Brigitte Breton
«Quand l’économie reprendra et que les emplois réapparaitront dans d’autres secteurs d’activités, Québec ne doit pas revenir à la case départ, se retrouver encore en pénurie de main-d’oeuvre dans les CHSLD, et ce après avoir investi des millions de dollars de fonds publics en formation», écrit Brigitte Breton.
«Quand l’économie reprendra et que les emplois réapparaitront dans d’autres secteurs d’activités, Québec ne doit pas revenir à la case départ, se retrouver encore en pénurie de main-d’oeuvre dans les CHSLD, et ce après avoir investi des millions de dollars de fonds publics en formation», écrit Brigitte Breton.

CHSLD et recrutement: l’entonnoir

CHRONIQUE / La situation actuelle a beau être exceptionnelle et exiger une solution exceptionnelle, il y a néanmoins des précautions que le gouvernement Legault doit prendre. Comme celle de s’assurer que les personnes qui seront payées pour une formation de préposés en CHSLD restent en poste pour une période déterminée lorsqu’elles auront décroché leur attestation d’études.

«Engagez-vous», dit le premier ministre François Legault. Il est justifié de pousser la formule de l’armée canadienne jusqu’au bout.

Dans les Forces armées canadiennes, lorsqu’un individu s’inscrit dans un programme d’études subventionnées, il s’engage à fournir deux mois de service pour chaque mois d’études payées. 

Les entreprises privées qui recrutent des étudiants dans les cégeps ou les universités et paient une partie de leur formation, exigent aussi en contrepartie. Les étudiants s’engagent à rester à l’emploi de l’entreprise un certain temps ou à rembourser une partie des coûts de la formation s’ils désirent quitter leur poste avant la fin de leur contrat.

C’est du donnant-donnant. 

Le gouvernement n’a pas fixé de telles conditions avant de lancer sa vaste campagne de recrutement de préposés en CHSLD. Quand l’économie reprendra et que les emplois réapparaitront dans d’autres secteurs d’activités, Québec ne doit pas revenir à la case départ, se retrouver encore en pénurie de main-d’oeuvre dans les CHSLD, et ce après avoir investi des millions de dollars de fonds publics en formation. 

Plus de 67 000 personnes se sont inscrites à quebec.ca/devenirprepose. C’est impressionnant. Mais si le «mercure grimpe», pour emprunter l’expression de la ministre Marguerite Blais, ce n’est peut-être pas uniquement parce que les Québécois se découvrent une passion pour les personnes âgées et malades dans les CHSLD et qu’ils sont animés d’humanité et de compassion. 

Heureusement, c’est le cas de certains et il faut espérer qu’avec de bonnes conditions de travail et de rémunération, ils formeront pour longtemps des équipes solides et fiables auprès des personnes hébergées.

Mais, pour d’autres, l’offre du gouvernement permet d’aller tester si la «job» de préposé leur convient, sans s’engager au-delà des trois mois de formation. C’est aussi une occasion de gagner 21 $ l’heure plutôt que de travailler ailleurs au salaire minimum ou d’être sans emploi. Après 12 semaines, on verra.

Mardi, le premier ministre reconnaissait qu’il y avait un «certain risque» à ce que des personnes suivent la formation de trois mois et partent par la suite.  

Mercredi, le discours changeait quelque peu. Québec envisageait de mettre des conditions. Pourquoi pas un engagement écrit noir sur blanc? Un engagement moral paraît insuffisant.

Une simple entrevue ne permettra pas de connaître les motivations profondes des aspirants préposés. Vous êtes prêts à travailler à temps plein, le soir et les fins de semaine? Bien sûr que oui! Après la formation de trois mois, ou quand un autre emploi moins difficile sera disponible, ça reste à voir.

Évidemment, la crise sanitaire exige beaucoup du présent gouvernement. 

Il doit trouver rapidement des solutions et prendre des décisions. La population s’attend toutefois aussi à ce qu’il évalue bien les objectifs et les conséquences des mesures qu’il met en place et qu’il fasse preuve de rigueur et de cohérence.

La semaine dernière, lorsque le gouvernement a annoncé qu’il voulait recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires, les ressources intermédiaires d’hébergement, les entreprises d’économie sociale d’aide à domicile et les résidences privées pour aînés ont dit craindre un exode de leurs employés vers le secteur public où les salaires seront plus élevés. 

Leurs craintes se confirment. Des bris de services sont prévisibles.

Après l’implantation des maternelles 4 ans, François Legault semble vouloir que l’amélioration des conditions de vie et de travail dans les CHSLD fasse aussi partie de son legs politique. 

À la fin de son mandat, M. Legault sera peut-être le premier ministre qui aura investi le plus dans les CHSLD. L’ensemble de ses actions auprès des aînés devra cependant être évalué, et non seulement le travail réalisé dans les centres d’hébergement publics. 

Si de grands malades sont négligés dans des ressources intermédiaires d’hébergement ou si des personnes âgées manquent de soins à domicile, la note du premier ministre en souffrira.

Pour pouvoir affirmer qu’il respecte son engagement de créer partout des maternelles 4 ans, le gouvernement caquiste n’a pas toujours procédé en respectant les règles de l’art. Il avait mal évalué le besoin de personnel enseignant et de locaux. Il avait minimisé les coûts et n’avait pas une évaluation complète des impacts de sa promesse. 

Il peut y avoir un coût politique à confondre ambition et improvisation. La pandémie n’excusera pas tout.