Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Juliette Pelletier
Juliette Pelletier

Auprès des mourants à 20 ans

CHRONIQUE / Un endroit zen, rempli d’émotions, de rires et de sourires. Un endroit magique où la vie est célébrée. Que décrivent ainsi Guillaume Lavoie et Juliette Pelletier, deux jeunes au début de la vingtaine? Les maisons de soins palliatifs où ils sont bénévoles.

Des jeunes qui font du bénévolat, ça existe. C’est fortement recommandé, voire obligatoire, dans certains programmes d’études. Des jeunes qui font du bénévolat dans les milieux de soins palliatifs et aident des personnes en fin de vie, c’est beaucoup plus rare.

L’Association québécoise de soins palliatifs (AQSP) estime qu’environ 5 % de ses bénévoles sont âgés de moins de 30 ans.

Une réalité qui n’est pas sans conséquence en temps de pandémie de COVID-19.

Au printemps, lorsque les personnes de plus de 70 ans ont été invitées à rester à leur domicile, les maisons de soins palliatifs ont perdu leur précieuse contribution. La majorité des bénévoles sont des retraités.

«Une maison qui pouvait compter sur 200 bénévoles s’est retrouvée avec une quarantaine», rapporte Manon Langevin, coordonnatrice des bénévoles à l’AQSP. Heureusement, des jeunes ont accepté de doubler et tripler leur temps de présence.

L’implication de jeunes adultes dans un centre en attire d’autres, observe Mme Langevin. Ils deviennent des modèles, ils font savoir que ce type d’engagement social est possible pour eux même s’ils débutent leur vie et que ceux qu’ils soutiennent en sont à leur dernière phase.

Les moins de 30 ans représentent aujourd’hui 20 % du personnel bénévole d’une des maisons de soins palliatifs au Québec. Une exception.

Guillaume Lavoie

Selon la présidente de l’AQSP, la Dre Louise LaFontaine, il n’est pourtant pas plus difficile de faire du bénévolat en soins palliatifs que dans un autre milieu.

Il serait aussi faux de penser que tout y est triste, sombre, larmoyant et que ces lieux sont réservés aux gens qui ont du vécu ou qui ont déjà accompagné un proche mourant.

Ce n’est pas uniquement pour élargir son champ de recrutement que l’AQSP vient de lancer dans les réseaux sociaux une campagne avec divers témoignages pour convaincre les jeunes que le bénévolat en soins palliatifs, c’est pour tous les âges.

C’est aussi parce que la diversité, en ce domaine comme dans bien d’autres, s’avère très bénéfique.

Louise LaFontaine et Manon Langevin expliquent en entrevue téléphonique que le «multigénérationnel» dans les milieux de soins palliatifs fait du bien et rapporte à tout le monde.

À la personne qui s’engage et donne de son temps. Aux malades qui ont l’âge des parents et des grands-parents des jeunes bénévoles. À l’équipe soignante. Aux autres bénévoles plus âgés.

Les jeunes en témoignent.

Juliette Pelletier, étudiante en médecine à l’Université Laval, est depuis l’été dernier bénévole à la Maison Source Bleue, à Boucherville. Elle raconte dans sa vidéo que côtoyer des personnes en fin de vie lui permet de mettre des choses en perspective, de donner un sens au quotidien.

Elle a réalisé, en partageant des moments avec des malades, que des situations qui peuvent paraître simples et banales — regarder un ruisseau, observer un oiseau — sont synonymes de grands bonheurs.

Laurie, une étudiante de 18 ans, est déjà pour sa part bien consciente de la fragilité de la vie. Son père est mort lorsqu’elle avait 13 ans. Apporter son aide dans les milieux de soins palliatifs lui rappelle que les gens ne sont ni acquis ni éternels, que les jours et les heures sont comptés.

Les tâches qui attendent les jeunes bénévoles? Aider un malade à manger, à s’habiller, à sortir du lit. Le déplacer à l’extérieur, lui tenir compagnie. Jouer avec lui s’il s’agit d’un enfant.

Les bénévoles, s’ils ont plus de 18 ans, aident les soignants à prodiguer des soins. Les services des plus jeunes sont sollicités à la cuisine, à l’entretien, à la réception.

Les bénévoles reçoivent une formation et sont aussi accompagnés d’un mentor. «Ils sont préparés à l’aspect psychologique de leurs actions, à la place des gestes et des paroles», explique la Dre LaFontaine. «On est dans la relation humaine. L’âge n’a pas d’importance.»

Elle souligne qu’en soins palliatifs, il n’y a plus de temps à perdre. On entre vite dans l’intimité des gens. «Pas de masque, pas de maquillage.»

«Les jeunes projettent des voyages humanitaires. Ils rêvent de changer le monde, de faire une différence», ajoute Manon Langevin. Les maisons de soins palliatifs leur donnent cette place, cette opportunité.

La Dre LaFontaine croit que les jeunes qui s’engagent socialement dans ce domaine porteront un autre regard sur les soins palliatifs et la fin de vie. Ils vont découvrir que ce n’est pas épouvantable, triste et lourd constamment, et que l’humain entre en relation avec les autres jusqu’à son dernier souffle.

Comme l’a écrit et chanté Félix Leclerc, c’est grand la mort, c’est plein de vie dedans.