Blancs comme neige, vraiment ?

CHRONIQUE / Décembre arrive, vous devez donc commencer à le sentir, non ? Pour vous aider à trouver de quoi je parle, je vous dirais que ça a le même effet, sur nos épaules, qu’une bonne bordée de neige pelotante sur les branches d’une haie de cèdres de 12 pieds : ça pèse lourd. Quoi ça ? Le poids des consignes des écolos pour nous éviter qu’on anéantisse la planète à coup de scotch tape et de rubans frisés le 24 au soir.

Un Noël zéro déchet...

Chaque année, des gens tentent d’en convaincre d’autres de suivre le mouvement. Des guerriers à qui je lève mon chapeau, soit dit en passant, car leur message, ils tentent de le faire entendre dans un moment de l’année où partout on nous rebat les oreilles avec le fameux Vendredi noir. Moi qui aimerais avoir des semaines de dix jours, je lève aussi mon chapeau très haut à ceux qui ont inventé ce phénomène. Pensez-y, ils ont réussi à transformer une journée en un long week-end, le Black Friday s’étendant maintenant du mercredi au dimanche, voire plus.

Mais quand on y pense, ce tour de force, ils n’en sont pas les seuls responsables. Les consommateurs aussi y sont pour quelque chose.

Si on ne peut plus circuler dans un Canadian Tire au lendemain de Thanksgiving, ce n’est sûrement pas à cause d’une période d’embauche massive. C’est que les clients sont au rendez-vous pour être les premiers à profiter des spéciaux sur les pelles ergonomiques. Certaines années, des commerces ont même été témoins de bagarres devant les perceuses à percussion et les batteries de cuisine 12 pièces martelées main Lagostina. D’où, j’imagine, l’expression « Vendredi fou ».

Dans cette frénésie annuelle, bonne chance à celui qui tentera maintenant de faire comprendre au monde entier qu’il serait mieux, pour le bien de la planète, qu’il ne consomme pas trop.

Mais est-ce que l’addition de tous nos efforts collectifs pèse si lourd dans la balance ? Honnêtement, je pense qu’ils ont leurs limites.

Même si on invite les gens à fabriquer leurs décos en papier mâché, à acheter la bouffe du réveillon localement, à privilégier la qualité plus que la quantité quand vient le temps de penser aux cadeaux, à remplacer le papier d’emballage par de vieux journaux — quelques grands principes de base du Noël zéro déchet —, dès le lendemain, tous vont conduire leur voiture qui roule à l’essence pour aller rendre visite à matante Rita. Plusieurs vont continuer à manger de la viande, même que certains vont prendre leur char pour se rendre à l’aéroport pour ensuite s’envoler dans le Sud pour y fêter le Nouvel An !

On n’en sort jamais et c’est comme ça tous les jours et pas mal partout sur la planète.

Personne n’est contre la vertu. Moi la première. Mais en parallèle, personne n’est 100 % conséquent.

Qu’est-ce que ça donne d’utiliser une brosse à dents en bambou si, deux fois par année, je fais un vol transocéanique émettant 1,6 tonne métrique de CO2 ?

Ça sert à quoi d’utiliser mes sacs en tissu réutilisables pour faire mon épicerie si, pour me rendre au Provigo, je prends mon auto remplie de suprême Ultra Performance ? Pourquoi se casser le pompon à organiser un Noël un peu moins étincelant, en sachant très bien que dès le 26 décembre, grande journée du Boxing Day, les centres commerciaux vont être pris d’assaut par la moitié de la population ?

Franchement, ça ne peut pas faire autre chose que de tous nous donner bonne conscience. Oui, c’est valorisant de faire mon propre compost, mais si mon voisin immédiat est du genre à arroser son asphalte l’été et à faire rouler son moteur pour rien l’hiver, jusqu’à quel point mon petit geste (que je n’arrêterai pas de poser, ceci dit) fait vraiment une différence au bout du compte ? Un geste vert est si vite annulé par un autre, même vert pâle. Et c’est comme ça à l’échelle mondiale.

Ce qu’il faut, ce sont des changements profonds. Systémiques et généralisés. Selon une étude publiée dans Environmental Research en juillet 2017, pour faire une vraie différence sur l’environnement, il faudrait, toutes nationalités confondues, manger végé, éviter de prendre l’avion, vivre sans voiture et, tenez-vous bien, avoir un enfant de moins ! Un petit Élie ou une petite Morgane génèrerait 60 tonnes métriques de CO2 par année. Imaginez maintenant quand, en plus, on doit lui offrir des cadeaux à Noël !

Je vous entends penser. Vous vous dites : « On fait quoi alors ? On arrête de recycler ? On ne composte plus ? Finie la réutilisation ? »

Non. Faites-le, mais en silence. Personne n’est blanc comme neige. Chacun fait de son mieux. Mais pour que se réalise un vrai changement pour l’environnement, je le répète, il va falloir que ça se fasse collectivement. Penser qu’on peut y arriver en bûchant chacun de notre côté, à petits pas, c’est un peu comme croire au père Noël. Pour réduire concrètement notre empreinte écologique, les grands de ce monde devront marcher dans nos traces, sinon, on n’ira pas loin.