Après l’empathie et la solidarité manifestées au lendemain de la tragédie, il est maintenant du devoir du maire Régis Labeaume de questionner l’encadrement des armes qu’Alexandre Bissonnette a utilisées pour se livrer au carnage pour lequel il vient d’admettre sa responsabilité criminelle.

Avant de tourner la page

CHRONIQUE / La séquence inhabituelle au terme de laquelle Alexandre Bissonnette a reconnu être l’auteur du massacre commis à la Mosquée de Québec, en janvier 2017, laisse planer des doutes quant à la sincérité de ses regrets.

L’homme de 28 ans a admis avoir tué six personnes et en avoir blessé de même que terrorisé des dizaines d’autres, quelques heures seulement après avoir enregistré un plaidoyer de non-culpabilité. Ce n’est que deux jours plus tard que ses aveux ont été entendus devant le tribunal.

Au-delà des apparences, le juge devait s’assurer avant toute autre audience accessible au public que cette volte-face de l’accusé était une décision éclairée. Les balises judiciaires l’exigent et elles ont été suivies.

Ce dénouement précipité nous dispensera de l’étalage au compte-gouttes de faits toujours perturbants et souvent choquants pour les victimes et leurs proches lorsque de tels bains de sang doivent être reconstitués dans les fins détails.

« On va pouvoir tourner la page », a réagi le maire de Québec, Régis Labeaume.

Pas tout à fait d’accord.

Oui, le prononcé de la sentence sera la dernière étape du processus judiciaire, mais il ne devrait pas être le point final de ce sombre chapitre sans que l’on s’arrête à l’encadrement du permis de même qu’aux armes que le tueur a utilisées. Après avoir démontré une empathie et une solidarité exemplaires envers la communauté musulmane au lendemain de la tragédie, il est maintenant du devoir du maire de Québec de réclamer que ces informations soient révélées et analysées en toute transparence.

La meilleure façon de savoir, par exemple, si les citoyens de Québec auraient été mieux protégés par le geste de bonne conscience que le gouvernement Trudeau vient de poser en resserrant les vérifications préalables à l’émission d’un permis de possession et d’acquisition d’arme à feu est de disséquer le « cas Bissonnette ».

En commençant par son état d’esprit.

« Malgré ce qui a été dit, je ne suis ni terroriste ni islamophobe. Je suis une personne qui a été emportée par la peur, par la pensée négative et par une sorte de forme horrible de désespoir. J’avais depuis longtemps des idées suicidaires et une obsession avec la mort », a-t-il raconté à la barre avant d’exprimer son repentir.

M. Labeaume, je vous laisse mener le jeu avec votre fougue et votre insistance habituelles :

— Qui a vérifié les antécédents psychiatriques de ce jeune homme au moral fragile avant l’émission du permis avec lequel il a pu s’acheter et utiliser des armes, des armes à autorisation restreinte comme des pistolets par surcroît?

— En remontant jusqu’aux premiers jours de son adolescence, aurions-nous découvert des signes d’une détresse psychologique qu’un examen n’ayant porté que sur cinq ans n’a pas révélée?

— Il appert qu’Alexandre Bissonnette a manifesté des signes douteux au champ de tir qu’il fréquentait. Ces informations ont-elles été communiquées aux autorités telles qu’exigées? D’autres auraient-ils pu et dû sonner l’alerte durant les semaines ou les jours ayant précédé le drame?

Comme ces deux dernières questions sont de juridiction provinciale, tournons-nous rapidement vers Martin Coiteux, le parrain du registre québécois des fusils et carabines de chasse. L’expert en matière de sécurité publique, c’est lui.

De par ses fonctions ministérielles, M. Coiteux est d’ailleurs le premier répondant de la loi que l’un de ses prédécesseurs, Jacques Dupuis, a présentée et que les parlementaires québécois ont votée en 2007 à la mémoire d’Anastasia De Sousa, l’étudiante assassinée par balles au Collège Dawson.

Je vous en rappelle le préambule :

« Ce projet de loi fait obligation au personnel d’une institution d’enseignement, aux préposés à l’accès et aux chauffeurs d’un transport public ou scolaire, ainsi qu’aux responsables d’un club de tir ou d’un champ de tir de signaler aux autorités policières tout comportement d’un individu susceptible de compromettre sa sécurité ou celle d’autrui avec une arme à feu. »

Maintenant que nous avons le bon interlocuteur, poursuivons :

— Monsieur Coiteux, avez-vous demandé et reçu un rapport sur le « cas Bissonnette »?

— Prenez-vous l’engagement de dévoiler publiquement les résultats de toute démarche en ce sens?

— Après plus de dix années d’application de la loi 9, sauriez-vous nous dire combien de dénonciations préventives ont été acheminées et traitées par votre ministère?

Merci de votre contribution, Monsieur Labeaume, elle fera une énorme différence. En matière d’armes à feu, vos questions seront perçues comme étant plus crédibles et plus objectives que celles du chasseur que je suis.

Ça aidera à obtenir les réponses qui manquent avant de pouvoir tourner la page sereinement, et de manière responsable.