Le Dr. Luc Monette, un médecin spécialisé en oto-rhino-laryngologie

Ces patients qui ne se présentent pas

CHRONIQUE / En fouillant un dossier sur la santé en Outaouais, je suis tombé sur une réalité dont on parle peu et qui me désole profondément : le fléau des no-shows, ces patients qui ne se présentent pas à leur rendez-vous chez un médecin spécialiste.

J’ai obtenu des chiffres : entre le 1er avril et le 10 septembre dernier, 592 patients de l’Outaouais ont boudé un rendez-vous chez un médecin spécialiste. Le tout sans même se donner la peine de prévenir ou de justifier leur absence. Alors que tout le monde est au courant de la longueur des listes d’attente.

On parle ici de patients qui avaient confirmé leur présence à un rendez-vous médical que ce soit par courriel ou par téléphone. On parle de gens qui avaient dit : oui, je serai là. Et qui, le jour dit, brillent par leur absence. Sans même un appel pour prévenir.

Je n’en reviens pas que des gens traitent leurs rendez-vous médicaux avec la même légèreté qu’un rendez-vous au garage pour un changement d’huile. En agissant de la sorte, ils privent d’autres malades d’un rendez-vous rapide, d’autres malades qui souffrent à la maison ou qui ont hâte de savoir s’ils ont le cancer.

Des spécialités sont plus touchées que d’autres par le phénomène des no-shows. L’urologie, la cardiologie, mais aussi l’oto-rhino-laryngologie (ORL), la discipline qui traite les problèmes de la gorge, de la bouche, des oreilles et du cou.

À la clinique d’ORL de l’hôpital de Gatineau, on a de la place pour voir environ 40 patients par jour. Or mercredi, 5 patients ne sont pas présentés à leur rendez-vous de suivi. La veille, 10 patients avaient boudé leur rendez-vous, sans même un appel de courtoisie pour prévenir de leur absence.

« Ces gens qui ne se présentent pas mettent une case vide dans notre horaire, raconte le Dr Luc Monette, un médecin spécialisé en ORL mais également coordonnateur régional du centre de répartition des demandes de service. Chaque case vide fait qu’un patient à la maison ne sera pas vu aussi rapidement qu’il l’aurait pu. »

Le plus ahurissant, c’est que près de la moitié des no-shows (43 %), peu importe la spécialité, sont des cas classés urgents. Des cas qui devraient être vus en 28 jours ou moins. « C’est censé être des cancers, des saignements, des abcès ou des infections », explique le Dr Monette.

Que des gens qui souffrent de maux aussi graves ne se présentent pas à leur rendez-vous, ça me dépasse complètement.

Mais le plus triste, c’est que si ce n’était des no-shows, la grande majorité des cas urgents de l’Outaouais pourraient être vus par un médecin spécialiste dans les délais prescrits par le ministère de la Santé.

« Si on retire les no-shows, on atteint les cibles en urologie, en orthopédie et en néphrologie », estime le Dr Monette.

C’est bien beau de chialer contre les listes d’attente. Le système de santé a bien des défauts. Mais je pense que les patients devraient aussi se responsabiliser et se présenter à leur rendez-vous quand ils ont la chance d’en avoir un.

Parce qu’on a beau pester contre la pénurie bien réelle de médecins et contre les listes d’attente toutes aussi réelles, il y a eu des améliorations ces dernières années en Outaouais.

J’ai souvent dénoncé la réforme brutale de l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette. Mais il y a un aspect de sa réforme qui mérite des félicitations : et c’est la création des CRDS, les centres de répartition des demandes de service.

Désormais, tous les médecins de famille doivent passer par cette centrale pour recommander leurs patients à un médecin spécialiste. L’idée, c’était d’injecter de la rigueur dans la répartition des rendez-vous et de s’assurer que les cas les plus urgents soient vus en premier.

Les CRDS ne fonctionnent pas bien partout. À Montréal, il y a des ratés.

Mais en Outaouais, ça se passe très bien. Dans 70 % des cas, les délais pour obtenir un rendez-vous chez un médecin spécialiste sont respectés, ce qui en fait une des régions les plus performantes du Québec à cet égard. Et ce serait encore mieux sans les no-shows.