La lutte à la pauvreté ne se limite pas aux millions de dollars annoncés dimanche par le gouvernement Couillard.

Bons pauvres, mauvais pauvres

CHRONIQUE / Il est difficile d’être contre la vertu en politique quand les gouvernements annoncent de nouvelles mesures pour aider les moins bien nantis. La réaction habituelle des partis d’opposition et des lobbies est de dire qu’on aurait dû être plus généreux ou plus attentif aux besoins des gens.

C’est ce qu’a fait Manon Massé de Québec solidaire en reprochant aux libéraux d’avoir départagé les gens entre «bons pauvres» et «mauvais pauvres». Les «bons pauvres» étant ceux qui sont inaptes à l’emploi et pour qui on sera plus généreux, et les «mauvais pauvres», ceux qui sont aptes à l’emploi et qui sont pénalisés s’ils ne s’inscrivent pas dans des mesures de retour au travail.

Ce débat a tellement fait l’objet de discussions et de controverses, dans le passé, qu’on a tendance à oublier un élément important :  les prestataires de l’aide sociale sont l’objet de beaucoup de préjugés. Tout le monde admet que les gens inaptes au travail ont besoin d’une aide financière améliorée. Mais la générosité collective est beaucoup moins grande à l’endroit des prestataires qui sont aptes au travail et qu’on accuse souvent d’abuser du système. 

La distinction entre aptes et inaptes qu’a fait le gouvernement dans son annonce de dimanche n’est donc pas une surprise. Mais si ça peut sembler facile d’amener les prestataires aptes au travail à se trouver un emploi, ce n’est pas aussi simple dans la vraie vie. C’est peut-être le député Harold Lebel du Parti québécois qui a le mieux illustré ce défi dans sa réaction de lundi. «Quand tu arrives à la pauvreté, quand tu arrives à l’aide sociale, souvent, tu as emprunté à beaucoup de monde, tu es en période de dépression, et ce n’est pas évident d’embarquer dans un parcours [de réintégration]».

Le député Lebel a raison. La personne qui bascule dans la pauvreté et qui doit faire appel à l’aide sociale vit souvent une détresse et une humiliation qui handicapent ses recherches d’emplois et sa capacité de s’en sortir seule. Elle a besoin d’un accompagnement beaucoup plus intense qu’une simple rencontre avec un fonctionnaire chargé de l’évaluer. 

L’autre point soulevé par Harold Lebel touche les disparités régionales. «Le marché du travail n’est pas la même chose en Beauce qu’en Gaspésie, ce n’est pas la même chose en Outaouais que dans le Bas-Saint-Laurent ou en Abitibi».

Bref, la lutte à la pauvreté ne se limite pas aux millions de dollars annoncés dimanche par le gouvernement Couillard. Il y aura beaucoup de travail à faire pour les parlementaires qui étudieront dans quelques mois le projet de loi annoncé par le ministre François Blais. C’est dommage que cela se fasse aussi tard, à l’approche des prochaines élections. Mais cela impose en même temps une plus grande ouverture gouvernementale aux critiques et aux suggestions qui seront formulées à l’endroit de cette politique. Québec solidaire et le Parti québécois ont offert dimanche une première réaction à cette annonce gouvernementale. On aurait aimé connaître l’opinion de la CAQ. Son absence des tribunes sur le sujet sera sans doute utilisée par Philippe Couillard qui accuse François Legault de ne pas s’intéresser à la pauvreté.

LE CARNET SANTÉ

Ainsi donc, les Québécois pourront bientôt avoir accès à leur dossier médical sur un nouveau portail baptisé Carnet santé Québec. J’imagine que c’est une bonne nouvelle, mais j’y mets un bémol : sera-t-on en mesure de protéger la confidentialité de ces dossiers? Parce que si les hackers parviennent à percer les barrières des sites les mieux protégés, imaginez ce qu’ils feront de votre dossier médical s’ils y ont accès. Le premier ministre a promis dimanche que le Carnet santé serait sécurisé. Je veux bien le croire, mais je me garde un petit doute.