Gervais Therrien s’emploie à rassurer sa clientèle que les cerfs rouges de sa ferme de Cookshire-Eaton sont en pleine santé et exempts de la maladie contagieuse détectée chez un éleveur des Laurentides.

Au cœur de la gestion de crise

CHRONIQUE / Même si l’Estrie reste exempte de toute trace de contamination de la maladie débilitante du cerf (MDC), l’alerte déclenchée par un cas détecté dans une ferme d’élevage des Laurentides a des effets collatéraux tangibles dans la région.

Pour un, l’éleveur Gervais Therrien doit s’employer à rassurer sa clientèle moins encline à visiter la ferme de Cookshire-Eaton et son troupeau de 70 cerfs rouges.

« Veux, veux pas, ça rend les consommateurs plus hésitants. Notre achalandage a quelque peu diminué. Mais comme j’écoule toute ma viande moi-même et que nous produisons en petite quantité, je suis moins vulnérable aux répercussions que de gros éleveurs », rapporte M. Therrien, copropriétaire avec sa conjointe Christiane Richard de la ferme Le Sabot d’Or.

Les dangers d’une possible contamination y seraient moins élevés parce que toutes ses bêtes sont nées en Estrie. 

La MDC entraîne chez les cerfs des maladies irréversibles s’apparentant à celles de la « vache folle ». Les représentants fédéraux et provinciaux ont ordonné l’abattage des 3000 cerfs rouges de la ferme touchée ainsi que la décontamination des bâtiments et du terrain.

« Cette mesure préventive n’entraîne toutefois pas une tuerie de masse. Moins d’une centaine de bêtes ont été envoyées à l’abattoir jusqu’à maintenant et comme tous les tests ont été négatifs, la viande a été récupérée et est écoulée sur le marché. Ça pourrait prendre de trois à quatre mois pour éliminer tout le troupeau qui, en quantité, représente les ventes de toute une année pour l’ensemble des producteurs du Québec. Ce surplus de viande poussera les prix et la rentabilité à la baisse », poursuit l’éleveur estrien qui, à titre de vice-président de l’Association de cerfs rouges du Québec, se retrouve au cœur de la cellule de gestion de crise.

Selon le rapport provincial communiqué mardi aux éleveurs, les représentants du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) auraient quant à eux abattu tout près de 300 cerfs de Virginie à l’intérieur du périmètre immédiat qui a été interdit aux chasseurs cet automne. Tous ces cas se sont également avérés négatifs.  

En Estrie, la récolte de cerfs par les chasseurs va bon train durant le premier segment de l’arc et de l’arbalète. Ce prélèvement annuel est suivi, mais se déroule sans perturbation. La Boucherie Lamontagne de Magog (secteur Omerville) demeure un joueur de premier plan dans le programme de surveillance assuré depuis dix ans au Québec.

Station d’enregistrement et centre de dépeçage, ce commerce a fourni à lui seul au cours des cinq dernières années (entre 2013 et 2017), sur une base volontaire et sans la moindre compensation gouvernementale, pas moins de 1309 têtes de cerfs de Virginie ayant par la suite été soumises en laboratoire à des tests de détection de la MDC.  

Opérant une station d’enregistrement et un commerce de dépeçage à Magog, André Lamontagne demeure un collaborateur de premier plan du programme de suivi en Estrie. Au cours des cinq dernières années, la Boucherie Lamontagne a fourni pas moins de 1309 têtes de cerfs pour examen par les scientifiques.

« C’est ma façon de contribuer et d’impliquer les chasseurs de la région dans ce programme de suivi qui, on s’en rend davantage compte aujourd’hui, est vraiment capital pour assurer la protection de notre abondant cheptel de l’Estrie. Cette année encore, le personnel du Ministère passe régulièrement ramasser les parties utiles. Si un cas était détecté, le MFFP pourrait remonter jusqu’au chasseur ayant abattu l’animal puisque son certificat d’enregistrement reste associé à la carcasse », explique M. Lamontagne.

Nos voisins américains ne s’en remettent toutefois pas qu’à ces efforts concertés en sol canadien. Le New Hampshire et le Vermont sont parmi les États ayant renforcé leur mur pare-feu en exigeant depuis peu que toute venaison en provenance du Québec soit transformée et emballée avant de franchir la frontière. 

Ce renforcement des règles d’importation a des répercussions sur les opérations de la Sépaq Anticosti, dont le tiers de la clientèle est américaine.

« Nos chasseurs provenant du New Hampshire et du Vermont avaient toujours pu rentrer à la maison avec les cerfs en pièces détachées qui sont emballées dans des boîtes de carton ciré assurant la qualité et la salubrité de la venaison durant le transport. Or, cette méthode n’est plus tolérée », témoigne le responsable de la clientèle de la Sépaq Anticosti, Robin Plante.

C’est en réaction à un cas déclaré dans l’État de New York, au début des années 2000 que le Québec avait interdit à ses chasseurs de ramener des carcasses entières de cerfs abattus aux États-Unis.