Lorsqu’il s’agit d’alcool, le gouvernement caquiste s’accommode du rythme d’Ottawa. Il fait confiance aux Québécois pour consommer de façon responsable.

L’alcool, ce n’est pas banal non plus

CHRONIQUE / La consommation d’alcool a beau faire plus de ravages que le cannabis, le tabac ou les opioïdes, jusqu’à maintenant, elle ne préoccupe pas outre mesure le gouvernement Legault. Ses effets sur la santé et les problèmes sociaux qu’elle entraîne ne sont pourtant pas «banals», pour emprunter un adjectif cher au ministre Lionel Carmant.

Quand il s’agit du cannabis, le gouvernement caquiste ne recule devant rien pour signifier que même si le produit est maintenant légal, celui-ci n’est pas sans risque. 

Il place le Québec au sommet des provinces les plus sévères au Canada en fixant à 21 ans, plutôt qu’à 18 ou 19 ans, l’âge légal de la consommation.

Il s’assure dans une loi qu’aucune succursale de la Société québécoise du cannabis ne s’installera près des cégeps et des universités.

Qu’importe si sa loi force les 18-21 ans à s’approvisionner sur le marché noir plutôt que dans une succursale du cannabis où la qualité des produits est contrôlée.

Qu’importe que des décennies de prohibition n’aient pas freiné la consommation de cannabis chez les jeunes.

Qu’importe les arguments et les études d’experts, notamment ceux de la santé publique, remettant sérieusement en question le fondement de l’approche retenue par le ministre Carmant.

Par contre, lorsqu’il s’agit d’alcool, le gouvernement s’accommode du rythme d’Ottawa . Il fait confiance aux Québécois pour consommer de façon responsable. Il ne s’inquiète pas des pratiques de la Société des alcools du Québec (SAQ).

La semaine dernière, à la suite du rapport du coroner Martin Larocque sur la mort d’Athéna Gervais, cette adolescente de 14 ans qui avait consommé l’équivalent de 12 verres de vin en buvant des boissons sucrées alcoolisées, Éduc’alcool a rappelé que le gouvernement du Québec avait un rôle à jouer dans ce dossier et non seulement celui d’Ottawa. 

Dans la cour du Québec

La législation sur le prix minimum, celle sur le lieu de vente et celle sur la publicité et la promotion sont toutes dans la cour du Québec, indique l’organisme. 

Le prix influence la consommation, surtout chez les jeunes. Éduc’alcool rapporte que des recherches scientifiques fixe à 1,70 $ le prix minimum raisonnable pour un verre standard. Une canette du genre de Four Loko ou de FCKD UP devrait donc se vendre 6,40 $ et non deux fois moins. Éduc’alcool signale que le gouvernement du Québec n’a toujours pas agi sur ce plan. 

L’Association des brasseurs du Québec est aussi en attente sur la révision des paramètres du prix minimum de l’alcool. Elle voudrait aussi que la SAQ soit soumise aux mêmes lois et règlements que le réseau de commercialisation privé.

La ministre Geneviève Guilbault a affirmé jeudi à l’Assemblée nationale que les recommandations du coroner Larocque s’adressent entièrement au gouvernement fédéral.

Elle signale néanmoins qu’un comité mis en place par la Régie des alcools, des courses et des jeux doit soumettre sous peu à Québec des recommandations pour resserrer l’accès et l’attractivité des boissons alcoolisées sucrées. On verra si son gouvernement sera prompt à apporter des changements.

Par ailleurs, un article de La Presse canadienne nous apprenait en fin de semaine que depuis l’implantation du programme de récompense Inspire à la SAQ, les acheteurs avaient reçu gratuitement depuis 2015 l’équivalent de 128 millions $ d’alcool, dont seulement pour 2018, 41 millions $ de vins et de spiritueux.

Les «récompenses» sont bienvenues, diront certains. Mais, selon le Dr Réal Morin de l’Institut national de santé publique du Québec, cette pratique de la SAQ n’est pas compatible avec des intérêts de santé publique. «[…] C’est considérer que l’alcool est un produit ordinaire, ce qu’il n’est pas, mais clairement pas», a-t-il expliqué à La Presse canadienne.

La ministre de la Santé ne semble pas inquiète. «Nous faisons confiance aux Québécois pour consommer de façon responsable». 

Quand la consommation d’un produit a des effets importants sur la santé des individus, des impacts et des coûts pour l’ensemble de la société, une telle réponse déçoit. Le gouvernement caquiste devrait parfois s’intéresser aux avis provenant de la santé publique.