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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Charles-Hugo Paquet et William Veillette sont à la fois différents et semblables, comme deux amis.
Charles-Hugo Paquet et William Veillette sont à la fois différents et semblables, comme deux amis.

Charles-Hugo, William et l’amitié véritable

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CHRONIQUE / Charles-Hugo Paquet et William Veillette ne se voient pas souvent, encore moins en raison de la pandémie, mais ils s’écrivent régulièrement. Ils restent en contact, c’est le principal. Voici l’histoire de leur amitié scellée sur le respect et l’admiration réciproques.

Au départ, peu de choses semblent réunir les deux jeunes hommes, sinon que Charles-Hugo, 15 ans, est un partisan des Cataractes, l’équipe de hockey junior majeur de Shawinigan où il habite.

William, 18 ans, est un joueur de centre. Originaire de Lévis, le numéro 48 porte les couleurs de sa ville d’adoption tout en y poursuivant ses études collégiales.

Le premier prend place dans les estrades, le deuxième est sur la glace. Tous les deux ont des buts dans la vie.

Charles-Hugo vit avec le trouble du spectre de l’autisme. Il présente des caractéristiques du syndrome d’Asperger. L’élève de 4e secondaire chemine dans une classe spécialisée où, peu à peu, il sort de sa bulle et entre en relation avec les autres.

«Charles est un p’tit bonhomme méga intelligent, c’est fou! Il est passionnant à écouter parler. Il connaît une tonne de sujets. Il est très attachant», souligne fièrement sa mère, Annie Ouellet.

William confirme. Impressionnant l’ami.

Quand Charles-Hugo s’intéresse à un domaine, il l’approfondit dans les moindres détails. Le jeune homme ne joue pas au hockey, il en mange plutôt.

«Charles-Hugo connaît toutes les équipes, tous les joueurs de la Ligue junior majeur et de la Ligue nationale de hockey. Il peut même te dire quel bâton utilise tel joueur!», raconte William, épaté par la mémoire de ce copain pas comme les autres.

Dès l’âge de 8 ans, William Veillette a grandi en apprenant à manier habilement la rondelle. Très tôt, le garçon a su qu’il voulait être un modèle sur, mais également en dehors de la patinoire.

Personne ne lui a demandé de jouer ce rôle. William a tout simplement voulu suivre l’exemple d’un joueur de sa région d’origine, Mathieu Olivier, qui a marqué son parcours de jeune hockeyeur.

«J’aimais vraiment sa façon de nous encourager dans les camps de hockey. Je me disais que si un jour, j’avais la chance de jouer dans la Ligue junior majeur, je serais plus qu’un joueur de hockey, que j’allais aussi m’impliquer dans ma communauté.»

Ce qu’il fait depuis son arrivée à Shawinigan. Avec un enthousiasme et une sincérité qui l’honorent.

William n’hésite jamais à lever sa main quand l’équipe a besoin de volontaires pour patiner avec des jeunes, signer des autographes ou rencontrer des partisans en emballant leurs emplettes, à l’épicerie.

«J’aime le contact avec les gens! Je suis une personne très sociable. Même si je n’ai que 18 ans, si je peux apporter du bonheur aux autres, ça me rend heureux.»

William et Charles-Hugo ont fait connaissance en février dernier. Assis côte à côte dans le vestiaire des Cats, ils ont enregistré une vidéo dans laquelle la population était invitée à donner à Leucan.

Le prochain match allait être dédié à la cause de l’organisme que Charles-Hugo connaît bien.

Son grand frère, Jean-Christophe, est décédé le 24 mai 2019, à l’âge de 15 ans. L’adolescent était atteint d’une forme rare et agressive de cancer, le carcinome naso-sinusal indifférencié.

Avant de mourir, Jean-Christophe a lui-même rédigé un texte que sa mère a lu lors de ses funérailles. «Il nous disait de croire en nos rêves», raconte Annie Ouellet avec émotion.

William Veillette et Charles-Hugo Paquet ont fait connaissance en février 2020, à l’occasion d’une activité de financement réunissant les Cataractes et Leucan.

Comme Charles-Hugo, Jean-Christophe vivait avec un trouble du spectre de l’autisme, de type Asperger aussi. Il était le sportif des deux, le passionné de football qui, même gravement malade et assis dans un fauteuil roulant, tenait à se présenter à son ancienne école primaire où il était aide-entraîneur.

Jean-Christophe et Charles-Hugo formaient une belle paire. Les deux frères étaient les meilleurs amis. Le plus jeune apprivoise maintenant l’absence de l’aîné qui agissait envers lui comme un protecteur.

Avant l’enregistrement de la vidéo, à l’hiver dernier, on a précisé à William Veillette que Charles-Hugo Paquet était différent.

«Je n’étais pas stressé, mais je ne savais pas à quoi m’attendre», se souvient le joueur qui, dès le début de leur rencontre, a misé sur ce qu’ils ont en commun.

«Socialement, Charles-Hugo n’est pas du tout limité.»

Les gars sont faits pour s’entendre.

Annie Ouellet est grandement reconnaissante envers William qui maintient le lien avec son fils. Il aurait pu disparaître de la vie de Charles-Hugo une fois la vidéo diffusée.

Pas du tout. Pour William, ce serait se priver d’un vrai chum.

Les gars se donnent des nouvelles via les réseaux sociaux, discutent de jeux vidéo et de Formule 1, un autre domaine dans lequel l’adolescent s’y connaît énormément.

«William et moi, on jase de tout et de rien. Surtout de hockey, c’est certain. Sans lui, je pense que je n’aimerais pas autant le hockey», résume Charles-Hugo qui s’exprime avec aisance.

«Il écrit et parle mieux que moi!», fait remarquer William avec amusement.

Témoin privilégiée de leur complicité, même à distance, Annie Ouellet se réjouit de voir Charles-Hugo gagner en confiance depuis sa rencontre avec William Veillette, de ressentir une grande fierté à l’idée d’avoir un Cataractes pour ami.

Suspendue en raison de la pandémie, la saison de hockey devrait reprendre en janvier. Il y a un partisan qui a aussi hâte que le numéro 48.

Lorsque Charles-Hugo assiste à un match et que son joueur préféré saute sur la glace, il est au bout de son siège, les bras dans les airs.

«Il crie Williaaam!!! Go! Go! Go!», l’imite sa mère en riant.

L’arrivée du hockeyeur dans la vie de Charles-Hugo agit comme un véritable baume depuis le décès de Jean-Christophe.

L’adolescent a les mots pour décrire son ami...

«Il est un peu comme un grand frère. William apporte quelque chose à mon cœur que je n’aurais pas s’il n’était pas là. Ça me fait du bien.»

William ne saurait mieux dire sur leur amitié.

«Charles-Hugo est toujours souriant face à la vie, même après avoir vécu la mort de son frère. Il remet en perspective les petits problèmes que je pourrais avoir. Ma relation avec lui m’apporte que du positif.»