Après la pluie...

CHRONIQUE / Les mardis, mercredis et jeudis, la salade maison est à moitié prix à la boucherie du quartier. Mardi dernier, j’hésitais donc entre les pâtes au pesto et l’orzo aux légumes quand j’ai eu l’agréable surprise de voir arriver un de mes cousins. Un cousin tout bronzé qui, visiblement, n’avait pas passé les dernières semaines au Québec. Vérification faite, il revenait de la Floride. Paraît qu’il y a fait suuuupeeeeer beau et chaud. Parfois même trop.

Il ne m’en fallait pas plus pour que je lui déballe mon écœurantite plus qu’aiguë de voir le printemps tarder et le soleil éteint. En fait, je pense que personne dans la province n’est plus tanné que moi du frette pis de la pluie.

— Oui, j’te lis et je sens que ça t’affecte, qu’il me lance, avec son teint lumineux. T’es souvent enragée.

— C’EST CLAIR QUE ÇA JOUE SUR MON HUMEUR, J’SUIS À BOUTTE !, que j’ai continué de chialer, moi qui ne parle pas fort du tout. Y mouille tout le temps. On ne peut rien faire dehors, bla-bla,bla...

C’est là, pendant mes jérémiades, que le boucher en a profité pour demander à mon cousin ce qu’il désirait.

— Je vais te prendre deux filets mignons... attendris par elle ! qu’il a répondu en me pointant du doigt, sourire aux lèvres.

Je braillais de rire.

Je me voyais, comme Rocky, en train de frapper à grands coups de poing dans des fesses de bœuf suspendues au plafond de la chambre froide de la boucherie. Mon boucher m’a même invitée, à la blague, à venir « m’entraîner » le lendemain matin, une fois qu’il aurait reçu ses nouveaux morceaux de viande à suspendre.

On riait, mais dans le fond, ce n’était pas drôle. Je ne faisais que me plaindre sur la météo et mon manque de vitamine D !

Comme mon humeur exécrable semble affecter mes écrits, j’ai alors promis à mon cousin de pondre une chronique positive et joyeuse cette semaine. Dans cette optique, la seule histoire que j’avais envie de raconter, c’était la sienne.

Mon cousin est un gars en forme. Il a toujours fait du ski, de l’équitation et joué au tennis, et ce, malgré un souffle au cœur découvert dans l’enfance. Une affaire tellement bénigne que ça lui était sorti de la tête. Mais voilà qu’un jour, sa santé s’est mise à faire des siennes.

Tout a commencé à l’été 2016 à la suite d’un banal arrachement de dent. La bouche étant un joyeux bouillon de cultures, une bactérie, la cardiobaterium hominis, a profité de la cavité créée par l’extraction d’une molaire pour aller se loger dans son cœur « fragile ».

Mais ça, il ne l’a su qu’en mars 2017 après des mois d’examens divers non concluants et une fatigue qui devenait chaque jour plus lourde. On l’a soigné pour une forte anémie...

À l’aube de retourner au boulot, prescription de son médecin dont les requêtes n’aboutissaient jamais à rien, il s’est effondré. Alors qu’on lui soupçonne d’abord une pneumonie, il s’avère qu’il est victime d’une insuffisance cardiaque. Il a alors 58 ans. En deux temps, trois mouvements, il se retrouve sur la table d’opération. « Quand ils ont ouvert, ils ont vu que j’avais l’aorte qui suintait (d’où l’anémie) et que j’avais toutes les valves du cœur mangées, qu’il m’a raconté. Ça faisait six mois que la bactérie me maganait... »

Devant l’étendue des dégâts, les médecins ont pensé à une transplantation cardiaque. Mais l’option a été vite oubliée. Mon cousin était beaucoup trop faible, et aucun cœur compatible n’était disponible, fait que...

Plan B : ils ont décidé de remplacer la mécanique par des valves porcines. Alors qu’il menait le combat de sa vie, il a été victime d’un hémothorax au poumon droit, d’un caillot dans son cœur tout neuf et d’une phlébite à la jambe gauche.

« Le cœur m’a arrêté quatre fois, qu’il m’a dit. Ils m’ont choqué, m’ont brassé, et chaque fois, ça repartait. »

Pour permettre à son cœur nouvellement pimpé et à ses organes lourdement endommagés de reprendre du poil de la bête, mon cousin a passé deux mois complets dans un coma provoqué. Un état pendant lequel il dit avoir fait des cauchemars hallucinants. Après, ont suivi une importante réhabilitation et un reconditionnement de l’ensemble de la machine. « Tous les organes ont mangé une claque, qu’il a illustré. Je n’avais plus de masse musculaire. Je devais me prendre à deux mains pour tenir ma cuillère. »

Mais croyez-le ou non, il a remonté la pente. Et aujourd’hui, il est le même qu’avant. Avec plus de cicatrices.

« Si je suis passé à travers, c’est parce qu’on mangeait bien et que j’étais en forme, qu’il m’a avoué tout simplement. Ça fait que j’ai gardé le même beat ! »

Chez le boucher, il m’a avoué avoir recommencé à jouer au tennis. Une nouvelle qui m’a remplie de joie, sachant sa passion pour ce sport.

Il court un peu plus après son souffle, ce qu’il qualifie de « dommage collatéral » de cette aventure qui l’a laissé avec un poumon en moins.

Mais son cœur va bien. Atteignant 35 % à sa sortie de l’hôpital, voilà qu’il fonctionne à 50 %. Une belle amélioration due à la philosophie des petits pas, à l’entraînement et à une bonne hygiène de vie.

Comme quoi — mais on a tendance à l’oublier —, après la pluie, voire les pires tempêtes, revient toujours le beau temps.