L’ex-directeur général de Commerce Sherbrooke, Gilles Marcoux (à droite), était parmi les gestionnaires ayant présenté aux membres du conseil municipal au début du mois d’octobre les résultats du démarchage d’affaires et des maillages institutionnels au terme de la première année de mise en œuvre du projet Well inc.. Quelques semaines plus tard, le comité exécutif en brouille avec M. Marcoux a songé à le larguer en pleine période électorale.

Autopsie d’un départ obscur

CHRONIQUE / L’ex-directeur général de Commerce Sherbrooke, Gilles Marcoux, est rentré au travail comme d’habitude lundi et a été informé en cours de journée que ses services n’étaient plus requis. Il a été renvoyé à la maison avec un contrat valide jusqu’au 30 mars prochain, qui devra être honoré en lui versant sa pleine rémunération.

Un départ mystérieux et précipité alimentant toutes sortes de supputations, dont celles d’un abus d’autorité ou d’un geste inapproprié commandant une sanction immédiate et sans appel. À la vitesse où pleuvent les bombes artistiques et politiques dans ce rayon, difficile d’y échapper. Or, c’est la première clarification importante à apporter : rien de tel n’est en cause.

Que s’est-il donc passé pour que celui qui était chargé de la criée du développement au centre-ville depuis 1999 se fasse couper le sifflet aussi brusquement?

Des différends auraient dégénéré en relations conflictuelles, davantage dans les rapports entre l’ex-dg et des membres du conseil d’administration qu’avec son personnel. L’un des désaccords a été causé par des arrérages de congés cumulés qui n’avaient pas nécessairement été convenus et que le vérificateur général de la Ville a soulevé le printemps dernier. En demandant que sa portion lui soit payée, l’ex-dg aurait créé un froid qui a dégénéré.

Il manque trop d’information pour se poser en arbitre. Par contre, les circonstances sont tout aussi douteuses que la décision elle-même.

Au même titre que ceux de la Société de transport de Sherbrooke, de Sherbrooke Innopole ou de Destination Sherbrooke, les administrateurs de Commerce Sherbrooke ont les pleins pouvoirs de remplacer un gestionnaire de premier rang. La particularité est que Gilles Marcoux a été nommé en novembre 2016 au sein de « l’équipe agile et intégrée » que l’ex-maire Bernard Sévigny a proposée pour lancer Well inc., le projet phare de sa cabale électorale.

Le feu a pris de l’ampleur d’un mois à l’autre à Commerce Sherbrooke, raconte-t-on. Malgré cela, le président Louisda Brochu n’a pas appelé au vote pour trancher la question pendant l’été ni au début de l’automne.

Son collègue du Renouveau sherbrookois Serge Paquin, qui connaissait mieux que quiconque Gilles Marcoux pour avoir travaillé avec lui sur plusieurs dossiers comme représentant du centre-ville, n’en aurait pas manifesté le désir non plus. M. Paquin est aujourd’hui muet sur la question.

Certains administrateurs de Commerce Sherbrooke ont cru que l’abcès serait crevé lors de l’assemblée du 19 septembre, à laquelle 11 administrateurs non élus ont participé, en plus de trois délégués municipaux (la troisième étant Annie Godbout). Le procès-verbal décrit cette réunion comme une soirée de bilan, vécue dans une atmosphère détendue et positive. Le président Brochu et le vétéran Paquin vivaient leurs derniers moments autour de cette table, comme futur retraité de la politique.

Ces deux collaborateurs de Bernard Sévigny auraient donné une jambette à leur chef en glissant le tapis sous les pieds de Gilles Marcoux en plein blitz électoral. Qu’eux n’aient pas voulu le faire, je peux le comprendre, mais pourquoi pas les autres?

Le 2 octobre dernier, M. Marcoux est l’un des trois membres de l’équipe de coordination de Well inc. à avoir livré des résultats très positifs du démarchage d’affaires et des maillages institutionnels au cours de la première année de mise en œuvre de ce projet de revitalisation. Il n’a pas plané l’ombre d’un doute sur son travail ce soir-là à l’hôtel de ville.

Le ressac à l’interne aurait poussé les membres de l’exécutif de Commerce Sherbrooke à jongler avec l’idée de convoquer une assemblée spéciale pour démettre M. Marcoux de ses fonctions sans attendre le vote du 5 novembre. Un haut fonctionnaire de la Ville les en aurait dissuadés.

Le lynchage a eu lieu deux jours après l’élection, alors que le nouveau maire Steve Lussier n’avait même pas encore pris possession de son bureau. Qu’est-ce qui pressait tant?

« Je n’étais pas là, mais vous en aurez possiblement une meilleure idée en prenant connaissance du procès-verbal de cette réunion. Ce compte-rendu doit cependant être entériné par les participants avant qu’on puisse le rendre public et cela ne se fera que le mois prochain », répond le conseiller Rémi Demers, qui a hérité depuis de la présidence de Commerce Sherbrooke.

Seulement sept administrateurs non élus ont pris part au vote. Dépouillé de tout pouvoir depuis l’élection, l’ex-président Brochu a assisté à la réunion avec le statut d’invité.

Ne trouvez-vous pas cette façon de faire bizarre, assez obscure même?

« Je n’ai pas formellement émis d’avis, mais j’ai été préalablement informé de la décision qui s’en venait et je n’ai aucune raison de douter du jugement des gens qui l’ont prise », cautionne pour le moment le maire Lussier.

Alors, ça veut dire qu’outre la correspondance de la Commission municipale du Québec, le courage d’administrateurs se réclamant libres d’esprit et détachés de toute influence politique ne s’est pas rendu à destination avant l’élection.

Si le problème est aussi gros qu’on le prétend aujourd’hui, évidemment...