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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Selon un sondage du Commissariat aux langues officielles, 44 % des fonctionnaires fédéraux se sentent mal à l’aise de parler français au bureau.
Selon un sondage du Commissariat aux langues officielles, 44 % des fonctionnaires fédéraux se sentent mal à l’aise de parler français au bureau.

Bilinguisme, mon oeil!

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CHRONIQUE / Ainsi, 44 % des fonctionnaires fédéraux se sentent mal à l’aise de parler français au bureau. Non, mais quelle surprise!

Blague à part, ce sondage du Commissariat aux langues officielles n’a dû surprendre personne dans la région d’Ottawa-Gatineau.

Il y a longtemps qu’on sait que ce bel idéal d’une fonction publique bilingue est loin de se confirmer dans la réalité.

Pourtant, comme dans toute région désignée bilingue, les fonctionnaires de la capitale fédérale devraient pouvoir travailler dans la langue de leur choix.

Mais dans les faits, c’est encore l’anglais qui est la langue de travail par défaut. La pression pour parler l’«autre langue officielle» est encore et toujours sur les francophones…

Je lisais quelques-unes des solutions avancées dans le sondage pour remédier à l’«insécurité» linguistique des fonctionnaires. Des solutions bien gentilles et pétries de bonnes intentions.

Ainsi, il faudrait que les directeurs encouragent les employés à s’exprimer dans les deux langues lors des réunions de travail. C’est bien beau, mais dans les faits, on sait très bien que la vaste majorité des rapports et des communications écrites se font en anglais…

Autre solution avancée: il faudrait que les francophones soient plus patients quand un collègue anglophone «s’essaye» à parler français dans une réunion (et vice-versa). Encore une fois, voilà une intention vertueuse.

Le parlement canadien à Ottawa

Dans les faits, quand tout le monde est dans le jus, quand les heures de tombée sont serrées, les fonctionnaires fédéraux vont choisir la langue qui leur permet de parer au plus pressé. L’anglais, dans la majorité des cas…

Et c’est encore plus vrai en télétravail, alors que les réunions Zoom grugent un temps précieux à tout le monde.

Voyez-vous vraiment un petit nouveau, un «junior» comme disent les fonctionnaires, s’essayer à parler français dans une réunion alors qu’il sait que son patron anglophone ne comprend pas la moitié de ses propos? Il aura peur de passer pour un fauteur de troubles. Lui aussi va parler anglais.

«Oser» parler français dans une réunion entourée d’Anglos exige une solide dose d’expérience, de confiance en soi et… de courage. «Aujourd’hui, je parle 75 % du temps en français et j’écris mon plan de performance en français même si ma patronne est unilingue anglophone. Mais à mes débuts, j’étais terrorisé de parler français», me confie un fonctionnaire… d’expérience.

Oui, il y a quelques ministères où c’est possible de fonctionner en français. Des ministres, le croirez-vous, exigent même des notes de breffage en français. Bravo. Mais dans 90 % des ministères, me dit un cadre francophone, on fonctionne en anglais. «Moi-même, comme cadre, j’aime souvent mieux parler en anglais car les anglophones ne comprennent pas aussi bien le français que les francophones comprennent l’anglais…»

Ce qui me sidère toujours, dans les publications du commissaire aux langues officielles, c’est cette façon de traiter l’anglais et le français sur un pied d’égalité. Comme si le rapport de force était égal. Alors qu’une langue est majoritaire, l’autre minoritaire. En partant, ça dénature les enjeux…

La plate réalité, c’est que les fonctionnaires anglophones n’ont pas intérêt à apprendre le français autant que les francophones ont intérêt à apprendre l’anglais. Et ça ne changera pas en misant seulement sur la bonne volonté des uns et des autres.