Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Les enfants de familles autochtones, immigrantes ou monoparentales dirigées par une femme sont plus nombreux que ceux d’autres familles à être confrontés à la pauvreté au quotidien.
Les enfants de familles autochtones, immigrantes ou monoparentales dirigées par une femme sont plus nombreux que ceux d’autres familles à être confrontés à la pauvreté au quotidien.

Une bonne note pour le Québec

CHRONIQUE / Le Québec est loin d’échouer sur toute la ligne avec ses enfants. À travers le Canada, le Québec est la province qui affiche le plus bas taux de pauvreté infantile (15,2 % comparativement à 18,6 % à l’échelle nationale). Il n’y a pas que de mauvais côtés au poids de notre fardeau fiscal.

L’organisme Campagne 2000 a publié mardi un nouveau rapport sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada. Pour un pays dont les élus s’étaient unanimement engagés, il y a 30 ans, à enrayer la pauvreté infantile, on est loin du compte.

Un enfant sur cinq (plus de 1,3 million de jeunes de moins de 18 ans) vit encore en situation de pauvreté dans «le plus meilleur pays du monde», comme le décrivait l’ancien premier ministre libéral, Jean Chrétien.

Les enfants de familles autochtones, immigrantes ou monoparentales dirigées par une femme sont plus nombreux que ceux d’autres familles à être confrontés à cette réalité au quotidien.

En trois décennies, le Canada a seulement réussi à réduire son taux de pauvreté infantile de 22 à 18,6 %, selon la grille utilisée par Campagne 2000. 

Selon ce réseau de 120 organismes, à ce rythme, 155 années devront encore s’écouler pour que le Canada atteigne l’objectif qu’il s’était fixé en 1990. 

Impossible d’éradiquer la pauvreté?

On gagne collectivement à réduire les inégalités de revenus et à offrir à tous les enfants des conditions de vie qui leur permettront de bien vivre et de se développer. 

Le Québec semble l’avoir mieux compris en adoptant des mesures fiscales et sociales pour épargner les jeunes familles de la pauvreté.

Campagne 2000 mentionne notamment comme éléments positifs l’assurance-médicaments et les fonds publics qu’investit le Québec dans ses services de garde.

Cette dernière mesure, qui coûte plus de 2 milliards $ par année au trésor public québécois, a accru la présence des jeunes mères sur le marché du travail, a facilité la conciliation travail-famille des parents, en plus de fournir de meilleurs services éducatifs aux tout-petits.

Si une famille du Québec paie moins de 200 $ par mois pour le service de garde d’un enfant, celle de Toronto doit débourser 1150 $, celle d’Ottawa 1007 $, celle de Calgary 1015 $ et celle d’Halifax 867 $. 

La dernière édition du Bilan de la fiscalité au Québec, préparé par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, a relevé une fois de plus récemment la forte pression fiscale exercée sur les contribuables québécois comparativement à ceux du reste du Canada et d’autres pays de l’OCDE.

La Chaire constate par ailleurs que les inégalités de revenus sont moindres au Québec qu’ailleurs au pays.

Des allocations pour soutenir les jeunes familles et leurs enfants, des services publics de qualité et des programmes sociaux plus étendus ne sont pas que des bonbons pour séduire les électeurs. Ils peuvent faire toute la différence dans la vie d’enfants, de futurs adultes.

Dans son dernier portrait des jeunes Québécois de moins de cinq ans, l’Observatoire des tout-petits signalait en novembre qu’un enfant de trois ans en milieux défavorisés connaît 600 mots de moins qu’un bambin du même âge de milieux plus aisés.

Un tel écart de développement est susceptible d’influencer négativement son parcours à l’école primaire et secondaire, mais aussi, son niveau d’étude à l’âge adulte, note l’Observatoire.

Celui-ci relevait aussi qu’un ménage sur dix avec un enfant de moins de cinq ans se trouvait en situation d’insécurité alimentaire au Québec en 2018. Pour aider ces ménages, l’Observatoire suggère notamment d’investir dans des programmes de logements abordables.

Réduire les inégalités de revenus et la pauvreté infantile s’inscrit dans une vision à plus long terme. En investissant maintenant, on s’évite de devoir dépenser plus tard pour pallier aux mauvais départs dans la vie.