Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Une manifestation de la Fédération interprofessionnelle de la santé, le 2 juin dernier
Une manifestation de la Fédération interprofessionnelle de la santé, le 2 juin dernier

Secteur public: ça vient l’oxygène?

CHRONIQUE / Le niveau d’alerte doit passer à l’orange, voire au rouge au bureau de la présidente du Conseil du Trésor, Sonia Lebel. Pénurie de personnel, nombreuses absences pour maladies, démissions, départs à la retraite anticipés dans les réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation. Il presse d’envoyer le signal au personnel du secteur public que les choses vont changer, que leurs conditions de travail vont s’améliorer.

Les employés des écoles, des hôpitaux, des CHSLD et des services sociaux doivent avoir l’espoir et l’assurance que de l’oxygène s’en vient et qu’ils pourront reprendre leur souffle. 

Et ce, sans devoir prendre des congés de maladie longue durée, sans démissionner, sans opter plus tôt pour la retraite, sans aller dans le secteur privé et sans devoir changer de carrière. 

La ministre Lebel a hérité à la fin de juin de la négociation du renouvellement des conventions collectives des milliers d’employés de l’État, échues depuis la fin de mars.

«Au Trésor, mon trésor», a dit le premier ministre François Legault lors du remaniement ministériel où il a confié la présidence du Conseil du Trésor à Mme Lebel, et nommé l’ancien président, Christian Dubé, au ministère de la Santé et des Services sociaux. 

Le changement de ministre signifie-t-il un changement de mandat et d’approche dans la présente ronde de négociations?

Dans les rangs syndicaux, les personnes interrogées ne notent pas encore une différence.

Le temps pour la ministre de s’approprier les nouveaux dossiers et d’établir de nouveaux contacts, le temps des vacances estivales. Cela se comprend. Mais cela ne peut s’éterniser.

Même le dossier des préposés aux bénéficiaires, pourtant une priorité du gouvernement caquiste, n’est pas encore réglé. Les recrues ignorent encore si elles toucheront bel et bien 26 $ l’heure comme le promet M. Legault. Une telle offre n’a pas encore été déposée à la table de négociation. 

Lorsque les médias étalent le fragile état des troupes, le manque d’effectifs, l’épuisement de ceux qui restent et la charge de travail qui attend le personnel des établissements de santé, de services sociaux et d’éducation au cours des prochains mois, on réalise qu’il doit se passer quelque chose. Rapidement.

D’abord, parce que le Québec doit être prêt à passer à travers une possible deuxième vague de la pandémie, ainsi qu’à rattraper les milliers d’examens et de chirurgies retardés depuis le printemps. 

Québec doit aussi pouvoir garantir l’accès et la qualité des services publics lorsque la crise sanitaire sera derrière nous. L’équipe caquiste devra démontrer qu’elle a colmaté les failles, certes visibles depuis des années, mais dont la pandémie a révélé l’ampleur et les graves conséquences à la fois pour le personnel et la population. 

Au cabinet de Sonia Lebel, son attaché de presse indique qu’il n’y a rien de nouveau pour le moment. Les tables de négociations sont actives, les mandats sont les mêmes et Québec tient toujours à son modèle d’offres salariales différenciées qui prévoit de meilleures augmentations pour les préposées aux bénéficiaires et les enseignants aux premiers échelons.

La ministre n’accorde pas d’entrevue sur les pourparlers avec les représentants syndicaux et sur ses orientations.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, attend sous peu un signe des ministres Lebel et Dubé. «Il faut colmater l’hémorragie. Donner de l’espoir aux employés». Les beaux discours doivent faire place à l’action et aux solutions durables. 

Impossible, selon elle, d’attendre un dénouement en décembre. «Le personnel ne tiendra pas le coup».

Impossible aussi de miser uniquement sur les préposés aux bénéficiaires pour régler les maux du système de santé. «Ça prend une équipe complète de soins». Les conditions de travail des infirmières, des infirmières auxiliaires, des inhalothérapeutes ont besoin d’un rehaussement.

Mme Bédard signale que la partie patronale a posé beaucoup de questions sur les ratios infirmière/patients que la FIQ réclame pour assurer la qualité et la sécurité des soins. La dirigeante syndicale interprète cela positivement. 

Si le gouvernement a été capable de lancer une campagne de recrutement et de formation de 10 000 préposés aux bénéficiaires, elle estime qu’il peut déployer un plan ambitieux pour les infirmières.

À la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la présidente Sonia Éthier soutient que le gouvernement aurait intérêt à faire avancer les négociations au lieu de faire des campagnes de publicité.

«Le gouvernement ne prend pas la pleine mesure de l’impact de la non-amélioration des conditions de travail et de salaires». Mme Éthier rappelle que les absences pour cause de maladies ou blessures pèsent lourd sur le budget du Québec. Une telle dépense de 500 millions $ par an, ce sont 10 000 postes à temps plein, avance la CSQ.

Daniel Boyer, le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), signale que des primes versées à des corps d’emploi en pénurie de main-d’oeuvre viendront à nouveau à échéance le 30 septembre. Elles ont été renouvelées au printemps. Des psychologues, des préposés aux bénéficiaires et des ouvriers spécialisés touchent de telles primes.

«S’il y a encore une différence de 8 $ l’heure entre le plombier et l’électricien du secteur public et ceux qui travaillent dans la construction, la pénurie d’ouvriers spécialisés ne se résorbera pas de sitôt dans les hôpitaux et les écoles».

Personnel et expertise recherchés

Le manque de main-d’oeuvre dans les réseaux de la santé et de l’éducation ne doivent pas par ailleurs faire oublier que d’autres ministères et d’autres organismes gouvernementaux peinent à recruter et à retenir des employés.

Le ministère des Transports manque encore d’ingénieurs d’expérience. Ceux-ci sont mieux traités au privé. Le ministre François Bonnardel disait récemment rêver d’augmenter l’expertise au MTQ. La situation inquiète la Vérificatrice générale du Québec.

Revenu Québec participera pour sa part en octobre à une mission virtuelle de recrutement international afin de combler ses besoins dans le secteur des technologies de l’information où la concurrence entre les employeurs est forte.

Line Lamarre, la présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, constate aussi que les arpenteurs, les évaluateurs et les vétérinaires n’accourent pas pour pourvoir des postes au gouvernement. 

Une entente a d’ailleurs été conclue pour réussir à attirer des vétérinaires. Dès leur arrivée, ces derniers ont droit au salaire prévu au milieu de l’échelle salariale. 

Mme Lamarre observe aussi que les organismes publics se cannibalisent. Les municipalités, les universités et le gouvernement fédéral paient mieux leurs employés que le gouvernement du Québec.

La présidente Sonia Lebel doit composer avec cette réalité et convenir de solutions avec les différents syndicats. 

Dans un autre dossier piloté par son prédécesseur avant la pandémie, le très contesté projet de loi 61 sur la relance économique du Québec, Mme Lebel  a admis que certains éléments devaient être revus, notamment l’article 50. Elle présentera une nouvelle mouture du projet de loi à la reprise des travaux parlementaires. 

Souhaitons aussi que Sonia Lebel donne un nouveau souffle aux négociations avec les représentants des employés de l’État.