Steve Bergeron

Chronique pratique

Je me demande s’il est correct en français de dire ou d’écrire des phrases comme: «Je vais aller me pratiquer au golf ce matin.» Ou alors: «Les Alouettes se sont pratiqués au stade hier.» J’ai toujours pensé qu’il fallait dire «pratiquer son golf» ou «les Alouettes ont pratiqué». De même, on devrait demander à une personne quand elle va pratiquer et non «se pratiquer». Il me semble que l’on pratique un sport, une activité, mais on ne pratique pas une personne, donc on ne peut pas se pratiquer. Merci de votre attention. (Robert Cusson, Québec)

C’est plus grave que vous le pensez. Non seulement, en français correct, on ne peut pas «se pratiquer» à un sport, à un art ou à un autre type d’activité, mais on ne peut pas non plus le ou la pratiquer. En fait, pas au sens où vous l’entendez.

La Banque de dépannage linguistique nous informe que pratiquer, en français, c’est «mettre en application» et «exercer une activité, un métier». Voici quelques exemples.

«Plusieurs de mes amis pratiquent le bouddhisme.»
«Je suis beaucoup moins stressée depuis que je pratique le lâcher-prise.»
«Le Dr Vandelac a pratiqué la médecine pendant plus de 40 ans.»
«Depuis leur retraite, nos parents pratiquent la natation, le chant et le jardinage.»

La dernière des quatre phrases pourrait vous laisser croire qu’il n’y a pas de problème, mais dans celle-ci, «pratiquer» est synonyme de «faire» (du piano, de la natation). Il n’est pas synonyme de «s’entraîner», «répéter», «travailler», «s’exercer»... C’est en ce sens que «pratiquer» est considéré comme un anglicisme sémantique. Le Multidictionnaire et Usito abondent dans le même sens, alors que le Petit Robert le mentionne comme régionalisme critiqué. Il faudrait donc formuler autrement les exemples que vous soumettez.

«Je vais aller m’exercer au golf ce matin.»
«Les Alouettes se sont entraînés au stade hier.»
«Quand vas-tu répéter ton solfège?»

Vous vous doutez bien que, dans ce contexte, on évitera de dire «une pratique» quand on parle d’un entraînement, d’une répétition, d’un exercice, d’une séance de travail.

Qu’en est-il de «se pratiquer»? On y recourra non pas au sens de s’entraîner, mais dans des tournures plus impersonnelles passives, synonymes d’«être en usage, se faire de façon régulière, être employé couramment». Cela étant, «se pratiquer» est toujours à la troisième personne, jamais à la première ni à la deuxième.

«Le surf se pratique beaucoup en Californie.»
«Ma grand-mère trouve que les bonnes manières ne se pratiquent guère aujourd’hui.»
«Devant la crise climatique, l’achat local se pratique de plus en plus.»

Le verbe «pratiquer» est finalement utilisé dans des contextes plus précis, comme exercer un acte médical, une opération manuelle, ou aménager, exécuter une ouverture, un passage, certaines constructions.

«C’est la Dre Dubé qui pratiquera l’opération.»
«C’est seulement après avoir bien ajusté les deux pièces qu’on pratique la soudure.»
«J’ai pratiqué plein de petits trous dans la boîte pour que ton hamster puisse respirer.»

Perles de la semaine

Parfois, il suffit d’une lettre et tout fout le camp, comme nous le rappellent ces perles de «La presse en délire»...

«À vendre : caisses de con pour disco [son].»

«Faites parvenir vos dos à la Société canadienne du cancer.»

«Livraison de liqueurs douches à domicile [douces].»

«Marchandise réduite de 50 % : corduroys, pantalons rayés, chemises, démardeurs…»

«L’école commerciale Alphonse-Desjardins : plus q’une école!»

«Nourriture pour chier Kibble Food [chien].»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.