Choisir le bon indicateur

CHRONIQUE / La semaine dernière, le quotidien britannique The Guardian relatait qu’un pari fait en 2010 entre deux scientifiques russes spécialistes des variations du flux solaire et un modélisateur du climat anglais allait être gagné par ce dernier.

Les Russes avaient gagé, en regardant l’activité solaire prévue entre 2012 et 2017, que les six années allaient être moins chaudes que les six années entre 1998 et 2005, qui représentaient jusqu’alors la période la plus chaude enregistrée depuis 1880. Prévoyant que l’activité solaire serait faible, ils gagèrent 10 000 $ sur leur hypothèse alors que l’Anglais, sur la foi des prévisions de l’évolution des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales, affirmait que la moyenne des températures globales serait plus chaude. Le site de l’Agence américaine de l’atmosphère et des océans (https ://www.ncei.noaa.gov) a été choisi par les deux parties comme référence.

Au moment d’écrire ces lignes, le 3 janvier 2018, les chiffres officiels pour la moyenne climatique 2017 n’étaient pas encore mise à jour pour le mois de décembre. Toutefois, il est d’ores et déjà acquis que l’année 2017 se range comme la troisième plus chaude de l’histoire, précédée par 2016 et 2015. L’Anglais pourra donc collecter son argent dès la semaine prochaine. 

Cette anecdote me permet d’enfoncer encore un peu le clou des climato-sceptiques qui affirment encore que les variations du flux solaire sont la principale explication au réchauffement climatique observé depuis les années 1980. Bien sûr, l’énergie lumineuse qui nous provient du soleil est la principale source d’énergie qui constitue le moteur des phénomènes climatiques. La chaleur ressentie vient de l’absorption de la lumière par les corps colorés et sa réémission sous forme de chaleur. Mais c’est la composition de l’atmosphère en GES qui détermine jusqu’à quel point cette chaleur restera dans l’atmosphère. Les réactions de fusion nucléaire qui se produisent dans le soleil connaissent certaines variations qui se traduisent par le cycle des taches solaires. Donc, la quantité d’énergie qui nous parvient du soleil est un peu moins grande ou un peu plus grande (de l’ordre de 0,1 %). On peut trouver des informations à ce sujet dans l’encyclopédie de l’environnement (http ://www.encyclopedie-environnement.org/climat/variabilite-de-activite-solaire-impacts-climatiques/

En revanche, les humains émettent chaque année de l’ordre de 50 milliards de tonnes (CO2 équivalent) de GES, dont environ la moitié ne peuvent être absorbés par les puits naturels, au premier chef les océans et les forêts. L’atmosphère s’enrichit donc chaque année de ces gaz qui retiennent la chaleur réémise par la surface terrestre éclairée par le soleil. Ce phénomène a été décrit au 19e siècle et les mesures de la concentration des GES dans l’atmosphère montrent une augmentation systématique et directement mesurable depuis 1958. Les modélisateurs du climat utilisent donc l’évolution de la concentration des GES comme facteur principal pour prédire l’évolution future du climat. C’est le meilleur indicateur et notre Anglais a bien fait de lui faire confiance pour prendre son pari.

L’hiver a jusqu’à maintenant été plus froid que la moyenne dans l’Est de l’Amérique du Nord. L’ineffable président des États-Unis en a profité pour remettre en doute l’existence des changements climatiques. Sa crédibilité scientifique étant ce qu’elle est, cela ne porte pas trop à conséquence. En revanche, s’il vous reste un mon oncle climato-sceptique ou un animateur de radio qui dit la même chose, pourquoi ne pas prendre un pari sur les moyennes de température globale de la prochaine période de faible rayonnement solaire ? 

Sachant que les engagements des pays dans l’Accord de Paris sont très en dessous des efforts nécessaires pour stabiliser le climat au 21e siècle, c’est un pari gagné d’avance si vous choisissez le bon indicateur. Misez gros !