Au lieu de croire qu’une centaine de chambres pourraient faire une énorme différence dans la demande au Centre de foires de Sherbrooke, vaudrait mieux trouver des fonds pour mettre notre centre des congrès à la page des nouvelles technologies.

Avancer à reculons

CHRONIQUE / Un centre de foires tout nu dans un champ, sans hébergement, avec une cantine pour seul service de restauration, on ne fera pas un Las Vegas avec ça, entendait-on déjà au moment du choix du site en 2009.

Pas grave!

Une majorité d’élus municipaux, la plupart des hôteliers, nombre de restaurateurs, la Chambre de commerce, bref presque tous les acteurs économiques sherbrookois s’étaient tout de même ralliés au choix du plateau Saint-Joseph avec la conviction qu’un déplacement de quelques minutes vers le parc hôtelier, par le réseau autoroutier ou les grands boulevards, n’indisposerait ni les visiteurs ni les exposants.

Bien que cette prétention n’ait pas encore été contredite, le nouveau maire Steve Lussier se montre plus réceptif que son prédécesseur à l’arrivée d’un hôtel au plateau Saint-Joseph. En coulisses, on rapporte que ce besoin s’est révélé à l’expérience des huit premières années d’exploitation et des remarques de promoteurs d’événements.

Sur le plan de l’utilité, il ne fait aucun doute qu’un hôtel serait une valeur ajoutée. Le rapport 2017 de Destination Sherbrooke, dévoilé le mois dernier, n’en démontre cependant pas l’urgence, ni même la nécessité.

Les hausses du nombre d’activités, du taux d’occupation et des espaces loués au cours de la dernière année ont été présentées comme des éléments positifs. C’est vrai.

D’autre part, il n’y a aucun décompte des nuitées associées à cet équipement municipal et la précision que « 14 % des visiteurs recensés en 2017 venaient d’un rayon de plus de 40 km » pondère davantage le besoin d’un hôtel sur le site qu’elle ne vient l’appuyer.

« Nous avons été informés que des développeurs avaient sondé le terrain à la mairie, mais nous n’avons reçu aucune proposition en ce sens. Aucune réflexion n’a encore été engagée de notre côté », précise la présidente de Destination Sherbrooke, Annie Godbout.

Sont-ce tout de même les premiers signes de remords, le début d’une admission que dans leur empressement à devancer Drummondville, les Sherbrookois ont possiblement effectué un mauvais choix?

« Les hôteliers n’ont jamais été convaincus que le plateau Saint-Joseph était la meilleure place où aller, mais des deux sites proposés par la Ville, il était le plus avantageux. Cela dit, ce serait causer un préjudice aux hôteliers existants que d’allouer aujourd’hui 75 ou 100 chambres à un nouveau joueur qui s’installerait sur le plateau. Ces chambres seraient assurément les plus demandées. Si Sherbrooke perd des opportunités, il faut que ce soit démontré avec des listes et des chiffres. Pas seulement répandu comme une généralité », commente Réal Viens, qui présidait l’Association des hôteliers sherbrookois en 2009 et qui est aujourd’hui consultant en tourisme.

Les Sherbrookois ont la fâcheuse habitude de chercher des remèdes à l’éparpillement... en s’éparpillant davantage!

Le propriétaire du Grand Times Hotel, Jean Audet, a exprimé plus de déception que d’enthousiasme depuis son arrivée sur le bord du lac des Nations. Il ne serait sûrement pas très stimulé à offrir davantage dans le prime spot de Sherbrooke avec cette concurrence dans le décor.

Ce serait également servir une jambette au propriétaire de l’OTL Gouverneur, qui a mis une éternité et une petite fortune dans la rénovation du complexe hôtelier de la rue King Ouest ayant repris vie l’automne dernier.

Un tel projet deviendrait une source de division à grande échelle dans une ville se cherchant encore une identité touristique. Vaudrait mieux s’employer à trouver des fonds pour mettre notre centre des congrès à la page des nouvelles technologies pour ainsi encourager les propriétaires du Delta à redonner lustre et prestige à notre phare hôtelier.

L’arrivée dans le voisinage de Costco et de ses 24 pompes à essence est au moins susceptible d’être le moteur d’un « achalandage de curiosité » au centre de foires. Un hôtel n’offrirait que des « lits des commodités » aux habitués des expositions.

Il appert qu’un agrandissement du bâtiment actuel pourrait offrir d’autres débouchés et c’est dans un contexte qu’une nouvelle salle et une aire d’hébergement pourraient être superposées. Évaluer le concept n’engage à rien, mais il faudrait que les avantages soient convaincants, suffisants pour chasser à jamais le doute d’un mauvais choix avant de faire un pas de plus dans le déni.

Tant qu’à avancer à reculons, pourquoi ne pas contacter IKEA ou d’autres géants commerciaux de la déco pour leur vanter le cachet et l’abondante fenestration de notre centre de foires, pour ensuite s’employer à les convaincre... de le transformer en salles d’exposition à vocation commerciale?

Ça nous permettrait de ramasser nos billes et de voir cette fois plus loin que notre nez afin de doter Sherbrooke d’un centre de foires attrayant et vivant, qui mettrait nos atouts en valeur au cœur de la ville plutôt qu’à l’une de ses extrémités.

Sherbrooke n’a rien gagné à vouloir devancer Drummondville qui, de toute façon, l’a devancée à cause de son avantage géographique. Le mortier d’une vision moderne et durable pour les 100 prochaines années au centre-ville ou dans le pourtour du lac est bien plus porteur d’avenir que quelques murs de brique décorés au goût du jour, à côté d’un centre de foires.