Brigitte Breton
Agronome spécialisé en horticulture ornementale et ex-dirigeant du Jardin botanique de Montréal, René Pronovost a planté plus de 300 rosiers sur sa propriété de l’île d’Orléans. L’objectif : développer un produit de niche, soit la confiture de cynorhodons.
Agronome spécialisé en horticulture ornementale et ex-dirigeant du Jardin botanique de Montréal, René Pronovost a planté plus de 300 rosiers sur sa propriété de l’île d’Orléans. L’objectif : développer un produit de niche, soit la confiture de cynorhodons.

Plus de 300 rosiers pour de la confiture

CHRONIQUE / Trois cent vingt-cinq. C’est le nombre de rosiers plantés ce printemps par René Pronovost sur sa propriété de Sainte-Famille, à l’île d’Orléans. Non, ce n’est pas une forme aiguë de fièvre du jardinage attribuable à la pandémie et au confinement. Plutôt un retour aux sources et le désir de développer un produit de niche : la confiture de cynorhodons, le faux fruit des rosiers.

René Pronovost est agronome spécialisé en horticulture ornementale. Maintenant à la retraite, il a dirigé de 2015 à 2019 le Jardin botanique de Montréal où il était auparavant chef de la division horticulture et collections. Il a également travaillé une vingtaine d’années à la Ville de Québec, notamment au projet de renaturalisation de la rivière Saint-Charles. 

Le retraité sexagénaire rencontré en début de semaine ne vient donc pas de s’improviser jardinier. Il est en terrain connu. 

Ce qui peut paraître un projet ambitieux — la plantation de plus de 300 rosiers — devient «presque» un projet modeste en comparaison de ses activités professionnelles passées. 

Même s’il est l’auteur de J’aime les rosiers, un petit ouvrage paru en 1987 dans la collection Pouce vert des Éditions de l’Homme, M. Pronovost n’a pas vu spontanément dans les rosiers la culture de niche qu’il voulait exploiter à la retraite.

«Les fraises, les bleuets et les framboises, cela ne me tentait pas. Je cherchais une culture de niche. J’ai d’abord pensé au safran». 

René Pronovost 

En poussant ses recherches, il a réalisé que la culture du safran était risquée dans les conditions climatiques du Québec. «On conseille de faire sa production sous tunnel». 

Une solution qui n’était pas envisageable, car incompatible avec son environnement. M. Pronovost et son conjoint, Denis Lavallée, habitent une maison classée monument historique, la maison Morisset, nommée aussi La Brimbale. 

Vous imaginez des toiles et des tunnels derrière une maison de ferme construite vers 1678 lors du régime seigneurial de la Nouvelle-France? Impensable pour le couple. L’idée de cultiver le safran a donc été abandonnée.

La griotte alors? «J’imaginais les cerisiers en fleurs devant la maison». 

Le tableau aurait sûrement séduit aussi ceux qui circulent sur le chemin Royal. Des cerisiers en fleurs — ou chargés de fruits rouges — le fleuve, la Côte-de-Beaupré, les montagnes au loin. De toute beauté.

Mais, le griottier est un arbre fruitier sensible aux maladies. «On peut être envahi et perdre tous les arbres». M. Pronovost s’en tiendra donc à trois-quatre griottiers. Pas plus.

Les rosiers par contre vont se multiplier sur la propriété. À l’avant de la Brimbale, quelques rosiers ornementaux et leur délicat parfum. À l’arrière, sur le terrain auparavant en friche, des espèces résistantes produiront les fruits de rosiers recherchés. 

Dans un espace de 200 mètres carrés, l’agronome diplômé de l’Université Laval qui a poursuivi sa formation en Europe a planté et alterné rosiers rugueux blancs, églantiers et rosiers rugueux roses, puis quelques rouges. «Mettre en terre plus de 300 plants, ça réveille certains muscles».

M. Pronovost aurait pu aller cueillir les cynorhodons en bordure des routes où l’on retrouve des rosiers indigènes. Il préfère avoir sa matière première et son laboratoire à portée de main.

Dans deux ans, il prévoit que ses rosiers auront 2 mètres de haut et 1,5 mètre de large. Ça promet comme effet visuel et comme odeur dans la cour arrière.

Les fruits du rosier se récoltent en octobre, après le premier gel. «Cet automne, je vais m’amuser à voir ce que je peux en faire. Je vais faire des expériences». 

À l’hiver, il compte suivre un cours offert par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation afin de pouvoir éventuellement fabriquer et vendre ses produits. Confiture, beurre, gelée, thé de roses, poudre? Il poursuit ses recherches, il teste. Il signale que le fruit du rosier est riche en vitamine C.

«Les gens me demandent souvent qu’est-ce ça goûte? Un mélange d’abricot et de pomme, peut-être. Ça goûte le cynorhodon!»

Qui sait? Dans un an ou deux, son conjoint Denis, galeriste et antiquaire à Sainte-Famille, va peut-être offrir les produits de niche de René aux Québécois et aux touristes qui font le tour de l’île d’Orléans.