Brigitte Breton
La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a indiqué vendredi que son plan en santé mentale était prêt.
La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a indiqué vendredi que son plan en santé mentale était prêt.

La santé mentale après la COVID-19

CHRONIQUE / Préserver la santé mentale de la population est l’un des arguments utilisés pour justifier le déconfinement. Québec a cependant le défi de fournir rapidement soins et services en santé mentale aux citoyens et aux soignants qui ont vécu des situations difficiles et traumatisantes durant la pandémie.

Il a été dit maintes fois que les CHSLD (centre d’hébergement et de soins de longue durée) ont été l’angle mort de Québec durant la présente crise sanitaire. 

Avant la pandémie, un autre parent pauvre était la santé mentale. 

Ce secteur ne jouissait pas toujours de l’attention du ministère et de ressources humaines et financières suffisantes pour répondre à tous les besoins. 

Il faut combler cette lacune pour éviter de traîner les effets secondaires des perturbations personnelles et collectives subies au cours des dernières semaines. 

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a indiqué vendredi que son plan en santé mentale était prêt. Tant mieux. Il est attendu et sera utile. 

Même si la fameuse courbe des cas de COVID-19 s’aplatit et que diverses réouvertures sont prévues en mai, la vie et les activités ne reprendront pas normalement et sans difficulté pour tous les Québécois.

Certains ont eu besoin d’aide psychosociale et de soins en santé mentale avant et durant la période de confinement.

Certains d’entre eux, mais aussi d’autres, en auront besoin après, à court et à long terme.

Confrontées de loin ou de près à la COVID-19, des personnes vivront de la détresse, du stress et de l’angoisse, et souffriront de dépression ou de choc post-traumatique.

Dès le début de la pandémie, le ministère a fait des mises en garde et invité la population à consulter. «La santé mentale  est aussi importante que la santé physique. Je veux dire aux Québécois : il n’y a pas de gêne à consulter», déclarait dès mars le premier ministre François Legault. 

Une nouvelle publicité rappelle de plus de ne pas rester enfermé dans son mal-être.  

Pour le personnel du réseau, le ministère a bonifié les programmes d’aide aux employés et des établissements ont prévu des mesures particulières. 

Un programme spécial pour venir en aide aux personnes endeuillées durant la pandémie vient également d’être lancé par Québec.

C’est à souhaiter que le plan de la ministre McCann soit bien financé et ratisse large car la pandémie de COVID-19 exige des efforts supplémentaires. Une pression sur les services psychosociaux est à prévoir.

À la demande du ministère, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) a produit récemment un document dans lequel il indique les services sociaux et de santé mentale à maintenir, à remettre en place ou à déployer auprès de la population générale lors de la phase de rétablissement de la pandémie. 

L’Institut souligne que ce ne sont pas seulement les personnes qui utilisaient déjà les services avant la pandémie qui sont à risque après.

Les enfants, les personnes âgées isolées et sans le soutien de leurs proches, les personnes qui présentaient des difficultés sociales, émotionnelles ou psychologiques préexistantes, les individus atteints par le coronavirus et leur famille sont à surveiller.

L’Institut ajoute à ceux-ci les migrants et les personnes qui ne maîtrisent pas le français ou l’anglais, ainsi que les peuples et les communautés autochtones. Les personnes endeuillées durant la crise sanitaire figurent aussi dans la liste.

Le personnel de la santé et des services sociaux, de même que ceux d’autres professions sollicitées lors de situation d’urgence, sont également dans la mire, car ils ont pu être confrontés à des situations potentiellement traumatiques.

Le défi du réseau et des groupes communautaires sera de repérer et de joindre ces personnes qui ne vont pas spontanément chercher de l’aide même si elles en ont besoin, et de leur donner les soins et les services appropriés.

L’Institut relève qu’à la suite d’une pandémie, «un nombre restreint, mais non négligeable de personnes présenteront des difficultés psychosociales plus intenses, dont des symptômes de stress post-traumatique, qui nécessiteront une intervention psychosociale ou psychologique de plus haute intensité que celle offerte par les services sociaux généraux».

Le Québec n’était pas totalement prêt à faire face à la COVID-19, et ce, même si des experts avaient suggéré dès 2006 la marche à suivre en cas de pandémie. 

Les séquelles risquent donc d’être plus importantes, étant donné les situations stressantes, voire tragiques et inhumaines, vécues par certains dans le cadre de leur travail ou dans leur vie personnelle. Raison de plus pour ne pas négliger la santé mentale après la crise.