Une consultation à laquelle près de 14 000 chasseurs ont participé démontre l’intérêt croissant pour le cheptel de chevreuils de l’Estrie et donnera du poids aux représentations de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, se réjouit le président de sa section régionale, Michel Dufort.

Aussi territoriaux que les chevreuils!

LE COUREUR DES BOIS / Les amateurs de chasse au chevreuil du Québec sont réceptifs à d’éventuels changements réglementaires pour assurer une gestion plus souple et plus efficace de la ressource faunique. Ils demeurent par contre farouchement opposés au partage de leur territoire!

C’est le profil général se dégageant d’un sondage auquel près de 14 000 chasseurs ont récemment participé sur une base volontaire. La Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) s’appuiera sur les résultats de cette consultation à grande échelle pour influencer les orientations du prochain plan de gestion du cerf de Virginie (2020-2027), qui est en processus d’élaboration à Québec.

L’attrait de l’abondant cheptel de l’Estrie est une fois de plus démontré puisque 22 pour cent des répondants ont déclaré chasser principalement dans l’une des trois zones de la région (4, 6 nord et 6 sud) alors que seulement 10,9 pour cent des participants au sondage résident en Estrie.

Michel Dufort

L’application de ce ratio aux 19 500 permis complémentaires vendus l’an dernier pour chasser dans les deux zones expérimentales permet d’avancer qu’environ 10 000 participants au RTLB, à l’automne 2017, provenaient de l’extérieur de l’Estrie. Cette manne touristique qui passe sous le radar n’est pas à négliger.

Toutes régions confondues, 71 % des chasseurs se déclarent « très ou assez favorables » à ce que la protection des jeunes mâles assurée par le RTLB devienne la norme dans la zone qu’ils fréquentent.

« Les attentes sont grandes, mais je serais surpris qu’il y ait autant d’empressement à Québec » anticipe toutefois M. Dufort.

Un peu plus des deux tiers des répondants, en Estrie comme ailleurs, seraient également d’accord à ce que le prélèvement des cerfs sans bois devienne entièrement contrôlé par un tirage au sort, y compris pour l’arc et l’arbalète.

« Là-dessus, les chasseurs n’ont pas à craindre un changement soudain. C’est cependant une souplesse que nous aimerions accorder aux biologistes lorsqu’elle sera nécessaire pour réagir aux hivers difficiles qui, tôt ou tard, provoqueront une baisse du cheptel » précise le mandataire régional.

Les chasseurs endossent dans les mêmes proportions la suggestion d’interdire à un détenteur de permis de cerf sans bois de récolter un mâle s’il n’a pas d’abord rempli sa mission de premier abattage. 

La FédéCP juge que cette approche serait nettement plus efficace que l’utilisation d’à peine 30 à 40 pour cent de ces permis spéciaux, comme ce fut le cas au cours des dernières années.

« Nous recommanderons également d’adapter le mode d’émission des permis de cerf sans bois aux propriétaires agricoles et forestiers en fonction des superficies. Selon le barème que nous proposons, un seul permis serait attribué pour un lot de 4 à 10 hectares; deux seraient émis pour une propriété ayant entre 20 à 50 hectares et un permis supplémentaire serait accordé pour chaque superficie additionnelle de 50 hectares » décrit Michel Dufort.

L’adhésion à cette suggestion est de 58 % pour l’ensemble des répondants et grimpe à 70 % chez ceux de l’Estrie. Mais là s’arrête l’esprit de partage!

Car, une proportion très élevée de répondants en Estrie (86 %) autant que dans le reste du Québec (84 %) rejette catégoriquement l’idée d’ouvrir son territoire à un autre chasseur lorsqu’il s’absente ou une fois qu’il a récolté un cerf. 

« Alors que la Fédération préconise l’accessibilité et le partage des ressources, il est presque gênant d’avoir à admettre que les chasseurs sont aussi territoriaux que les chevreuils! » réagit sans filtre Michel Dufort.

« Pour briser cette culture d’appropriation, il faut convaincre les propriétaires de ne plus accorder l’exclusivité à quelques chasseurs ou que ces derniers conviennent eux-mêmes avec les propriétaires d’inviter d’autres participants pour assurer une récolte adaptée aux besoins réels ».

Si pour le reste, le pont menant vers le changement se traverse assez bien, sur ce volet, un précipice sépare actuellement les intentions des perceptions!