Une manifestation de gilets jaunes français qui s’est tenue à Lyon, samedi dernier. Le mouvement en était à sa neuvième fin de semaine de protestation antigouvernementale.

Pas de raison de virer jaune

CHRONIQUE / Il manque des motifs d’indignation pour que le Québec vire jaune à son tour.

Dimanche, les cousins québécois des gilets jaunes français n’étaient qu’une quinzaine à manifester à Victoriaville, rapportait lundi La Presse.

«On sera de plus en plus nombreux jusqu’à ce que le Canada vire jaune au complet», a indiqué un participant. Vraiment?

L’optimisme et l’exaspération de l’homme paraissent exagérés.

Le temps froid ne peut expliquer à lui seul le nombre limité de protestataires et le peu d’engouement des Québécois à suivre le mouvement Gilets Jaunes Québec.

En France, le mouvement des gilets jaunes a forcé le président Emmanuel Macron à lancer un grand débat national sur la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, et enfin la démocratie et la citoyenneté où figure l’immigration.

Se peut-il que les Québécois ne descendent pas dans les rues parce qu’ils estiment — du moins à ce moment-ci — qu’ils n’ont pas de raison de râler et d’exprimer collectivement leur ras-le-bol?

Ici, l’économie roule bien, le taux de chômage est très bas. Il y a bien sûr des inquiétudes et des visions opposées, notamment sur l’immigration, sur l’environnement. Des insatisfactions s’expriment aussi sur l’accessibilité aux services de santé et aux services professionnels dans les écoles. Certains estiment qu’ils paient trop d’impôt pour trop peu de services. D’autres sont tannés de payer pour des services qu’ils n’utilisent pas.

Les Québécois espèrent une embellie. Ils ont mis les deux vieux partis à la porte le 1er octobre dernier. 

Ils attendent de voir si François Legault et la Coalition avenir Québec vont livrer la marchandise et rester fidèles à la classe moyenne et au «monde ordinaire».

Les caquistes n’ont pas posé dans leurs 100 premiers jours au pouvoir des gestes qui pourraient laisser croire aux citoyens qu’ils ne tiendront pas leurs promesses.

L’arrogance et la condescendance ne sont pas non plus la marque du premier ministre et des membres de son cabinet. Le ton est encore à la collaboration, à la consultation.

Les Québécois ont donc le sentiment qu’ils ont encore l’écoute du gouvernement, que celui-ci n’est pas déconnecté de ce qui se passe dans leurs foyers, dans leurs milieux de travail, dans leurs écoles, dans leurs hôpitaux, dans leurs résidences de personnes âgées. 

Ils verront dans le premier budget caquiste déposé ce printemps si le discours rassurant et compatissant de la nouvelle équipe se concrétise sur le terrain et fait une différence pour le «monde ordinaire». 

Rappelons qu’avant même l’arrivée du gouvernement Legault, le Québec a réussi à atténuer un irritant que partagent plusieurs citoyens québécois et français : le poids de la fiscalité. 

La Chaire en fiscalité et en finances publiques indique, dans son édition 2019 du Bilan de la fiscalité au Québec, que la pression fiscale est en diminution depuis 2015 et que «la comparaison avec les autres provinces montre que la tendance d’un écart grandissant s’inverse depuis peu».

Au Québec, le poids de la fiscalité représentait 37,3 % du PIB en 2017, comparativement à 46,2 % en France.

Bien sûr, la charge fiscale demeure importante au Québec. C’est un côté de la médaille. De l’autre, la Chaire note que les inégalités de revenus sont plus faibles ici qu’au Canada dans son ensemble depuis 1976, et ce, sous l’effet des interventions gouvernementales.

Des fonds publics tirés des taxes et des impôts sont nécessaires pour que l’État intervienne ainsi. On n’a rien pour rien. 

La Chaire signale que près de 72 % des contribuables déclaraient un revenu total sous la barre des 50 000 $ en 2015.

En décembre, François Legault soutenait que pour éviter ce qui se passe en France, le Québec doit continuer de réduire le fardeau fiscal. 

Il faudra beaucoup d’emplois payants, beaucoup de gains de productivité et une activité économique forte et soutenue pour y parvenir sans sacrifier des services publics. Bonne chance.