Brigitte Breton
L’accès à un service Internet à haute vitesse est tout aussi essentiel que l’électricité et l’eau courante pour les citoyens et les entreprises au Québec. Or, 340 000 foyers doivent toujours s’en passer.
L’accès à un service Internet à haute vitesse est tout aussi essentiel que l’électricité et l’eau courante pour les citoyens et les entreprises au Québec. Or, 340 000 foyers doivent toujours s’en passer.

Un après-COVID-19 branché

CHRONIQUE / Le Québec de l’après-COVID-19 devra être 100 % branché. L’accès à un service Internet à haute vitesse est tout aussi essentiel que l’électricité et l’eau courante pour les citoyens et les entreprises à travers tout le Québec. Or, 340 000 foyers doivent toujours s’en passer. Un non-sens en 2020, d’autant plus en période de crise sanitaire et de confinement. 

Dans ces foyers, le télétravail, le maintien des liens avec les clients et les fournisseurs, l’enseignement à distance et la possibilité de regarder des vidéos ou une série sur Netflix pour passer le temps sont quasi hors de portée.

Ce qui va de soi pour des millions de Québécois en temps normal comme en temps de pandémie, est impossible pour eux même s’ils ne vivent pas au fin fond d’un bois et à des kilomètres de toute civilisation.

Jacques Demers, le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), est bien placé pour témoigner de cet anachronisme qui persiste même si les politiciens — à Québec et à Ottawa — promettent d’y mettre fin depuis près de 20 ans.

Maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, une municipalité de l’Estrie située à proximité de Sherbrooke et de Magog, il est confronté à cette réalité au quotidien.

Lui, sa conjointe et leurs enfants de 16 , 18 et 19 ans doivent se contenter de 3,5 mégabits par seconde à leur domicile, alors que le seuil de haute vitesse fixé par le CRTC est de 50 mégabits par seconde.

Difficile, voire impossible ainsi desservi, de penser travailler efficacement à distance, d’avoir sa petite entreprise, de suivre des cours en ligne ou de se distraire en regardant des films et des documentaires. Surtout pas les cinq membres de la famille en même temps. «C’est un à la fois et c’est lent», raconte M. Demers. 

Pour terminer sa session à l’Université d’Ottawa, sa fille aînée a dû déménager chez sa grand-mère à Coaticook. De là, elle peut poursuivre ses cours en ligne et ne pas prendre de retard dans sa formation.

L’étudiante de 19 ans n’est pas seule dans sa situation. Des milliers d’étudiants et de professeurs ont d’ailleurs critiqué ces derniers jours la poursuite des cours à distance dans les cégeps et les universités, justement parce que des étudiants et des profs sont incapables d’accéder à Internet à haute vitesse de leur lieu de confinement.

De son côté, même s’il serait préférable qu’il travaille ses dossiers municipaux de la maison et s’abstienne d’aller à l’hôtel de ville, M. Demers n’a pas le choix de se déplacer et de parcourir 10 kilomètres pour s’y rendre. Un conseil municipal par vidéoconférence, ce n’est pas non plus envisageable de sa résidence de Sainte-Catherine-d’Hatley.

Sa conjointe, directrice d’une caisse populaire, doit aussi se déplacer pour son travail. 

Le fait de ne pas avoir accès à Internet à haute vitesse diminue aussi la valeur d’une propriété, signale également M. Demers. «C’est un service que les gens réclament, qu’importe où ils sont. Même lorsqu’ils louent un chalet pour quelques jours, la première chose qu’ils veulent savoir en arrivant c’est le code pour accéder à Internet. Pas la façon d’allumer le foyer». 

Si le Québec veut occuper tout son territoire et brasser des affaires dans toutes les régions, il est indispensable de pouvoir compter sur un réseau Internet haute vitesse. En octobre dernier, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante rapportait qu’une PME sur deux au Québec dit ne pas être branchée à une connexion Internet performante en raison d’une offre de service inadéquate dans sa région.

Le président de la FQM ajoute par ailleurs qu’il est aussi difficile pour les services d’urgence de transmettre des messages aux citoyens si «Internet et le réseau cellulaire ne rentrent pas». Il ne suffit pas de faire «passer la fibre» pour desservir l’école du village. Les personnes ont besoin d’un accès rapide et à coût abordable même s’ils n’habitent pas la rue Principale. «Ce n’est pas un luxe», soutient M. Demers. C’est comme l’eau courante et l’électricité.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec a promis d’investir 400 millions $ pour brancher tous les foyers d’ici 2022. Cet automne, Québec a lancé un appel pour 100 millions $ de projets d’infrastructures numériques dans le cadre d’un nouveau programme Régions branchées. Un programme qui lui permet d’avancer sans attendre Ottawa.

Depuis le début de la crise du coronavirus, le trio Legault-Arruda-McCann affirme que certaines choses ne seront plus pareilles lorsque la vie retrouvera une normalité.

«On aura un Québec différent après la pandémie qu’on vit maintenant», a répété mercredi le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda. «En numérique, en télétravail, en économie, ça va transformer notre société, puis il va falloir rebondir là-dessus pour que cette crise devienne une opportunité».

Pour que tous les citoyens et toutes les entreprises puissent profiter de cette opportunité, il presse de combler le fossé numérique.