du consommateur. C’est normal. À qui d’autre devrait-il aller ? En revanche, une fois que cet emballage a fini son utilité, il devient une matière résiduelle. Une fois qu’il est souillé et mélangé à d’autres sous-produits de la consommation, qui paie pour la suite de son cycle de vie ?

Environnement

La menace silencieuse

CHRONIQUE / Le climat planétaire se réchauffe. Depuis plus de 30 ans, les preuves s’accumulent à mesure qu’on investit des efforts de mesure dans tous les pays. L’agence américaine qui s’occupe de l’atmosphère et des océans, la NOAA, publie en continu des données et analyses qui nous permettent de mieux comprendre le phénomène. Mais si la température moyenne de l’atmosphère est un indicateur du réchauffement du climat, il en est un autre, moins spectaculaire, mais encore plus significatif qui ne fait pas souvent la manchette. L’augmentation de la chaleur accumulée dans les océans est une menace silencieuse qui va déterminer le climat dans les prochaines décennies.

Dans son rapport annuel sur le climat planétaire, la NOAA présente plusieurs informations importantes. On y apprend que 2019 a été en moyenne la deuxième année la plus chaude enregistrée depuis 1880, tout juste derrière 2016, mais aussi que les cinq dernières années occupent les cinq premiers rangs du palmarès. Les mois de juin et de juillet 2019 détiennent le record de chaleur mensuel historique. 

L’année dernière détient aussi le record de chaleur sur les océans dans l’hémisphère nord et sur les continents dans l’hémisphère sud. On y apprend plusieurs informations intéressantes sur les conditions de température et de précipitations locales. Preuve que le réchauffement global ne se matérialise pas également partout, janvier 2019 a connu un record de froid au Canada. 

Mais tout cela est bien évidemment lié à la nature de l’atmosphère. Composé de gaz, l’air se réchauffe ou se refroidit rapidement, il voyage sur de grandes distances, à la faveur des vents, et transporte somme toute relativement peu d’énergie par kilomètre cube de volume.

Environnement

Laissez parler la nature!

CHRONIQUE / J’ai beaucoup de problèmes à écouter des documentaires animaliers. Pour cause ! Si les cinéastes font un travail exceptionnel pour capter les images spectaculaires qui nous émerveillent, les bandes sonores heurtent trop souvent ma rigueur scientifique. Bien sûr, on veut vulgariser. Mais il ne faut pas, sous prétexte de dramatiser les choses, introduire des faussetés, même si elles semblent des explications naturelles. Il m’arrive quelquefois de souhaiter voir le film en supprimant le son tellement c’est grossier et exagéré.

Par exemple, lorsqu’on nous affirme que « l’animal a évolué pour une raison X ». Rien n’est plus faux ! L’évolution est un processus qui n’a pas d’objectif. La nature n’a pas de projet ! Ceux qui survivent donnent naissance à la prochaine génération s’ils ont été mieux en mesure de faire face aux difficultés de leur environnement. Si l’orignal mâle a un gros panache, c’est simplement parce qu’il y a un avantage sélectif, donc un meilleur succès reproductif. Cet avantage n’est pas destiné à combattre, mais bien à éviter le combat. Surpris ? Le bilan des avantages et des inconvénients joue en faveur de celui qui a les bois les plus imposants. Point.

Environnement

Le défi de Microsoft

CHRONIQUE / La semaine dernière, le géant de l’informatique Microsoft a causé une commotion en annonçant que l’entreprise allait devenir carbonégative en 2030 et effacer toutes ses émissions de gaz à effet de serre historiques en 2050. On imagine Bill Gates disant à Jeff Besos « La mienne est plus petite que la tienne ! », parlant bien sûr de son empreinte carbone. Est-ce sérieux ?

Attention aux détails. S’il est possible de rendre carboneutre une entreprise, aussi grosse fût-elle, il faut considérer plusieurs conditions pour que cette affirmation soit crédible. La carboneutralité est une mesure volontaire, basée sur une approche comptable normalisée. Il faut donc des règles du jeu claires, un périmètre opérationnel défini, des inventaires complets et transparents, des projets de compensation de qualité et, bien sûr, une vérification diligente faite régulièrement par des gens compétents. Pour être crédible, une affirmation de carboneutralité doit se faire avec transparence. Naturellement, il y a des enjeux différents si on veut rendre carboneutre un événement, un voyage, un équipement, une ville, un pays ou une transnationale de l’envergure de Microsoft. Ici, pas question de se contenter de compenser en ligne !

Environnement

25 ans, minimum !

CHRONIQUE / La semaine dernière, à l’occasion d’un court séjour à Montréal, deux rencontres m’ont inspiré ce titre, paraphrasant l’humoriste Michel Barrette dans son personnage de Roland Hi Ha Tremblay . Le recul du temps permet de comprendre l’évolution d’une société. Ce n’est pas toujours drôle de vieillir, mais c’est clairement mieux que l’alternative.

Il y a trente ans cette année que j’ai publié mon premier livre sur les changements climatiques, Vers un réchauffement global ?, écrit avec mon collègue Léon Rodier, professeur de chimie au Cégep de Saint-Félicien, et préfacé par Pierre Dansereau, le père de l’écologie au Québec. D’où nous était venue l’idée de publier ce livre à une époque où bien peu de monde se préoccupait du climat planétaire ? La création du GIEC en 1988 avait piqué notre curiosité.

Environnement

La question qui tue

CHRONIQUE / On a beaucoup parlé cette semaine des impacts des feux en Australie sur les animaux. Ceux qui peuplaient les massifs forestiers et les broussailles ravagés par les incendies sont morts par centaines de millions. Il faut dire que les superficies affectées sont immenses et interconnectées. Cela limite la possibilité pour les survivants de se relocaliser et de trouver ailleurs de la nourriture.

Les incendies sont des événements naturels qui se produisent périodiquement dans les écosystèmes terrestres. Selon leur intensité et leur fréquence, ils modèlent le paysage végétal. Comme ce phénomène existe depuis des millions d’années, la plupart des végétaux sont adaptés à ces perturbations et présentent des stratégies pour recoloniser le territoire après les conflagrations. Chez nous, par exemple, les épinettes noires et les pins gris ont des cônes qui résistent à la chaleur de l’incendie. Dans les trois années suivant le feu, les cônes s’ouvrent pour laisser tomber une pluie de graines qui vont germer pour recoloniser le territoire. Les bleuets ont des rhizomes enfouis dans le sol qui redonneront du feuillage dès la saison suivante. D’autres plantes ont des graines qui peuvent survivre jusqu’à un siècle et germer après l’incendie. Dans les prairies naturelles, où les feux sont communs, les herbacées ont des stratégies comparables.

Environnement

La mode et la durabilité

CHRONIQUE / Se vêtir fait partie des besoins humains fondamentaux. Bien paraître, attirer les regards, s’afficher comme membre d’un groupe, d’une classe d’âge ou encore se distinguer de la masse réfèrent quant à eux au besoin d’estime de soi. Ce sont des besoins qui peuvent être rationalisés. Mais la petite dose de sérotonine qui accompagne l’acte de consommer satisfait un besoin qui relève du cerveau reptilien et cela est beaucoup plus dur à contrôler.

Avec ces trois niveaux de satisfaction, il n’est pas étonnant que l’industrie mondiale de la mode soit l’une des activités économiques les plus importantes et qu’elle ait un avenir prospère à mesure que les effectifs humains s’accroissent et s’enrichissent. Mais la mode a aussi son revers. On calcule que cette industrie est responsable de 20 % des eaux usées et de 10 % des émissions de gaz à effet de serre de l’humanité. En effet, pour produire des vêtements, il faut des cultures très exigeantes comme le coton, des colorants, souvent toxiques, une masse de plastiques issus du pétrole et bien sûr de l’électricité, de la chaleur et du transport qui consomment des carburants fossiles. Mais surtout, par essence, la mode est éphémère. Avez-vous fait l’inventaire de vos penderies récemment ? La mode produit d’énormes quantités de déchets, surtout lorsque les vêtements sont de mauvaise qualité et cela ne fait qu’empirer avec le commerce en ligne. Gaz à effet de serre, plastiques, colorants toxiques, engrais chimiques, déchets… n’en jetez plus, la cour est pleine !

Environnement

Savoir s’inspirer des meilleurs

CHRONIQUE / Cette année, tant le gouvernement du Québec que celui du Canada doivent adopter un nouveau plan de lutte aux changements climatiques pour atteindre leurs cibles de réduction des gaz à effet de serre. Ces cibles volontaires, souscrites envers la communauté internationale dans le cadre de l’accord de Paris, ne sont pas contraignantes. D’une certaine façon, c’est une question d’honneur national, mais c’est aussi un puissant moyen pour stimuler l’innovation dans l’économie, comme l’ont compris les pays scandinaves.

L’ancien Commissaire au développement durable (CDD) du Québec, Jean Cinq-Mars, dans son rapport de 2016, incitait le gouvernement du Québec à s’inspirer de la Suède. La recommandation est demeurée sans effet et les résultats que déplorait le CDD sont encore plus mauvais cinq ans plus tard. Mais qu’a de particulier le modèle suédois ?

Claude Villeneuve

Cinq résolutions pour 2020

CHRONIQUE / On a tourné encore une page du calendrier. L’entrée dans un nouveau cycle astronomique est un moment favorable pour se projeter dans un avenir proche. Nos ancêtres en profitaient traditionnellement pour prendre les célèbres résolutions du jour de l’An. Pourquoi ne pas regarder ce qu’on pourrait faire différemment en 2020 ? On n’en aura pas trop de 366 jours pour tout réaliser !

Première résolution ? Élargir ses horizons. C’est la mère de tous les changements. Nul besoin de faire un pèlerinage à Katmandou ! Lire un livre par mois sur un sujet, un pays, une période historique ou une culture différente de la sienne peut très bien faire l’affaire. La bibliothèque municipale et le libraire vous attendent ! Mais cela peut aussi se réaliser en s’informant à de nouvelles sources, plutôt que de se confiner dans le même cercle d’influence, lequel ne fait qu’enraciner ses préjugés. S’ouvrir l’esprit à des façons différentes de concevoir le monde peut nous aider à mieux mettre en perspective les « évidences » qui nous sont imposées par le conformisme. La liberté n’est certes pas limitée à « faire comme tout le monde » parce que tout le monde le fait. Vous êtes écologiste ? Allez lire ce qu’on discute au Forum économique de Davos… Vous verrez peut-être la décroissance et la mondialisation d’un œil nouveau. Et vice versa.

Environnement

Il n’y en aura pas de facile!

CHRONIQUE / L’année 2019 a été une année difficile pour la transition vers une société sobre en carbone. D’immenses feux de forêt en Alaska, en Californie, dans l’Ouest canadien, en Sibérie, en Amazonie et maintenant en Australie viennent de remettre en circulation des centaines de millions de tonnes de carbone qui était stocké dans la biomasse. Il faudra des décennies pour que ce carbone soit récupéré par la régénération des forêts, si c’est possible. Cette multiplication des grandes conflagrations fait partie des conséquences prévisibles d’un climat planétaire qui se réchauffe. Les températures extrêmes observées en Arctique l’été dernier et en Australie cet hiver vont aussi dans le même sens.

Comme si on avait besoin de cela, le rapport annuel du budget carbone a encore montré une augmentation des émissions provenant des carburants fossiles et du ciment. La quantité de CO2 qui reste dans notre budget avant d’avoir dépassé la possibilité de stabiliser le climat à moins de deux degrés s’amenuise de plus en plus vite. À ce rythme, on va vers le scénario du pire. Malgré ces évidences, la Conférence de Madrid n’a pas réussi à conclure d’entente sur les moyens de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Pendant ce temps, le président Trump poursuit en justice la Californie pour ses efforts de réduction des émissions et sape systématiquement les modestes réglementations environnementales mises en place par son prédécesseur. Le nouveau gouvernement du Canada affirme sans honte que le pétrole des sables bitumineux est une « énergie pour la transition ». Annus horribilis !

Environnement

Réussir les transitions

CHRONIQUE / Les trois dernières décennies ont été déterminantes pour l’avenir de l’humanité. Le monde a changé profondément en termes de rééquilibrage des pouvoirs politiques et économiques. Cela a provoqué une amplification sans précédent de l’impact de l’humanité sur le climat. Au lieu de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990, comme le souhaitaient en 1992 les signataires de la Convention-cadre sur les changements climatiques, ces émissions ont augmenté de plus de 60 %. L’échec de la 25e Conférence des parties à Madrid ne laisse rien présager de bon pour la nécessaire transition écologique vers une société sobre en carbone. De nouveaux problèmes, comme la multiplication des déchets de plastique dans les océans, sont aussi préoccupants.

Pendant la même période, les technologies de l’information et de la communication, la délocalisation et la robotisation accélérées de la production industrielle ont permis de fournir aux consommateurs, partout dans le monde, des biens manufacturés peu coûteux. Avec l’intelligence artificielle, le monde industriel s’engage dans l’ère 4.0, ce qui devrait avoir comme conséquence la transition numérique vers une économie encore plus effrénée et dématérialisée. Peut-on réussir à la fois la transition numérique et la transition écologique ? Ou, au contraire, la première ne fera-t-elle qu’amplifier la crise climatique ? Le développement durable peut nous donner des pistes.

Chroniques

Éloge des arbres

CHRONIQUE / Peut-être avez-vous un arbre de Noël dans la maison. C’est chose commune chez nous en cette période de l’année. Mais au-delà de son rôle symbolique et de sa propension à accumuler les paquets bien emballés jusqu’à l’heure du dépouillement, avez-vous pensé à célébrer cet invité avec tout le respect qu’il mérite ?

Peut-être avez-vous un arbre de Noël dans la maison. C’est chose commune chez nous en cette période de l’année. Mais au-delà de son rôle symbolique et de sa propension à accumuler les paquets bien emballés jusqu’à l’heure du dépouillement, avez-vous pensé à célébrer cet invité avec tout le respect qu’il mérite ?

Environnement

Mesurer le progrès

CHRONIQUE / Le développement durable s’intéresse au mieux-être des humains, à la justice, à la paix, à la culture et aux équilibres planétaires qui permettent que nous puissions jouir d’une génération à l’autre des services écologiques de la nature. C’est à la fois une hypothèse, c’est-à-dire une affirmation qui reste à démontrer et un défi auquel nous sommes tous conviés. Fort bien, mais comment mesurer le progrès de l’humanité vers cette noble quête ?

À l’échelle mondiale comme à celle des pays et des collectivités, de nombreux indicateurs ont été développés et les données qui permettent de documenter le progrès sont colligées pour répondre à ces questions. En effet, la chose est complexe, elle demande une grande rigueur, des séries temporelles suffisamment longues pour voir des tendances et les interpréter correctement. C’est un enjeu auquel s’attaquent plusieurs organisations internationales. 

La semaine dernière, la Banque mondiale publiait un graphique qui montre que dans les vingt dernières années, les pays dont le PIB est le plus faible avaient fait des progrès significatifs sur plusieurs indicateurs. Par exemple, le taux de pauvreté extrême avait baissé de 50 % en 1998 à 30 % en 2018. Parallèlement, la mortalité infantile a été réduite de moitié, passant de 14 % à 7 %. L’accès à des commodités de base comme l’accès à l’électricité (+57 %), l’eau potable (+22 %) et l’assainissement des eaux (+41 %) laisse croire que le développement durable progresse pour plusieurs cibles de l’Agenda 2030.

Au même moment, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a publié son rapport 2019 sur le développement humain. Intitulé Au-delà des revenus, des moyennes et du temps présent, les inégalités du développement humain au XXIe siècle, ce rapport va plus loin à travers un indicateur plus complexe appelé l’inégalité de capabilités. 

Les capabilités sont des libertés de choix, d’être et de faire ce qu’on souhaite. Il y a des capabilités de base, comme aller à l’école, obtenir un emploi ou avoir suffisamment à manger, qui deviennent plus accessibles avec l’amélioration des revenus, comme en sont témoins les indicateurs de la Banque mondiale. On peut s’en réjouir, mais, au 21e siècle, de toutes nouvelles inégalités se révèlent sous l’effet de la crise du climat et des bouleversements technologiques. Les inégalités de capabilités plus avancées, celles qui favorisent l’autonomie, par exemple l’accès à des connexions Internet à haute vitesse, se creusent.

Le rapport constate aussi que les inégalités de développement humain peuvent s’accumuler tout au long de la vie. On peut l’observer ici même avec les communautés autochtones. Ces inégalités ne sont pas autant une cause qu’une conséquence des injustices profondément ancrées dans nos sociétés et nos économies. Le profond racisme de la Loi sur les Indiens au Canada en est le meilleur exemple. Il faudra attendre longtemps pour réparer ces inégalités qui s’accumulent depuis le 19e siècle. Mais c’est possible, dit le rapport. Il faut d’abord une révolution dans la façon de mesurer les inégalités avec une toute nouvelle génération d’indicateurs, d’où son titre.

Il est encore possible de réduire les inégalités du développement humain à condition d’agir tout de suite avant que la dominance politique ne prenne racine. J’ai été témoin dans ma vie de progrès réels, mais encore perfectibles, de la réduction des inégalités de développement entre les hommes et les femmes au Québec. 

Cela a pris quatre générations, mais on peut espérer que mes petites-filles ne connaîtront pas d’obstacles pour réaliser leur plein potentiel dans une société plus égalitaire et durable que celle qui a vu naître leurs arrière-grands-mères. C’est la chance que je souhaite à tous les humains en ce beau solstice d’hiver.

Environnement

Des limites à ne pas franchir

CHRONIQUE / Depuis une vingtaine d’années, la notion de points de bascule ou de seuils de non-retour titille la communauté des scientifiques qui s’intéressent aux changements climatiques. Par analogie, j’avais comparé cette question avec celle d’un fumeur qui demande à son médecin « combien de cigarettes est-ce que j’ai encore le droit de fumer avant d’avoir le cancer ». Bien malin le docteur qui peut répondre à une telle question. Il y a des seuils difficiles à déterminer, à plus forte raison lorsqu’on parle des mécanismes qui régulent le climat planétaire. On est donc confrontés à des dilemmes insolubles. Nous ne saurons que nous avons franchi l’un de ces points de bascule que lorsqu’il sera effectivement franchi et que le système se mettra à évoluer de façon erratique.

Dans un article publié dans la revue Nature le 28 novembre 2019, une équipe internationale de scientifiques qui travaille sur les frontières du système planétaire mettait en garde les gouvernements du monde à l’aube de la 25e conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques : « Les conséquences de franchir un point de bascule climatique pourraient être si catastrophiques pour l’avenir de l’humanité qu’il faut éviter à tout prix de s’en approcher davantage. »

Environnement

Peut-on sauver les coraux?

CHRONIQUE / L’évolution nous apprend que dans une grande population d’individus qui peuvent se reproduire librement, la proportion des allèles (formes de gènes différents) tend à demeurer constante d’une génération à l’autre si ces allèles ne présentent pas une valeur sélective. Cela s’explique par le hasard des combinaisons entre les gamètes. La valeur sélective est un avantage adaptatif qui permet à certains individus de survivre à des conditions hostiles du milieu mieux que les autres. Assez de théorie, voyons un exemple.

Les coraux sont des animaux invertébrés qui comptent environ 800 espèces. Ils ont deux stades vitaux. La phase juvénile (planula) est mobile dans le zooplancton. Ils dérivent alors dans la couche supérieure de l’océan où ils se nourrissent de microorganismes. La phase adulte (polype) est fixe. Certains peuvent aussi se multiplier de façon asexuée. Les polypes se fixent à une surface accueillante (souvent un récif corallien préexistant ou sur un fond rocheux propice). Là, l’animal se protège des prédateurs en secrétant une coquille de calcaire qui va s’élaborer tout au long de sa vie. Il se nourrit grâce à des algues symbiotiques comme les zooxanthelles ou en filtrant les particules qui passent à sa portée. Lorsque les polypes meurent, leurs squelettes restent en place et forment des récifs comme ceux qui composent la grande barrière australienne ou les atolls polynésiens. Les coraux se reproduisent en rejetant leurs gamètes mâles et femelles qui remontent à la surface où ils ont quelques heures pour se rencontrer.

Environnement

Carboneutre ou zéro-émissions?

CHRONIQUE / Une journaliste m’a demandé la semaine dernière de lui expliquer la différence entre les termes carboneutre et zéro-émissions qui sont utilisés de plus en plus couramment pour qualifier des produits, des services ou même des pays. Dans la perspective où les négociations sur le climat se tiendront dans quelques jours, lors de la 25e Conférence des parties (COP 25), à Madrid en Espagne, j’ai pensé partager cette réponse avec vous. En effet, on y discutera de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, dont l’objectif est de limiter le réchauffement du climat à moins de 2 degrés d’ici 2100. Pour cela, il faut impérativement que l’humanité atteigne la carboneutralité en 2050.

En anglais, la carboneutralité se traduit « net-zero-emissions ». Cela exprime la notion de bilan comptable. Il s’agit du bilan des émissions et des absorptions ou des suppressions d’émissions de gaz à effet de serre. En gros, chaque tonne de GES émise par une activité comme le transport doit être neutralisée par une absorption équivalente comme la plantation d’arbres supplémentaires. Un plus est annulé par un moins. On peut alors considérer que le bilan ne contribue pas au réchauffement du climat. Dans le cas d’un produit ou d’une activité carboneutre, il faut d’abord définir un périmètre de référence et établir un inventaire des sources d’émissions pour ensuite équilibrer le bilan avec des activités compensatoires. Le périmètre peut aller d’une installation, un bâtiment ou même englober l’ensemble du cycle de vie, de l’extraction des ressources jusqu’à la disposition des déchets.

Environnement

L’urgence de la prévention

CHRONIQUE / Le 13 novembre, le journal médical The Lancet publiait son rapport annuel sur les enjeux de la santé dans un monde en pleine crise climatique. Le constat n’est pas gai *. On peut y lire qu’un enfant né aujourd’hui devra vivre les conséquences d’un réchauffement du climat planétaire qui pourrait excéder 4 degrés, « si la tendance se maintient ». Si, dans un monde qui s’est réchauffé d’un degré à peine depuis un siècle, on peut déjà mesurer des impacts, imaginer le futur donne froid dans le dos.

Il y a deux semaines, je faisais par ailleurs une conférence à l’Association des médecins de langue française du Canada sur ce sujet. L’intérêt du monde médical pour le sujet n’est pas l’effet du hasard. En effet, si les humains d’hier se sont adaptés à tous les climats de la planète et à leur variabilité « normale », ils ont aussi adapté les plantes et les animaux dont ils se nourrissent, les bâtiments qu’ils habitent et leurs activités économiques à ce climat coutumier. Cette adaptation explique en partie notre santé et notre espérance de vie. Bravo ! Mais les choses risquent de ne pas être aussi évidentes dans les prochaines décennies.

Environnement

Concevoir des règles équitables

CHRONIQUE / Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et limiter le réchauffement du climat planétaire sous la barre des 2 degrés à la fin du siècle, il faudra que l’humanité soit carboneutre dès 2050. Le mois prochain, à Madrid, la 25e Conférence des Parties (CdP25) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) va tenter d’adopter des mécanismes de marché pour favoriser l’atteinte des objectifs des pays qui ont ratifié cette convention. Les États-Unis, qui se sont officiellement désengagés de l’Accord de Paris, sont toujours membres de la CCNUCC. On peut se douter que les sbires du président Trump seront là pour mettre du sable dans l’engrenage.

Plusieurs pays se sont engagés à la carboneutralité pour 2050. La semaine dernière, la Nouvelle-Zélande a même enchâssé cet objectif dans une loi. Lors de la campagne électorale qui vient de se terminer, le Parti libéral du Canada a promis que le pays serait carboneutre en 2050 s’il était élu. On verra comment cette promesse va évoluer vers un plan d’action sérieux. En effet, jusqu’à maintenant, la performance des gouvernements successifs à la tête du Canada a été très décevante. La promesse du premier ministre de planter 2 milliards d’arbres est sympathique, mais même si cela était fait au complet dans la seule année 2020, le total annuel des absorptions de CO2 qui en résulteraient en 2050 serait de l’ordre de 2 à 3 % des émissions actuelles du pays. Bref, il va falloir trouver un autre truc.

Par exemple, on pourrait mettre un moratoire sur tout nouveau développement dans les sables bitumineux et les gaz de schiste et interdire d’ouvrir de nouvelles mines de charbon. En Australie, une cour a bien rejeté l’ouverture d’une telle mine le mois dernier en arguant la contribution supplémentaire aux émissions de gaz à effet de serre qui en résulterait. C’est une première mondiale, mais ce genre de décision demeure anecdotique. Les règles du commerce international font qu’on peut impunément déplacer les externalités vers d’autres pays et ensuite importer des marchandises sans payer pour les dommages environnementaux. C’est ainsi que depuis la fin des années 1990, une proportion énorme de la production manufacturière a été délocalisée en Asie, à l’abri des contraintes antipollution.

Le défi est donc d’établir de nouvelles règles du jeu économique pour intégrer le coût du carbone de manière équitable pour les pays qui respectent leurs engagements. Comment cela peut-il se faire ? La solution est d’appliquer un prix élevé aux activités qui génèrent d’importantes émissions, ce qui va permettre une transition vers des modes de production plus propres. Il est démontré que c’est beaucoup plus efficace de faire cela que de subventionner la production d’énergie renouvelable. Cela peut se faire à l’intérieur d’un pays ou d’un groupe de pays comme l’Union européenne. Mais comment éviter la concurrence déloyale des pays qui n’imposeraient pas un tel prix sur leurs propres émissions ? 

C’est aux frontières que se trouve la solution. Toute marchandise importée devrait faire la preuve de son empreinte carbone et payer un droit compensatoire égal à celui en vigueur dans le pays importateur. Ainsi, par exemple, l’aluminium canadien vendu aux États-Unis bénéficierait de sa plus faible empreinte carbone que celui produit en Chine ou dans les émirats arabes. De même, les produits chinois que nous retrouvons sur les tablettes de nos magasins seraient taxés à la frontière en proportion de leur empreinte carbone. Tout le monde serait sur un pied d’égalité, ce qui répond à un principe économique de base.

Le principe est élégant, mais les forces en présence sont inégales. Il est peu probable que les États-Unis dirigés par Donald Trump souscrivent à une telle idée. Quant à la Chine, même si elle a amorcé sa transition vers une électricité plus propre, elle est très loin de la carboneutralité. Le Canada aussi d’ailleurs. 

Environnement

Les villes font partie de la solution

CHRONIQUE / Le monde municipal est au premier rang quand il s’agit de s’adapter aux effets des changements climatiques, mais qu’en est-il de lutter contre ce phénomène ? La question mérite qu’on s’y attarde. La mobilisation des jeunes appelle à l’engagement de tous.

Qu’ont en commun New York, Paris, Londres, Austin (Texas), San Francisco (Californie), Oslo (Norvège), Stockholm (Suède), Lisbonne (Portugal) et Venise (Italie) ? Ces villes font partie d’un groupe de 94 cités qui ont déjà plafonné leurs émissions et commencé leur décroissance. Le C40 est un regroupement de grandes villes qui ont pris l’engagement d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris, indépendamment de leurs politiques nationales, en utilisant les moyens qui sont à leur portée. Ainsi, il faut d’abord savoir mesurer, par des inventaires annuels, les émissions de GES qui sont sous leur responsabilité, pour ensuite travailler pour atteindre des cibles de réduction. La ville assume le leadership de concert avec les partenaires locaux et les gouvernements supérieurs s’il y a lieu. Il s’agit donc d’une approche d’amélioration continue menée de bas en haut.

Les grandes sources d’émissions sur lesquelles les villes peuvent avoir un contrôle sont surtout liées aux bâtiments (normes de construction, incitatifs au solaire, chauffage et climatisation, incitatifs à l’utilisation du bois de structure) Ce n’est pas négligeable. Pour la ville de Vancouver, par exemple, l’inventaire a montré que 60 % des émissions de GES étaient dans le secteur du bâtiment. Les villes ont aussi un parc de véhicules et d’équipements motorisés qui servent à des fins variées. Des normes d’achat de véhicules moins gourmands, hybrides ou électriques, peuvent soulager le bilan de GES de plusieurs points de pourcentage. Le C40 a préparé une trousse à outils pour aider les gestionnaires municipaux à réduire leurs émissions. On peut la trouver à https ://resourcecentre.c40.org/resources#cities-leading-the-way . 

On pourrait les appliquer ici. Lors d’une conférence que j’ai donnée récemment au congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités, j’ai reçu une très bonne écoute. On parle même de villes et de villages qui veulent être carboneutres avant 2030. C’est un défi intéressant et motivant pour les citoyens.

Les moyens à la disposition des municipalités du Québec sont toutefois limités, l’électricité que nous consommons ayant une très faible empreinte carbonique. Sauf aux Îles de la Madeleine et dans quelques villages nordiques isolés du réseau, l’efficacité énergétique dans le domaine électrique rapporte très peu de gains en termes de réductions de GES. Il faut donc agir ailleurs. À cet effet, les municipalités disposent du puits de carbone forestier. Les forêts absorbent le CO2, le principal GES. Les arbres le stockent sous forme de biomasse forestière. Tant qu’ils restent vivants, ce stock de carbone continue de grandir. Lorsque les arbres meurent, il faut souvent des décennies avant qu’ils ne se décomposent et rendent le CO2 à l’atmosphère. Lorsqu’ils sont coupés pour faire des produits durables comme des meubles ou du bois d’œuvre, le carbone y reste emprisonné. Ainsi, une nouvelle forêt peut repousser sur le même territoire et augmenter le stock de carbone.

Les municipalités ont aussi un rôle à jouer dans l’éducation et la sensibilisation des citoyens. Victoriaville, par exemple, encourage la construction de maisons à faible empreinte carbone et compense avec Carbone boréal les émissions liées au béton des solages pour ceux qui respectent les règles du programme.

Chacun peut prendre ses responsabilités pour lutter contre les changements climatiques. Les municipalités peuvent jouer un grand rôle à cet égard. Quand on constate la montée de l’angoisse des jeunes par rapport au climat, il est bon de pouvoir dire qu’on fait sa part.

Claude Villeneuve

Réussir grâce aux synergies

CHRONIQUE / L’histoire du vivant est généralement présentée comme une affaire de compétition. Seuls les mieux adaptés survivent et transmettent leurs gènes à la génération suivante. Cette idée occulte cependant le rôle de la coopération et des synergies entre des individus et des espèces. Celles-ci permettent des révolutions évolutives. L’association symbiotique des champignons et des cyanobactéries formant le lichen a permis, par exemple, la colonisation du milieu terrestre il y a plus de 500 millions d’années.

Nous sommes actuellement face à une crise climatique qui va remettre en question les fondements du système économique qui porte le développement de l’humanité depuis deux siècles. Pour stabiliser le climat à un niveau tolérable à la fin du siècle, on devra être carboneutre en 2050. Mais comment cela est-il possible ?

Opinions

Corridors pour la biodiversité

CHRONIQUE / Depuis une vingtaine d’années, les spécialistes de la conservation de la biodiversité ont constaté les effets pernicieux du découpage des habitats. Le morcellement provoque un phénomène d’isolement. L’effet de couper les unes des autres des populations de la même espèce limite leurs échanges génétiques et les fragilise par rapport à des changements dans leur habitat. Avec des espaces artificialisés de plus en plus étendus, les espèces qui ont besoin d’un grand espace vital sont défavorisées.

On a donc émis l’hypothèse que des corridors de forêts ou de milieux riverains pourraient aider aux espèces les plus fragiles à se déplacer entre des aires protégées pour satisfaire leurs besoins vitaux. Cette hypothèse revêt une importance particulière dans une période de réchauffement climatique où les espèces doivent se déplacer pour trouver des conditions plus favorables. Un peu partout dans le monde, on a appliqué cette approche, mais une étude réalisée sur 18 années d’observations en Caroline du Sud en a récemment montré le bien-fondé. Elle a été publiée dans la revue Science le 26 septembre 2019.

Claude Villeneuve

Faut-il couper plus de forêts ?

CHRONIQUE / La semaine dernière, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a déclaré en substance « qu’il fallait couper plus de forêts pour lutter efficacement contre les changements climatiques », suscitant un tollé général. Au-delà des cris d’orfraie, qu’en est-il exactement ?

Dans son enthousiasme, le ministre a pris un raccourci dangereux avec des notions qu’il ne maîtrise sans doute pas vraiment. S’il est vrai que de jeunes arbres absorbent plus de CO2 par hectare qu’une forêt mature, pendant une certaine période de leur croissance, cela n’est vrai que partiellement. Selon les espèces, la vitesse de croissance est maximale après 20 à 30 ans et elle décroît ensuite après 50 ou 60 ans, pour s’arrêter dans les vieilles forêts. La vitesse de croissance est une bonne mesure de la quantité de CO2 captée par les arbres, donc de leur contribution à la lutte aux changements climatiques, mais elle n’est pas la seule. Les forêts plus vieilles poussent moins vite ou pas du tout, mais elles n’en font pas moins la photosynthèse. À la différence de la jeune forêt, le carbone s’accumule alors dans les sols et le bois mort. Tant que l’arbre n’est pas complètement décomposé, il reste dans l’écosystème une quantité de CO2 séquestrée qui ne contribue pas au réchauffement climatique.

Claude Villeneuve

La transition dans l’assiette

CHRONIQUE / Les restaurateurs et les gestionnaires de cafétéria ont peut-être plus de pouvoir sur la transition alimentaire qu’ils ne le croient.

Une étude effectuée à l’Université de Cambridge au Royaume-Uni laisse penser que les gens adoptent facilement une diète comprenant plus de végétaux que de viande si on leur offre ce choix. Dans un contexte où tout le monde doit faire quelque chose pour limiter les impacts des changements climatiques, il y a là un sujet à creuser.

Claude Villeneuve

Et maintenant, on fait quoi?

CHRONIQUE / La semaine dernière, l’attention médiatique en environnement a été monopolisée par la question du climat. Conférences de Greta Thunberg et de Valérie Plante au siège des Nations Unies, manifestations et grève pour le climat, publication d’un nouveau rapport spécial du GIEC sur la cryosphère et les océans, même les partis politiques en campagne fédérale ont fait part de leurs promesses. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Pour ma part, vous vous en doutez bien, je n’ai pas chômé, mais dans un registre tout autre.

La mobilisation de foules est une forme d’affirmation de l’angoisse qu’une partie de la population éprouve face à une situation jugée intolérable. En manifestant, on souhaite attirer l’attention des médias, et par conséquent des décideurs et des citoyens ordinaires. C’est un outil puissant, mais il a des limites. Les dernières mobilisations pour le climat mettent en vedette les jeunes. Ce qui est souhaité, c’est que les autres (lire les plus vieux) règlent le problème. En effet, les jeunes sont présentés comme les victimes innocentes de la gabegie climatique. Ils n’y ont bien sûr pas contribué beaucoup encore. Mais ils devront payer pour les pots cassés. C’est injuste et il faut le crier haut et fort. Mais après, qu’est-ce qu’on fait ?

Claude Villeneuve

L’Arctique en crise

CHRONIQUE / Cela fait plus de trente ans qu’on le sait: les changements climatiques vont produire d’énormes changements aux plus hautes latitudes, et particulièrement dans l’Arctique, où la masse continentale entoure un océan.

Normalement, après l’équinoxe d’automne, la glace s’installe progressivement sur l’océan Arctique qui est gelé sur toute sa surface en janvier. À certains endroits, la banquise s’épaissit tellement qu’elle n’arrive pas à fondre pendant l’été. On parle alors de glaces pluriannuelles. 

Depuis le début du 21e siècle, la superficie de glaces pluriannuelles diminue à une vitesse étonnante et il y a même des portions de l’océan Arctique qui ne gèlent plus pendant l’hiver. C’est ce qu’on a pu observer cette année dans la mer de Béring. Des systèmes de basse pression tirant l’air chaud du sud ont maintenu l’eau libre et fait dériver le peu de glace qui se formait vers le nord. Cela ne s’était jamais vu, selon les climatologues qui observent l’Arctique.