L’idéal du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, s’accompagnerait évidemment d’une facture plus salée pour l’État, mais cela permettrait d’offrir plus de services aux tout-petits qui ont des besoins particuliers.

L’idéal du ministre de la Famille

CHRONIQUE / Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, estime que le Québec doit se doter d’un réseau de services de garde éducatifs entièrement subventionné. «Il faut tendre vers ça», explique le ministre en entrevue.

Un «idéal» qui s’accompagnerait évidemment d’une facture plus salée pour l’État, mais qui permettrait d’offrir plus de services aux tout-petits qui ont des besoins particuliers.

Une position logique et cohérente de la part d’un gouvernement qui souhaite agir tôt dans la petite enfance afin que tous les jeunes puissent exploiter leur plein potentiel et faire leur entrée à l’école avec moins de retard de développement.

Une place dans une garderie privée non subventionnée pour laquelle le parent a droit à un crédit d’impôt coûte en moyenne 5800 $, souligne le ministre. Une place subventionnée : 11 600 $.

S’assurer de la qualité des services offerts aux 0 à 5 ans et augmenter le nombre de places subventionnées a un coût, mais la prévention et le dépistage précoce s’avèrent aussi payants. Le gouvernement Legault semble vouloir l’assumer.

Sous les libéraux, le nombre de places en garderies privées non subventionnées avait augmenté à vitesse grand V. Financièrement, il était devenu plus avantageux de fréquenter ce type d’établissement plutôt qu’un CPE (centre de la petite enfance) ou une garderie subventionnée.

L’économiste Pierre Fortin a déjà décrit l’approche libérale comme une «gogosse financière qui fait faire de l’argent au président du Conseil du Trésor». Il calculait en 2016 qu’en modulant les tarifs selon les revenus et en accordant un crédit d’impôt aux parents plutôt que de subventionner un CPE ou une garderie privée, le gouvernement économisait 26 $ par jour.

Le ministre des Finances a aboli la semaine dernière la «taxe famille» mise en place par les libéraux, et rétabli le tarif unique à 8,25 $ par jour pour une place dans un CPE ou une garderie privée subventionnée.

C’était la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) en campagne électorale, rappelle le ministre de la Famille.

Le gouvernement Legault n’a toutefois pas revu à la hausse le crédit d’impôt offert aux parents qui n’ont pas réussi à obtenir une place dans un CPE ou une garderie privée subventionnée, qui ont opté par choix pour une garderie privée non subventionnée ou parce que ce type de service de garde s’avérait avant la semaine dernière plus avantageux financièrement pour eux.

M. Lacombe admet qu’il ne peut rendre tous les gens heureux. Depuis jeudi, des parents crient à l’injustice, à l’iniquité car ils payeront plus que d’autres pour un service de garde, faute de place dans un milieu subventionné.

Le ministre note que le crédit d’impôt offert aux parents du Québec est le plus généreux au Canada. L’augmenter n’aurait été selon lui qu’un plaster, et ne garantissait pas aux petits un accès à plus de ressources, à de meilleurs services de garde éducatifs.

Pour rendre le système plus juste et assurer un développement «plus structurant», le ministre propose de convertir des places non subventionnées en places subventionnées. Les gouvernements précédents — péquistes et libéraux — s’opposaient à une telle conversion.

Selon M. Lacombe, c’est une façon de mettre l’enfant au cœur des décisions, de lui assurer une stabilité et une plus grande étendue de services. Parents et entrepreneurs y trouveraient également leur compte.

Le ministre veut, en collaboration avec l’Association des garderies non subventionnées en installation et la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec, lancer un projet-pilote à cette fin en 2020.

Marie-Claude Collin, présidente de la Coalition, reconnaît que tout reste à faire. Elle s’attend néanmoins à des changements dès la rentrée de septembre. Après avoir répété ses demandes à six ministres de la Famille, elle estime que c’est un bon départ avec le gouvernement de la CAQ. Qualité et équité doivent guider le processus de conversion, selon Mme Collin.

Quels seront les critères pour déterminer quelle garderie sera convertie, combien changeront de statut et où? M. Lacombe ne pouvait s’avancer mardi sur un nombre ni confirmer celui de 3000 places suggéré dans un article de La Presse.

Il précise par ailleurs qu’il ne met pas le développement des centres de la petite enfance sur pause. CPE et garderies privées subventionnées peuvent selon lui se développer côte à côte avec le même ratio éducatrice/enfants, le même programme éducatif, les mêmes mesures de qualité, de santé et de sécurité.

L’idéal du ministre ne pouvant se réaliser rapidement, des parents déploreront de ne pas avoir une place à tarif réduit. Mathieu Lacombe est conscient de marcher sur des œufs et se dit sensible à leur situation.

Ce sont toutefois des familles à revenus plus élevés qui devront payer un peu plus pour la garde de leurs enfants.