Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Sans augmenter de façon substantielle le budget du ministère de l’Éducation, Québec vient d’ajouter 560 000 heures de services directs aux élèves des écoles primaires et secondaires.
Sans augmenter de façon substantielle le budget du ministère de l’Éducation, Québec vient d’ajouter 560 000 heures de services directs aux élèves des écoles primaires et secondaires.

Rattrapage scolaire: trop beau pour être vrai?

CHRONIQUE / Sans augmenter de façon substantielle le budget du ministère de l’Éducation, Québec vient d’ajouter 560 000 heures de services directs aux élèves des écoles primaires et secondaires. Simplement en reconduisant sans condition pour les deux prochaines années les budgets associés aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Moins de bureaucratie, plus de services. Trop beau pour être vrai?

Au lieu de passer des heures et les premiers mois de l’année scolaire à valider les codes administratifs qui permettent aux centres de services scolaires- les anciennes commissions scolaires- d’obtenir le financement du ministère de l’Éducation, les psychologues, les orthophonistes et autres professionnels des écoles évalueront les élèves en difficulté et fourniront du soutien à ceux-ci et à leur enseignant. Les services directs avant la paperasse.

Président de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, Paul-André Gallant ignore comment le ministre arrive au chiffre de 560 000 heures.

Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec, est aussi étonné du nombre imposant d’heures avancé par le ministre.

Les deux hommes se réjouissent toutefois que Québec accepte de simplifier le processus de financement pour accélérer l’accès aux services.

Paul-André Gallant rapporte en entrevue téléphonique que certains de ses membres pouvaient passer de 10 à 50 % de leur temps à valider des codes pour le financement plutôt que d’être aux services des élèves et du personnel scolaire. Et ce, parfois jusqu’en novembre.

Qui plus est, le même scénario se répète année après année. Comme si le profil d’un élève autiste ou en difficulté peut changer du tout au tout en quelques mois.

Cette façon de faire n’est pas dans l’intérêt des élèves. «Votre enfant code pas mais il coule son année».

M. Gallant juge bien sûr nécessaire une reddition de comptes. Les fonds publics destinés aux élèves handicapés ou en difficulté doivent servir à cette fin. Comme d’autres, il souhaite cependant que cette reddition soit mieux adaptée et plus efficace.

Jacques Landry doute aussi d’une reddition de comptes qui accapare autant de ressources et qui entraîne une liste d’attente pour les enfants qui ont besoin d’aide.

Le ministre de l’Éducation se donne deux ans pour apporter des changements. Il assure qu’il n’est pas question de revenir en arrière.

Dans l’opposition, le député Roberge décrivait la reddition de comptes du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur comme une «procédure monstrueuse et tentaculaire». Comme ministre, il a maintenant l’occasion de corriger les choses.

Sous le gouvernement libéral, le ministre Sébastien Proulx avait allégé la procédure en procédant par échantillonnage. Moins de travail pour le ministère, mais non pour les commissions scolaires qui continuaient de faire tout le boulot, signalent M. Gallant et M. Landry.

La pandémie force la main du gouvernement caquiste, diront certains. Des élèves ont assez pris du retard scolaire au cours des derniers mois sans que des contraintes administratives retardent indûment l’accès à des services professionnels et spécialisés.

Pandémie ou non, il demeure aberrant et inacceptable qu’une part importante du temps des professionnels, souvent trop peu nombreux dans les écoles, soit grugée par la bureaucratie et pour remplir des formulaires.

Les fameux codes de difficulté liés au financement permettent bien sûr au gouvernement de contrôler le robinet. Pas de code, pas de financement.

«Des enfants souffrent», déplore M. Gallant qui rappelle le fort taux d’analphabétisme fonctionnel et de décrochage au Québec. Le président de l’ordre professionnel est convaincu que le gouvernement sauverait de l’argent si des services professionnels étaient accordés plus tôt aux élèves.

Certes, l’allégement bureaucratique du ministre Roberge permettra de mieux répondre aux besoins des jeunes élèves handicapés ou en difficulté. Ceux-ci sont cependant de plus en plus nombreux et la crise sanitaire des derniers mois qui a privé les écoliers d’enseignement et de services professionnels a probablement accentué les difficultés de plusieurs.

L’assouplissement bureaucratique n’est pas une panacée. Il faudra plus pour attirer les professionnels du privé vers le secteur public.