Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Certains habitants de l’île d’Orléans ne prisent pas que des gens de Québec débarquent sur l’île pour prendre l’air, changer de décor et prendre une photo. Avec l’été, ils risquent d’être encore plus nombreux à traverser le pont et de venir plus loin que de la capitale. Qui sait, peut-être de la région de Montréal, épicentre de la pandémie.
Certains habitants de l’île d’Orléans ne prisent pas que des gens de Québec débarquent sur l’île pour prendre l’air, changer de décor et prendre une photo. Avec l’été, ils risquent d’être encore plus nombreux à traverser le pont et de venir plus loin que de la capitale. Qui sait, peut-être de la région de Montréal, épicentre de la pandémie.

La peur des touristes

CHRONIQUE / Antiquaire et galeriste à Sainte-Famille, Denis Lavallée souhaite que l’île d’Orléans s’ouvre avec coeur et sans peur aux touristes et aux vacanciers. «Il faut éviter de tomber dans la paranoïa».

Malgré le coronavirus, avec le retour du beau temps, les Québécois pensent escapades et vacances. Or, dans certaines régions du Québec, des citoyens se montrent un peu moins accueillants qu’avant. Ils sont réticents à partager leur coin de pays et de paradis.

Avant, ils pouvaient se sentir envahis par les touristes. Aujourd’hui, certains se sentent carrément menacés. Ils préconisent une quarantaine pour ceux qui reviennent à leur chalet ou leur résidence secondaire. Ils craignent pour leur santé, voire leur vie. 

Denis Lavallée observe depuis quelques semaines cette réaction à l’île d’Orléans. 

Certains habitants ne prisent pas que des gens de Québec débarquent sur l’île pour prendre l’air, changer de décor et prendre une photo.

Avec l’été, ils risquent d’être encore plus nombreux à traverser le pont et de venir plus loin que de la capitale. Qui sait, peut-être de la région de Montréal, épicentre de la pandémie.

Dans un courriel, M. Lavallée disait récemment qu’il espérait que l’île d’Orléans demeure ouverte et accueillante pour les Montréalais. Que la solidarité l’emporte sur la peur. 

«Il y aura un été touristique au Québec», a affirmé la ministre du Tourisme, Caroline Proulx. 

Mais dans quelle ambiance? Le déconfinement et la levée des barrages routiers ne font pas l’affaire de tous. Le virus rôde, et forcément, la peur aussi.

Or, ceux qui voudront bouder les «touristes» de la grande région de Montréal auront fort à faire. Selon l’Alliance de l’industrie touristique du Québec, celle-ci fournit entre 50 et 60 % du volume touristique de plusieurs régions. 

Voyant un clivage se dessiner entre Montréal et les régions, la présidente par intérim de l’Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy, a jugé pertinent la semaine dernière de faire adopter une politique de solidarité par le conseil d’administration de l’organisation. 

«Les régions ne sont pas dos à dos, elles sont coude à coude, unies et interdépendantes sur tous les plans. C’est ensemble que nous reviendrons à la normale», soutient Mme Roy.

L’interdépendance régionale est notamment nécessaire cette année pour sauver, autant que faire se peut, la saison touristique.

Faute de pouvoir partir en Europe, en Asie, en Amérique latine et même aux États-Unis puisque la frontière est fermée jusqu’au 21 juin et que le premier ministre François Legault voudrait bien qu’elle le reste aussi en juillet, les Québécois vont-ils choisir de se déplacer à travers le Québec -s’ils peuvent bien sûr s’y loger, s’y restaurer, s’y distraire- et compenser ainsi l’absence des touristes étrangers? 

Si les infrastructures d’accueil sont disponibles, encore faut-il que les touristes québécois se sentent bienvenus.

L’UMQ a beau prôner la solidarité et le coude à coude, des élus se retrouvent pour leur part pris en sandwich entre des citoyens craintifs qui ne veulent pas que la COVID-19 débarque chez eux et embourbe leur hôpital, et d’autres qui désirent que l’industrie touristique tourne cet été au profit de l’économie locale.

Pas à pas, en déconfinant graduellement, en suivant les consignes de la santé publique et en faisant de la pédagogie, l’UMQ croit que les intérêts de chacun peuvent être conciliés.

La devise de l’île d’Orléans est «J’accueille et je nourris», rappelle de son côté Denis Lavallée qui habite la maison Morisset (1678), aussi appelée La Brimbale. 

Il a rouvert les portes de sa boutique le 4 mai et affiché une pancarte de bienvenue. «Je ne suis pas dans l’essentiel. Plutôt dans les produits de luxe ou agréables». Il dit s’être inspiré des bonnes expériences de magasinage vécues depuis le début de la crise pour établir les règles qui s’appliquent chez lui.

M. Lavallée est confiant. Il croit que les commerçants sont capables de respecter des consignes de distanciation et d’hygiène, d’accueillir les visiteurs avec sourire, bonne humeur, et d’avoir ainsi une bonne saison touristique malgré tout.

Si les visiteurs se montrent eux aussi respectueux et responsables, ça peut en effet bien aller.