Brigitte Breton
Dans certaines familles, la peur du coronavirus est plus grande que celle qu’un enfant ne surmonte pas ses difficultés d’apprentissage ou qu’il double une année scolaire.
Dans certaines familles, la peur du coronavirus est plus grande que celle qu’un enfant ne surmonte pas ses difficultés d’apprentissage ou qu’il double une année scolaire.

Pas encore les vacances

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault veut s’éviter des critiques en laissant le choix aux parents de retourner ou non leurs enfants à l’école primaire. Mais est-ce vraiment dans l’intérêt des jeunes? Son message est de plus ambigu. Le retour à l’école primaire n’est pas obligatoire, mais l’obligation de fréquentation scolaire demeure, tant pour les élèves du primaire que ceux du secondaire.

Après avoir écouté le point de presse de François Legault à 13h et celui du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, à 15h30, bien des parents et des jeunes, et aussi des enseignants, devaient se poser maintes questions sur les obligations des uns et des autres.

Une seule chose était claire : ce n’est pas encore le temps des vacances ni pour les écoliers, ni pour les enseignants et ni pour les parents. 

«Réouverture graduelle des écoles et des services de garde : le mot d’ordre sera la prudence», martelait lundi Québec. Très bien. Plus de clarté sur le rôle de chacun, sur les évaluations, sur les exigences requises et sur les règles de passage d’un niveau scolaire à l’autre aurait aussi été de mise. 

Bien sûr, en période de crise sanitaire, il ne faut pas mettre en danger la santé déjà fragile de certains d’enfants ou de leurs parents, ainsi que celle des membres du personnel plus âgés ou atteints de maladies chroniques.

Mais, le jour où Québec décide de commencer le déconfinement et qu’il le fait pour les écoles primaires, il aurait pu trouver des aménagements pour les personnes à risques, et ramener les autres en classe, comme d’autres pays le font. Et ce, pour bien marquer que l’éducation c’est très important. 

L’école n’est pas seulement un lieu pour apprendre à lire, à écrire et à compter. 

L’Association des pédiatres du Québec a tenu la semaine dernière une position claire sur le déconfinement des enfants québécois en contexte de pandémie de COVID-19.  

«En l’absence du filet social que représentent les CPE et les écoles, avec la diminution des soins de première ligne, force est de constater que les dommages collatéraux d’un confinement prolongé sont déjà trop nombreux et inquiétants», soutient l’Association.

Elle indique de plus qu’avec la fermeture des établissements, des familles ont perdu un soutien essentiel pour répondre aux besoins primaires de leurs enfants.

«Privés de contacts avec l’extérieur, bon nombre d’enfants vivent sur une bombe à retardement. La réclusion imposée, 24 heures sur 24, sans emploi et sans revenus, ne peut que multiplier les risques de violence domestique. Le recours aux écrans plusieurs heures par jour est une solution de survie dans plusieurs foyers, et prive les enfants de la stimulation cognitive et sociale dont ils ont absolument besoin et à laquelle ils ont droit».

Les pédiatres s’inquiètent aussi de la santé mentale des enfants et des adolescents qui doivent composer avec l’anxiété souvent importante des adultes, en plus de vivre à répétition des journées sans repère ni routine. Les professionnels signalent de plus que tôt ou tard, il faudra que les enfants soient exposés au virus.

Lors de sa conférence de presse, le ministre Roberge a fait référence à la position des pédiatres.

Son plan risque malheureusement de faire encore des victimes collatérales.

Ce ne sont pas tous les enfants qui auront à la maison le soutien et l’accompagnement nécessaires de leurs parents pour effectuer les lectures et les travaux suggérés par leur enseignant ou celui qui prendra sa relève. Le rappel du ministre Roberge voulant que les parents doivent s’acquitter de l’obligation de fréquentation scolaire ne sera malheureusement pas suivi de tous.

L’enseignant a beau être bon, motivant, «accoter ce qui se fait en classe», le ministère a beau fournir enfin tablette, ordinateur et Internet aux enfants et de la formation aux enseignants- ça c’est une bonne nouvelle-  l’enseignement à distance comporte des limites.

Des jeunes auraient aussi tout intérêt à sortir de leur foyer toxique, mais par crainte de la COVID-19, leurs parents pourront décider de les garder à la maison. 

Dans certaines familles, la peur du coronavirus est plus grande que celle qu’un enfant ne surmonte pas ses difficultés d’apprentissage ou qu’il double une année scolaire.

Or, le premier ministre Legault motive notamment le retour en classe dans les écoles primaires du fait qu’il ne veut pas que des jeunes en difficultés d’apprentissage restent six mois sans être allés à l’école. 

Il reste deux semaines avant la réouverture des écoles primaires. Ça donne le temps d’ajuster le tir et de bien préciser que l’éducation ce n’est pas facultatif.