Il est essentiel que les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur s’assurent que la formation des infirmières et des infirmiers soit bien arrimée aux divers besoins des établissements de santé, sur tout le territoire.

Formation des infirmières: le jour de la marmotte

CHRONIQUE / La formation collégiale demeure une bonne porte d’entrée pour la profession infirmière, estime la ministre de la Santé et des Services sociaux. Danielle McCann est néanmoins ouverte à réfléchir à la demande de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) qui souhaite que le baccalauréat devienne obligatoire pour accéder à la profession. Il y a cependant plus de cinq ans que son ministère et celui de l’Enseignement supérieur réfléchissent à la question.

Les infirmières jouent un rôle clef dans notre système de santé. Il est essentiel que les deux ministères s’assurent que la formation des infirmières et des infirmiers soit bien arrimée aux divers besoins des établissements de santé (hôpitaux, centre hospitalier universitaire, centres d’hébergement et de soins de longue durée, cliniques, soins à domicile), sur tout le territoire.

La tâche paraît toutefois laborieuse. Diplôme d’études collégiales (DEC) ou baccalauréat (BAC) comme norme d’entrée minimale à la profession? Le débat ressurgit périodiquement.

Je vous indiquais récemment que dans sa planification stratégique 2020-2023, l’OIIQ revenait à la charge avec la formation, un dossier qu’il porte depuis 40 ans. 

En entrevue, le président de l’ordre, Luc Mathieu, a expliqué que la situation était intenable. «Les examens de l’ordre sont établis sur les connaissances acquises au niveau collégial alors que le niveau de compétences exigées aujourd’hui et dans l’avenir dans les milieux de travail est beaucoup plus grand.»

La Fédération des cégeps trouve que cette orientation revient comme «une obsession», comme le jour de la marmotte. La Fédération de la santé du Québec et la Fédération des enseignantes et enseignants du Québec (CSQ), parlent d’une proposition «récurrente» de l’OIIQ, d’une «vieille solution à un problème qui n’existe pas... et n’a jamais existé! Pire encore, cette orientation sème injustement le doute quant à la qualité des soins que reçoit la population».

À la CSN, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec demande à l’OIIQ de «prendre acte une fois pour toutes» que le «cégep est un trait distinctif de la nation québécoise et la formation qu’il offre en soins infirmiers en est un élément phare toujours pertinent».

Des positions aussi opposées expliquent la prudence, certains diront le surplace, dont font preuve les ministres et les ministères depuis des décennies.

Le président de l’OIIQ a signalé en entrevue qu’il n’avait pas encore vu la couleur d’une étude prospective sur l’évaluation des tâches de tout le personnel infirmier — de l’auxiliaire à la bachelière — commandée en 2014.

L’ancien ministre péquiste de la Santé, Réjean Hébert, avait en effet demandé celle-ci après qu’un groupe de travail sur la formation de la relève infirmière avait conclu qu’un rehaussement était «un incontournable pour répondre aux besoins évolutifs de la population et pour améliorer la performance du système de santé québécois».

La Fédération des cégeps indique également n’avoir toujours pas un réel portrait de la situation car l’analyse sectorielle prospective n’a toujours pas été rendue publique.

Lorsqu’on demande au ministère de la Santé et des Services sociaux où sont les résultats de cette précieuse analyse, on nous indique — deux jours plus tard — que celle-ci n’est pas terminée et que les travaux sont toujours en cours avec le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. 

Certes, il y a eu deux changements de gouvernement depuis 2014. Les libéraux ont remplacé les péquistes, et les caquistes ont pris la place des libéraux en 2018. 

Mais tout de même. Il est question de la formation des infirmières, un rouage important de notre réseau de santé.

Au cabinet de la ministre McCann, son attaché de presse précise que depuis l’été 2018, le ministère de la Santé, celui de l’Enseignement supérieur et l’Office des professions traitent les demandes de rehaussement de la formation. Aucun échéancier n’est toutefois fixé. 

La Fédération des cégeps soutient que la formation collégiale doit demeurer la norme d’entrée à la profession. D’autant plus, souligne-t-elle, que le Québec a besoin de 24 000 nouvelles infirmières d’ici 2026. 

Le regroupement de cégeps, dont 46 sur 48 offrent le programme en soins infirmiers, indique de plus que ce n’est pas le rôle d’un ordre professionnel de déterminer le niveau de formation nécessaire pour répondre aux besoins de la population. 

La majorité des infirmières qui œuvrent actuellement dans les milieux de santé sont des techniciennes formées au cégep. Cinquante-sept pour cent de la relève infirmière titulaire d’un DEC poursuit cependant sa formation à l’université. Pour les autres programmes techniques, la proportion de diplômés qui poursuivent à l’université est plutôt de l’ordre de 40 %.

Besoin d’une formation plus poussée pour se sentir à l’aise dans la profession infirmière, goût tardif pour les études universitaires ou désir d’exploiter d’autres champs de la profession? Un autre élément pour enrichir la réflexion.