Grâce à son microscope, Antonie Van Leeuwenhoek est le premier scientifique à entrevoir les formes de vie unicellulaires qu’il nomme animalcules.
Grâce à son microscope, Antonie Van Leeuwenhoek est le premier scientifique à entrevoir les formes de vie unicellulaires qu’il nomme animalcules.

Antonie Van Leeuwenhoek : le père de la microbiologie

Gilles Vandal
Gilles Vandal
La Tribune
CHRONIQUE / Antonie Van Leeuwenhoek eut un parcours inusité. En plus d’être un riche marchand de textile néerlandais, il fut aussi un pionnier de la microbiologie.

Né en Hollande en 1632 et mort à 90 ans en 1723, il devient orphelin à cinq ans. Il débute très jeune sa carrière comme apprenti chez un marchand de textile et devient drapier à 20 ans. 

Adjoint du shérif de sa ville natale en 1660, il devint arpenteur-géomètre qualifié en 1669. De prime abord, rien ne le prédispose à devenir un scientifique exceptionnel.

Comme drapier, toutefois, c’est un homme méticuleux qui utilise des loupes pour vérifier la densité des fils et la qualité des tissus, ainsi que pour découvrir les imperfections. Cette situation le conduit à s’intéresser aux lentilles. Au début du 17e siècle, Galilée invente le télescope pour scruter le ciel étoilé comme astronome. Van Leeuwenhoek imagine 50 ans plus tard le microscope pour examiner l’infinitésimal petit.

Ce faisant, il invente par hasard la loupe la plus puissante jamais alors réalisée. Travaillant sur sa lentille par ses temps libres, il fabrique minutieusement un instrument merveilleux en verre presque sphérique qu’il polit et qu’il enchâsse dans une plaque de cuivre. Sa grande trouvaille vise à s’assurer que la lentille demeure d’une parfaite immobilité afin d’observer clairement l’objet ou l’image placée en dessous. Pour obtenir une meilleure visibilité, il dote son appareil d’un fond noir. 

Sa loupe est capable de fournir un grossissement jusqu’à 500 fois. Cela lui permet d’examiner des objets aussi petits qu’un millionième de mètre et donc d’observer le monde vivant invisible comme les organismes unicellulaires et les microbes. Il invente ainsi non pas une grosse loupe, mais le microscope. 

Ce faisant, il développe plus de 400 microscopes, sans jamais révéler sa méthode de fabrication. La plupart de ses microscopes sont d’une conception similaire et sont tous très petits. Ils ont toujours environ cinq centimètres de long et deux centimètres et demi de diamètre.

Toutefois, Van Leeuwenhoek n’est pas simplement un ingénieux inventeur. C’est aussi un amateur de sciences n’ayant aucune formation universitaire. Néanmoins, il possède un esprit très scientifique. En observateur méticuleux, il note et rapporte fidèlement tout ce qu’il voit, sans chercher à l’interpréter selon les théories populaires de l’époque, qui s’avèrent très souvent erronées.  

Grand autodidacte scientifique, il réalise une multitude de découvertes dans une variété de domaines sans pour autant publier de livres. Il utilise ses microscopes pour effectuer ses recherches scientifiques. Celles-ci sont connues essentiellement grâce aux 190 lettres qu’il envoie à la Société royale de Londres dans lesquelles il détaille en néerlandais ses découvertes. N’ayant jamais appris le latin, ses lettres sont traduites en latin et en anglais par Henry Oldenburg, un diplomate allemand qui est aussi secrétaire de la Société royale.

La première grande découverte de Van Leeuwenhoek survient en 1674. Il a alors 41 ans. Grâce à son microscope, il est le premier scientifique à entrevoir les formes de vie unicellulaires qu’il nomme animalcules. Il s’empresse d’en informer la Société royale, qui reçoit son annonce avec incrédulité. Après tout, ce n’est qu’un amateur. Il lui faut trois ans pour les voir être finalement acceptées, après que Robert Hooke, le plus grand scientifique anglais du 17e siècle, eut vérifié ses observations.

Scepticisme des scientifiques anglais

En dépit du scepticisme des scientifiques anglais, il poursuit néanmoins ses recherches. Il découvre en 1675 les bactéries ayant formé du tartre sur ses dents sous son microscope. Il est le premier à décrire l’existence des bactéries sans toutefois en comprendre le rôle. Il constate leur présence aussi dans l’eau. Il estime alors que cela prendrait 10 000 bactéries pour équivaloir en volume à un petit grain de sable. Cette découverte est tellement brillante qu’aucun autre scientifique ne juge nécessaire d’observer les bactéries pendant plus d’un siècle.

Toujours grâce à son microscope, il découvre en 1677 les spermatozoïdes, qu’il décrit comme étant « un million de fois plus petits qu’un gros grain de sable avec une fine queue ondulante « . Très perspicace, il en conclut que l’ovule est fécondé lorsqu’un spermatozoïde le pénètre et que c’est l’œuf femelle qui va former un embryon. »

En 1680, la Société royale, très impressionnée par ses découvertes, décide de l’élire membre. Parmi ses lettres, la Société en considère deux comme étant majeures. Il y a d’abord celle sur les spermatozoïdes à partir du sperme fourni par un étudiant en médecine. Puis une seconde portant sur l’analyse du sang qu’il tire de sa propre main. Il note alors que le sang est « composé de globules rouges nageant dans un fluide cristallin semblable à l’eau » et que les globules sont « 25 000 fois plus petits qu’un grain de sable ».

Leeuwenhoek n’arrête pas pour autant ses observations. En 1683, il découvre que les capillaires lymphatiques contiennent « un liquide blanc, comme du lait « et observe le flux sanguin dans de minuscules capillaires. Il confirme ainsi la théorie de William Harvey sur la circulation sanguine. Il examine aussi la vie des asticots et des puces. En disséquant les pucerons, il découvre leur système de fécondation.

Son élection à la Société royale couronne sa carrière et lui confère le titre de véritable scientifique. Il s’acquiert une renommée internationale. Guillaume d’Orange, la reine Anne d’Angleterre, le tzar Pierre le Grand et le célèbre mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz viennent le voir.

Sa contribution au développement de la microbiologie est fondamentale. Ses expériences sont si ingénieuses qu’elles le classent parmi les plus grands scientifiques de l’Histoire. On le considère à juste titre comme le père de la microbiologie. Et en ce sens, son apport est essentiel au développement de l’épidémiologie. 

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.